‹ La Vie des saintsChapitre 201 sur 536 · SAINT GRÉGOIRE VII · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE VII

priétés de la chrétienté. L’Église renonçait-elle aux biens et aux droits pour lesquels se donnait l’investiture, elle restait dépouillée de toute autorité temporelle , et dépendante du prince. Les conservait-elle au con-

Fig. 99. — L’empereur Henri IY au château de Canossa. D’après le tableau de M. A. Cluysenaar, de Bruxelles.

traire, sans avoir besoin de demander à chaque vacance la confirmation de ses pouvoirs séculiers, elle devenait indépendante et aurait étendu sa puissance jusqu’à rendre les princes ses vassaux. » Grégoire ne reculait pas devant ces conséquences ; car, voulant régénérer la société à l’aide de la religion, il ne croyait pas qu’il lui fût possible d’y parvenir

tant que la tiare ne serait pas élevée au-dessus des couronnes. De là résulta pour lui la nécessité d’entretenir des relations fréquentes ou de soutenir des luttes avec les divers Etats de l’Europe.

Ne s’inquiétant pas des inimitiés qu’il soulevait, parce qu’il se proposait, non la gloire humaine, mais le salut des âmes et le soulagement des opprimés, Grégoire était indulgent partout où il trouvait de la docilité, inflexible à l’égard des opiniâtres; c’est ainsi qu’il parvint à détruire la simonie et à restaurer la discipline. Avec les rois il agissait comme un véritable père. Ceux de Sicile, de Hongrie, d’Espagne lui rendirent hommage ; la Pologne lui dut d’être affranchie de la domination teutonique. Mais l’empereur Henri IV, tyran cruel et débauché, abusait plus que jamais du droit d’octroyer et de vendre les charges ecclésiastiques. Des protestations s’élevèrent de tous côtés contre ces investitures scandaleuses. Grégoire, qui avait d’abord usé de ménagements, envoya au chef de l’empire des remontrances énergiques et le somma par ses légats de comparaître devant un concile pour s’y justifier (1076). Henri chassa les légats et convoqua à Worms une assemblée de ses créatures, laquelle, sous sa présidence, prononça la déposition du « faux moine Hildebrand, comme usurpateur apostat et criminel de lèsemajesté )). Cette sentence ayant été notifiée en plein synode au clergé de Rome, Grégoire se décida, dans la même séance, à excommunier l’insolent monarque. A cette nouvelle, les princes allemands déclarent qu’ils vont élire un autre empereur, si Henri ne se fait absoudre à bref délai. Abandonné de tous, il passe en Italie, court trouver le pape au château de Canossa (28 janvier 1077), implore l’absolution de ses fautes et l’obtient, sans oser néanmoins recevoir la communion, et s’engage à congédier les prélats simoniaques et à s’abstenir de violences. A peine absous, il manque de nouveau à ses promesses, fait emprisonner les deux légats romains, ruine les églises, commet partout d’odieux excès. La mort l’ayant débarrassé de Rodolphe de Souabe , son rival, il nomme un antipape et rentre en Italie à la tête d’une armée (1080).

Grégoire ne se laissa point abattre. Il n’était pas d’ailleurs sans appui : la pieuse Mathilde, grande-comtesse de Toscane lui était dévouée, et elle jeta des troupes au-devant des Allemands ; et les Normands,

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