SAINT HONORAT
Honorât sortait d’une famille consulaire, et naquit probablement à Fréjus. D’un esprit tendre et grave à la fois, il eut bientôt le dégoût des superstitions païennes et, tout en acquérant la science dans l’étude des belles-lettres, il se voua en sécréta une fervente piété. Par son exemple et ses exhortations , il convertit son frère Y enance ainsi que son cousin Hilaire, qui méritèrent par la suite d’être comptés l’un et l’autre au nombre des bons serviteurs de Dieu. Un ermite nommé Caprais attirait alors dans le pays un grand nombre de disciples par l’éclat de sa sainteté. Les deux frères allèrent le consulter sur le desseiu qu’ils avaient formé d’entrer en religion. Après être restés quelque temps sous sa conduite pour être instruits dans les voies intérieures, ils partirent avec lui et débarquèrent en Péloponèse, aux environs du port de Modon. La mort de Venance, usé dans la fleur de ses ans par les fatigues et la maladie, dérangea ces projets (400) : Honorât repassa en Italie, et de là en Gaule, où son ami Léonce, évêque de Fréjus, l’engagea à s’établir dans la petite île de Lérins, qui dépendait de son diocèse.
C’était un lien formidable et inhabité, à cause des serpents qui l’infes-
IG janvier. — SAINT HONORAT.
taient. Honorât, en compagnie île Caprais, y entre sans effroi (410), et fonde une communauté avec les disciples qui affluent de toutes parts. Grâce aux efforts de ces austères ouvriers, l’horreur du. désert se dissipe, les bêtes malfaisantes disparaissent; un sol riche de verdure, de fruits et de fleurs y révèle l’activité d’une race nouvelle. En peu de temps, cette thébaïde de l'Occident devint une école célèbre d’enseignement chrétien, un asile pour la science et la vertu qui fuyaient l’invasion des barbares, une pépinière d’évêques, de savants et de saints religieux
Fig. 7. — Moine; s’occupant d’agriculture. D’après un ms. du XIIIe siècle.
dont la gloire s’étendit jusqu’en Angleterre. Rien de plus touchant que le tableau, tracé par saint Hilaire d’Arles, de l’infatigable dévouement d’ Honorât pour les nombreux fils de son adoption : il savait lire au fond de leurs âmes et les réconforter, il écrivait aux absents avec une tendresse paternelle, il veillait sur la santé de chacun et réglait le travail selon la mesure des forces, ci En lui, disaient-ils, nous avons retrouvé non seulement un père, mais la famille et la patrie. » Chaque année, il allait faire une retraite au milieu des rochers du cap Roux, vis-à-vis de son île, en souvenir du temps qu’il y avait passé en revenant de Grèce. Tandis qu’il gouvernait paisiblement son monastère, le peuple l’appela en 42G au siège primatial d’Arles ; il y fit monter avec lui toutes les vertus. <c Chers enfants, dit-il à ceux qui entouraient son lit de mort, vivez de telle sorte
que vous puissiez ne pas craindre votre dernière heure ; tel est Tunique héritage que vous laisse celui que vous avez aimé. )) Honorât mourut le 16 janvier 429. L’église romane qui lui est dédiée dans l’ile qui porte son nom a reçu son corps au onzième siècle.