SAINT BONIFACE
Préoccupé de rattacher à l’Eglise la Germanie encore païenne, le pape Grégoire II avait envoyé en Bavière une mission qui n’avait pas rempli tous ses vœux, lorsqu’à la fin de 718 un moine anglo-saxon lui présenta humblement une lettre de son évêque.
C’était le futur apôtre de l’Allemagne, Boniface, qui portait alors le nom de Winfrid. Né vers 680, à Crediton, village du AVessex, il manifesta des inclinations si pieuses, que son père, cédant à ses désirs, en fit oblation à l’abbé du monastère d’Escancastre (Exeter). Il s’instruisit aux lettres sacrées et profanes dans l’abbaye de Nutshell, et d’écolier passa bientôt maître. Le renom de son savoir le fit appeler en plusieurs endroits ; les prélats le consultaient, et il fut chargé de régler certaines questions de liturgie avec l’archevêque de Cantorbéry. Il venait alors d’être admis au sacerdoce. Se sentant pressé de la passion de l’apostolat, il se rendit en Frise (710) ; la guerre qui éclata entre le duc Ratbod et Charles Martel dispersa les églises naissantes et l’obligea de se rembarquer.
Quelque temps après, AV in fri d allait à Rome. Le pape, s’étant assuré
de sa doctrine et de sa piété, lui conféra de pleins pouvoirs « pour porter le royaume de Dieu à toutes les nations infidèles qu’il lui serait possible de visiter ». Ayant appris la mort de Ratbod et la fin de la persécution, il se dirigea vers la Frise (719) et seconda, pendant trois ans, l’évêque Willibrod. De là, il s’enfonça dans la Thuringe, région tellement appauvrie qu’il y fut réduit à vivre du travail de ses mains, réunit les débris épars des chrétientés fondées par saint Ivilian, éleva une église et un couvent à Amoeneburg (Hombourg), et, poussant du côté des Saxons, il en baptisa plusieurs milliers. Grégoire II le rappela en 723, confirma en termes plus explicites l’objet de sa mission, et le sacra évêque régionnaire, sous le nom, qu’il a illustré, de Boniface. En même temps, il lui remit des lettres pour Charles Martel et les évêques francs, qu’il exhortait à protéger et à soutenir le délégué du saint-siège.
Cette seconde mission fut la plus féconde en résultats, et celle où l’apôtre porta aux superstitions païennes des coups décisifs. Dans la Hesse, il fit abattre un antique chêne, dit l'arbre de Thor, exemple qui entraîna une foule de barbares vers les autels du vrai Dieu en. Thuringe; il confondit les mauvais prêtres et leurs sentiments hérétiques. Le nombre des fidèles s’accrut rapidement, et les oratoires se multiplièrent. Alors Boniface sollicita le concours de ses frères d’Angleterre, pour qu’on lui envoyât des ornements sacerdotaux, des cloches, des livres, et surtout des ouvriers de la parole de Dieu. Les monastères anglais rivalisèrent de zèle et de dévouement : il en sortit des prêtres, des lecteurs, des écrivains, des artisans, ainsi qu’un essaim de vierges et de veuves. Avec l’aide de cette milice spirituelle, Boniface affermit son œuvre et maintint sous la loi du Christ ces convertis de fraîche date, si prompts à retourner à leurs secrètes pratiques. Souvent aux prises avec la barbarie sans cesse renaissante, il lui venait des scrupules quant à l’application rigoureuse des canons; inflexible pour lui-même, il réclamait du pape des décisions indulgentes.
Après avoir reçu le pallium, insigne de l’autorité métropolitaine, il fit un troisième voyage à Borne (738) ; ce qui l’y attirait, outre le désir de visiter les tombeaux des saints, c’était le désordre introduit dans