‹ La Vie des saintsChapitre 236 sur 536 · SAINT ONUPHRE · texte numérisé non relu

SAINT ONUPHRE

Vers l’an 400, Paphnuce, le solitaire, s’enfonça dans le désert de la Thébaïde, à la recherche des ermites qui s’y cachaient, désireux d’imiter leur perfection. Il marcha longtemps sans rencontrer bêtes ni gens, lorsque tout d’un coup un homme presque nu, hâve, décharné, la barbe et les cheveux démesurément longs, se dressa devant lui, pareil à un fantôme. Paphnuce eut peur et prit la fuite ; mais l’apparition le poursuivit, et lui adressa la parole avec tant de douceur qu’il reconnut un homme de Dieu.

« Je m’appelle Onuphre, )) dit ce dernier; « il y a soixante-dix ans que je suis ici. J’étais religieux près d’Hermopolis, au monastère d’Abage, où il y avait plus de cent frères, qui vivaient dans un grand silence et une grande ferveur. Ayant entendu louer par-dessus tout la vie solitaire, qui a été celle du prophète Elie et de Jean-Baptiste, je résolus de l’adopter à l’avenir. Je vins ici, et Dieu m’y a protégé. Pourtant les maux que j’ai soufferts sont sans nombre : je connais toutes les tortures, celles de la faim et de la soif, celles du froid et de la chaleur. Je n’ai jamais désespéré, et maintenant je bénis le ciel avec plus de reconnaissance que jamais, car vous êtes venu, Paphnuce, ou plutôt

Dieu vous a envoyé pour me rendre les derniers devoirs. Vous mettrez mon corps en terre ; puis vous retournerez en Egypte et vous proclamerez ce que vous avez vu. )> Quand le solitaire fut mort, Paplmuce, l’ensevelit dans une moitié de son vêtement et le cacha au creux d’un rocher, sous un monceau de pierres. Après quoi, il reprit le chemin de l’Egypte et rentra à son couvent, où il écrivit le récit de son voyage et l’histoire du saint anachorète.

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