SAINT LAUMER
Dans sa jeunesse, il garda les troupeaux de son père, qui habitait Neuville-la-Mare, village de la banlieue de Chartres. Un prêtre de cette ville lui donna des leçons, et il fit des progrès si rapides que l’évêque l’éleva au sacerdoce et le chargea de l’économat du chapitre. Comme il avait accepté l’office malgré lui, et que c’était un lien qui le rattachait au monde d’oii il brûlait de sortir, il s’y déroba sans bruit, s’enfonça, le bâton à la main , dans l’épaisse forêt du Perche , et construisit pour s’abriter une hutte de branchages. D’immenses massifs boisés sillonnaient alors en tous sens la Gaule entière, sombres et impénétrables, entrecoupés de marais et de tourbières, ravinés par les cours d’eau, et peuplés de bêtes fauves, dont plusieurs espèces ont à peu près disparu. Nombreux furent les hommes de prière qui, la foi dans le cœur avec le mépris de la vie, ne craignirent pas d’affronter cette nature sauvage; mais, au sein même de leur solitude, ils étaient importunés bientôt, soit par des disciples ambitieux de les imiter, soit par la foule des fidèles qui demandaient des conseils ou un soulagement à leurs maux. On attribuait à tous la puissance miraculeuse, bien qu’ils répondissent comme fit notre saint : (( Vous exigez trop d’un pauvre pécheur. )) Le bruit de ses bonnes œuvres troubla Laumer dans son humilité : vers 565, il alla s’établir avec quelques familiers dans un endroit appelé Corbion (pays de Dreux), et y fonda un monastère sous l'invocation de saint Martin. Appelé à Chartres par l’évêque, qui désirait jouir de sa pieuse expérience, il y gagna une mauvaise fièvre, dont il mourut en 593. Quelques auteurs ont reculé cette date d’un siècle.