APÔTRE DES GENTILS
Paul, né vers l’an 10 à Tarse, en Cilicie, était un Juif, de la tribu de Benjamin, et avait reçu le nom de Saul, en hébreu Schaoul (le Désiré). Après avoir pris dans sa première jeunesse une connaissance assez étendue de la littérature grecque, il fut envoyé à Jérusalem pour
étudier la Loi auprès de Gamaliel, le plus fameux docteur du temps. A l’école de ce maître, pharisien de profession, il puisa une science approfondie de l’Ancien Testament et s’instruisit aux secrets de la dialectique. Il mena une vie irréprochable aux yeux du monde, suivant exactement les prescriptions judaïques, et poussa le zèle à un tel excès que dès le commencement de l’Église, il fut un de ses plus fougueux persécuteurs. On en voit la preuve dans la mort d’Étienne, à laquelle il eut part. Ensuite, il se signala plus que tout autre par ses violences : il fouillait les maisons, il emmenait de force hommes et femmes, il les
Fig. 133. — Saint Paul. D'après le bronze du Musée chrétien du Vatican. IIIe siècle.
contraignait à blasphémer ou les faisait mettre en prison. ((Je croyais, disait-il plus tard, qu’il n’y avait rien que je ne dusse faire contre le nom de Jésus de Nazareth. »
Ne respirant que menaces et carnages, Saul demanda au grand prêtre des lettres pour les synanogues de Damas, afin d’arrêter les nouveaux chrétiens qu’il y trouverait. Chemin faisant, comme il approchait de la ville, une lumière du ciel éclata comme un coup de foudre autour de lui. Renversé à terre, il entendit une voix qui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes -tu ? )) Il demanda, tout tremblant, qui lui avait parlé. (( Je suis Jésus que tu persécutes, )) répondit la voix; « il t’est impossible de regimber contre l’aiguillon. — Qu’exigez-vous de moi, Seigneur? — Lève-toi et entre dans la ville ; on te dira là ce qu’il faut que tu fasses. » Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, immobiles et remplis d’épouvante ; ils le relevèrent et, s’apercevant qu’il était frappé de cécité, ils le conduisirent par la main jusqu’au logis d’un Juif nommé
29 juin. — SAINT PAUL.
Fig. 134. — Conversion de saint Paul sur la route de Damas. D’après un carton de Raphaël. XVIe siècle.
sa conviction et de son éloquence, à toucher les coeurs de ceux qui l’entendaient. Ses prédications à Damas opérèrent un si grand nombre de conversions que les rabbins tentèrent de l’arrêter en obtenant du gouverneur la fermeture des portes de la ville ; mais les fidèles le placèrent dans une corbeille et le descendirent, à la faveur de la nuit, du haut des remparts (38). Loin de fuir au désert, c’est à Jérusalem qu’il alla chercher de nouveaux périls. 11 avait quitté cette ville depuis trois ans, et la vérité de sa conversion n’y était pas encore bien établie. On ne se souvenait que de ses violences ; les apôtres eux-mêmes redoutaient en lui l’instrument des persécutions qu’ils avaient subies. Barnabé les ras-
Judas. Saul y demeura trois jours sans rien voir, et dans une complète abstinence. Enfin, par l’ordre de Dieu, le disciple Ananie vint le trouver, lui rendit la vue par l’imposition des mains, et le baptisa.
Les écailles à peine tombées de ses yeux, Saul sentit toute l’horreur de la guerre impitoyable qu’il avait faite aux nouveaux croyants, et on le
Ivit tout à coup animé d’une ardeur aussi vive pour défendre la foi chrétienne qu’il en avait montré pour la combattre. Il ne rougit point de professer Jésus-Christ dans les synagogues, et réussit, par la force de
sura et le présenta à Pierre et à Jacques. Au bout de quelques semaines, Tliostilité, de plus en plus croissante, des pharisiens le força de s’éloigner; il traversa la Judée, et c’est probablement pendant cette absence, qui dura plusieurs années, qu'il fonda les églises de Syrie et de Cilicie. Saul était à Tarse quand Barnabé vint l’y trouver et remmena avec lui à Antioche (43). Grâce à leurs efforts, Gette grande cité devint bientôt en Asie la métropole de la foi chrétienne, dont les disciples prirent pour la première fois le nom de chrétiens. L’année suivante, ils allèrent porter aux frères de Jérusalem, qui étaient en proie à la famine, les aumônes de leur communauté. De retour à Antioche, Saul reçut l’imposition des mains pour accomplir la mission particulière à laquelle Dieu l’appelait. De ce moment date en réalité son apostolat.
En 45, il s’embarqua en compagnie de Barnabé, visita l’ile de Chypre, et y convertit le proconsul Sergius Paulus, malgré les artifices d’un magicien juif, qui devint aveugle en punition de sa malice. Paul, — ainsi le désigne-t-on dans les Actes, depuis cette époque, — repassa en Asie, ht séjour à Perge, puis à Antioche de Pisidie. Étant entré dans la synagogue, suivant son habitude, il prononça un assez long discours tendant à prouver que Jésus était le Messie, et que par lui ceux qui croiraient seraient justifiés de toutes les choses dont ils n’auraint pu l’être par la loi de Moïse. Se voyant ensuite accueilli par les contradictions et les huées des assistants, il les déclara indignes de la vie éternelle et qu’il se tournerait vers les gentils. Les Juifs répondirent en le chassant du pays. La même scène se reproduisit à Icône : les deux apôtres furent contraints de fuir pour échapper aux mauvais traitements. A Lystres, en Lycaonie, ils guérissent un homme perclus de naissance. Ce miracle les fait prendre pour des dieux ; le prêtre arrive avec des taureaux et des couronnes afin de leur offrir un sacrifice; ils déchirent leurs vêtements en protestant qu’ils ne sont que des hommes. Alors la foule, à l’instigation de quelques Juifs d’Antioche, se jette sur eux, et Paul, meurtri de coups, à demi lapidé, est laissé pour mort sur la place. On parvient aies sauver, et, reprenant le même chemin pour s’embarquer à Attalie, ils vont se reposer à Antioche d’un si laborieux voyage (47 ), « ayant ouvert aux païens la porte de la foi ».
135. Saint Paul prêchant a Athènes. Gravure de Marc-Antoine, d’après un carton de Kuphaül. XVIe siècle.
Cependant beaucoup de fidèles, sortis de la nation juive, prétendaient demeurer juifs en devenant chrétiens et allier la croyance évangélique aux traditions et aux usages de leurs ancêtres. Paul et Barnabé s’élevèrent avec force contre ces entraves qu’un zèle aveugle tâchait à mettre au développement de la doctrine du Sauveur, et furent envoyés à Jérusalem pour soutenir la cause de la liberté. Dans le concile qui s’y tint (51), Paul exposa les sentiments qu’il avait annoncés et les résultats qu’il avait obtenus ; les trois principaux apôtres, Pierre, Jean et Jacques, lui donnèrent la main en signe d’union, et reconnurent ainsi son apostolat en le priant seulement de ne point oublier les pauvres de Jérusalem. A peine revenu à Antioche, il reprit le bâton du missionnaire, et choisit pour compagnons, à défaut de Barnabé, le disciple Silas et le jeune Timothée. Le désir de revoir les communautés qu’il avait établies, poulies confirmer en la foi, le poussa d’abord vers la Galatie. De là, au lieu de continuer à parcourir les autres provinces de l’Asie, il s’embarqua à Troas, où Luc, le futur évangéliste, se joignit à lui, et passa en Macédoine.
Il serait trop long d’énumérer les détails des nombreux voyages de saint Paul; durant dix années, il déploya une activité sans égale; il ne connaissait pas le repos, et, dans son âme ardente, la conviction ne s’endormit pas un instant. (( Les fatigues, les prisons, les coups, » dit-il lui-même, « j’ai goûté tout cela avec surabondance. Cinq fois les Juifs m’ont fustigé; trois fois j’ai été bâtonné; une fois j’ai été lapidé; trois fois j’ai fait naufrage. Voyages sans nombre, dangers au passage des fleuves, dangers des voleurs, dangers venant de ma nation et des gentils, dangers dans les villes, au désert, sur les flots, parmi les faux frères; peines, labeurs, veilles, faim, soif, jeûnes, froid, nudité, j’ai tout connu. » Cette vie d’enthousiasme et d’abnégation lui a valu le titre d’ Apôtre par excellence, et le martyre seul pouvait glorieusement la couronner. Il allait presque toujours à pied, vivant de fruits et de légumes, occupant ses mains à fabriquer des tentes pour subvenir à ses besoins et à ceux des pauvres, car une de ses maximes était : (( Qui ne travaille pas ne doit pas manger. » Laissant de côté les campagnes, il se présentait de ville en ville, prêchait d’abord les Juifs, puis les gentils; bientôt le
SAINT PAUL
mauvais vouloir, l’esprit étroit et l’orgueil de ses compatriotes l’obligèrent à se tourner exclusivement vers les derniers, dont les sociétés nombreuses et dévouées devinrent, par ses soins, les plus fortes assises de l’Eglise chrétienne.
La traversée de la Macédoine fut féconde pour Paul en fleurs et en épines ; s’il y enseigna avec succès, il fut emprisonné et battu de verges à Philippes, chassé à Thessalonique, traité à Bérée de rebelle aux édits de l’empereur. Pour échapper aux Juifs persécuteurs, il se rendit par mer à Athènes (53). Le discours qu’il prononça devant l’Aréopage fut aussi habile que modéré. « Athéniens, )) dit-il, « vous êtes religieux jusqu’à l’excès. Passant dans vos rues, j’ai trouvé un autel avec cette inscription : Au dieu inconnu. Ce que vous honorez sans le connaître, je viens vous le révéler. » Sa prédication trouva des auditeurs bienveillants mais sceptiques et laissa parmi eux bien peu de traces. Mis en échec (ce fut Tunique fois) par les philosophes, Paul se rendit à Corinthe ; s’adressant aux ignorants et aux simples, et répudiant les secours de la rhétorique et du raisonnement, il ne prêcha que Jésus et « la folie de la croix ». Mais les Juifs ne lui pardonnaient pas d’avoir éclairé tout un peuple, œuvre qui l’avait retenu dix-huit mois : ils le traduisirent, sous prétexte d’innover dans leur religion, au tribunal de Gallion, le proconsul, et n’obtinrent de lui pour réponse « qu’il n’était point juge de ces choses ». A mesure que l’apôtre avançait dans sa carrière, il déployait une activité plus grande ; la parole de Dieu fructifiait sous ses pas. Son séjour à Ephèse (55) détermina un progrès immense. Toute la partie maritime de l’Asie Mineure se couvrit en peu de temps d’églises, dont il fut le père, soit directement, soit par ses disciples, devenus chaque jour plus nombreux. Un troisième voyage (57) fut consacré à raffermir la foi dans les colonies chrétiennes de la Grèce, à en régler les usages et le gouvernement, à combattre sur place les premières tentatives de l’hérésie.
Lorsqu’il se remit en route pour la Judée, Paul s’arrêta à Milet, où il fit de touchants adieux aux fidèles, et entra dans Jérusalem, plein des plus tristes pressentiments. Il allait, en effet, se trouver au milieu d’implacables ennemis, aux yeux desquels il n’était qu’un blasphéma-
teur et un traître, ayant rompu avec toutes les traditions du mosaïsme. Déférant aux conseils de saint Jacques, il consent à témoigner, par quelques actes extérieurs, de son respect pour la Loi. Des fanatiques dénoncent sa présence au temple comme une profanation ; la ville est en émoi; on se jette sur l’apôtre, on l’accable de coups, on l’aurait tué si des soldats romains ne l’avaient arraché des mains de la foule. Ceux-ci le traînent, le portent à la citadelle, et, ne sachant quel est son crime, ils le mettent brutalement à la torture. Alors Paul invoque sa qualité de citoyen romain. Le tribun Lysias, averti d’un complot contre la vie de son prisonnier, l’envoie, sous bonne escorte, à Césarée, où résidait Félix, le procurateur de la Judée. Devant cet homme vénal et devant Festus, qui lui succéda, les memes accusations furent portées par les Juifs contre le séditieux réformateur de la Loi. Paul se justifia noblement ; mais le procès traîna en longueur, et ce fut seulement après deux années de prison qu’afin de n’être pas livré à ses plus cruels ennemis, il en appela au tribunal de César. L’appel, demandé par un citoyen romain, avait la force de rompre toute juridiction provinciale; il fut donc embarqué pour Rome, sous l’escorte d’un centurion (60).
Le désir de voir Rome le tourmentait depuis longtemps. A Jérusalem, il eut une vision : « Aie bon courage, » avait dit le Seigneur ; (( il faut encore que tu me rendes témoignage à Rome. » Après une navigation périlleuse, son vaisseau échoua sur la côte de l’île de Malte. Paul y demeura trois mois : les païens le prirent pour un dieu, à cause de la morsure d’une vipère dont il n’éprouva aucun mal, et de la guérison de plusieurs malades. Ayant enfin abordé à Pouzzoles, il se rendit à Rome, où il fit son entrée, chargé de liens, au milieu du cortège des croyants qui étaient venus au-devant de lui (61). Sa première captivité paraît avoir été assez douce ; il put demeurer avec le soldat qui le gardait dans une maison louée par lui, y entretenir ceux qui voulaient le voir, et enseigner l’Evangile avec toute liberté. Il avait près de lui quelques disciples, entre autres Luc, qui ne le quittait plus. Sa prédication eut des effets merveilleux, jusque dans le palais impérial. De temps en temps de grandes consolations venaient le trouver, de la part des églises de Grèce et l’Asie ; et, de son côté, il ne cessait de les encourager, de les secourir,
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de les instruire. En 63, il comparut devant le conseil de Néron, et fut acquitté. Les Actes des apôtres ne le suivent pas plus loin.
Selon la tradition, Paul exécuta encore plusieurs voyages apostoliques, en Orient, dans le midi de la Gaule et en Espagne. Puis, de retour à Romè, il s’unit à saint Pierre pour établir cette église sur des fondements indestructibles. Ils y étaient ensemble lors de l’incendie qui con-
suma un tiers de la ville, et dont Néron, soupçonné d’en être l’auteur, accusa les sectateurs de Jésus. Une effroyable persécution éclata. Presque tous les chrétiens arrêtés furent livrés aux bêtes ou brûlés vifs dans l’ amphithéâtre. Quant à Paul, il eut la tête tranchée, ce qui était un privilège des citoyens romains (29 juin 67). Il reçut la mort dans un lieu dit les Eaux Salviennes, et son corps, enterré sur le chemin d’Ostie, fut réuni ensuite à celui du prince des apôtres dans la basilique de Saint-Pierre.
Nous avons de saint Paul des Epîtres, au nombre de quatorze, qui i renferment toute la religion de l’Evangile, ses mystères et sa mo-
Fig. 136, — Intérieur de l’église de Saint -Paul Trois-Fontaiues, à Rome.
raie. On y sent la ferme autorité d’un grand serviteur de Jésus-Christ, dont la vie peut être résumée, dit Bossuet, en trois mots : « Il prêche, il combat, il gouverne. ))
Saint Paul est, avec saint Pierre, le patron de Rome et de plusieurs autres villes.