‹ La Vie des saintsChapitre 289 sur 536 · SAINT ARNOUL DE METZ · texte numérisé non relu

SAINT ARNOUL DE METZ

Arnoul, un des principaux personnages de son temps, eut une liante destinée, des parents nobles et une grande opulence. Né vers 575 aux environs de Metz, il fut placé, à la fin de ses études, auprès de Gundolfe, maire du palais d’ Australie, pour faire l’apprentissage des armes et des affaires. Ses domaines étendus, ses talents, l’influence de sa famille lui permirent de jouer un rôle considérable. Il avait, dit-on, six provinces à gouverner; on ne connaît pas bien les fonctions qu’il exerçait, mais il est certain que son pouvoir était mieux établi que celui du roi. Après la mort de Theudebert (612), il s’unit à d’autres leudes puissants pour offrir la couronne à Clotaire II, roi de Neustrie. Aussi •devint-il un des principaux conseillers de ce prince, et fut-il désigné par lui comme l’un des régents de l’Austrasie pendant la minorité de Dagobert.

A cette époque, Arnoul était, depuis une dizaine d’années, évêque de Metz (614) ; le peuple l’avait demandé tout d’une voix parce qu’il était agréable au roi et d’une fervente piété. Il se sépara de sa femme Dode, qui se retira dans un couvent à Trêves ; elle lui avait donné deux fils, dont l’un, Ansegise, épousa Begga, fille de Pépin le Vieux, et fut le bisaïeul de Charlemagne. Quoique dans le monde sa vie eût été des plus pures, il redoubla encore ses austérités, ne quittant jamais le cilice et se nourrissant d’ordinaire de pain et d’eau. Ses propres revenus et ceux de son évêché étaient consacrés au soulagement des malheureux

et à des œuvres de bienfaisance. Mais les graves occupations que lui imposaient sa double charge d’évêque et de ministre le faisaient soupirer plus vivement que jamais après la solitude. Dagobert lui dit un jour : « Si tu ne restes pas avec moi, je couperai la tête au plus cher de tes enfants. — La vie de mon fils est en la main de Dieu, » répondit Arnoul; « mais toi qui prétends l’ôter à des innocents, tu n’es pas seulement maître de la tienne. » Le roi, furieux, tira son épée et l’en menaça. (( Que fais-tu, malheureux?» s’écria l’évêque. (( Veux-tu rendre le mal pour le bien? Frappe, je suis prêt. » Dagobert, honteux de cet accès de colère, lui demanda pardon et le laissa partir (626). Peu de jours après, on lui donna pour successeur saint Goéric sur le siège de Metz.

Ayant ainsi renoncé au siècle et distribué tous ses biens aux pauvres, Arnoul s’en alla, pauvre lui-même, dans l’ermitage que son ami Romaric lui avait préparé dans les Vosges, non loin du monastère qu’il dirigeait. Comme les deux montagnes qu’ils habitaient étaient très rapprochées, ils pratiquèrent dans la vallée, afin de rendre leurs visites plus faciles, une chaussée qui existe encore et qui est connue dans le pays sous le nom d e pont des Fées. Arnoul fit élever, près de sa cellule, un hospice pour ‘les lépreux; il les servait souvent à table et les soignait de ses propres mains. Ce dévouement sublime envers des infortunés qui inspiraient une répulsion universelle, ses pénitences extraordinaires et le don des miracles, le mirent en grande vénération dans le pays. Il mourut dans ces exercices d’humilité, le 16 août 641, entre les bras de saint Romaric. La translation de ses dépouilles à Metz eut lieu le 18 juillet suivant, jour auquel l’Eglise honore sa mémoire.

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