SAINT ARSÈNE
C’était un patrice romain, aussi distingué par la connaissance qu’il avait des belles-lettres que par sa famille. Il fut appelé en 383 par l’empereur Théodose Ier pour être le précepteur d’Arcadius et d’Honorius, ses fils, qui s’attachèrent à lui par les liens de la plus respectueuse affection ; il fut même, dit-on, leur parrain et leur tuteur, et reçut le titre d’Auguste. Cependant ces honneurs commencèrent à lui peser :il se sentait appelé aune autre destinée. Un jour qu’il avait entendu une voix lui dire : « Arsène, fuis la compagnie des hommes, et tu seras sauvé, » il n’y tint plus, et s’embarquant secrètement sur un bateau qui faisait voile pour Alexandrie, il passa au désert de Scété, où il embrassa la vie solitaire (395).
Là, il s’éloigna de treize lieues de tout voisinage humain et s’enferma rigoureusement dans sa cellule. Il ne recevait qu’avec regret les visites que lui attira bientôt sa réputation de sainteté. Théophile, patriarche d’Alexandrie, l’étant allé voir et lui demandant quelques paroles d’édification, il répondit : « Si je vous dis quelque chose, l’observerez-vous? » Et sur la protestation du visiteur, il ajouta : a Eh bien, en quelque endroit que vous appreniez que soit Arsène, ne l’y venez plus chercher. )) Il voulait être tout entier à la méditation et à la prière, libre
19 JUILLET. — SAINT VINCENT DE PAUL
de se livrer, sans témoins, aux plus dures mortifications de la chair. Il passait ordinairement la nuit entière à genoux, les mains étendues vers le ciel, ne s’arrêtant de prier qu’à l’aurore ; alors il dormait une heure, et c’était tout le repos qu’il prenait. Son abstinence était telle que ses disciples disaient ne pas savoir comment il vivait; et pourtant il consacrait au travail manuel tout le temps qu’il ne donnait pas à l’oraison.
Cette vie si édifiante, qui lui valut un grand nombre de disciples, groupés autour de sa cellule, fut, en 434, brusquement interrompue par une invasion des Maziques, peuple barbare de la Lvbie. Un grand nom-
Fig. 152. — Arcadius, empereur romain.
bre de solitaires lurent massacrés, et Arsène eut beaucoup de mal à échapper à leur fureur. Ayant pris la fuite, il se retira à Troé, près de Memphis. Il put revenir plus tard dans son désert, et c’est là qu’il mourut (449 ou 450), à quatre-vingt-quinze ans. Comme à ses derniers moments il s’était mis à pleurer, il avoua, sur une question de ses disciples, qu’en effet il n’avait jamais cessé tous les jours de sa vie de redouter la mort, et le moment où il paraîtrait devant Dieu. Il a laissé quelques petits ouvrages, exhortations, maximes et sentences, que saint Jérôme avait en grande estime.
SAINT VINCENT DE PAUL
Cet admirable ouvrier de l’Evangile naquit, le 24 avril 1576, au village de Pouy (aujourd’hui Saint-Vincent de Paul), près de Dax. Son père, Guillaume, avait six enfants qu’il élevait dans son petit domaine, au milieu des travaux de la vie champêtre, non loin des Pyrénées.
Les premières années de Vincent se passèrent à garder les troupeaux de ses parents, qui, reconnaissant en lui d’heureuses dispositions, le mirent en pension chez les Cordeliers de Dax. Il fit des progrès si rapides que l’éducation des enfants d’un juge lui fut confiée, et dès lors il put continuer d’étudier sans être à charge aux siens. A l’âge de vingt ans, il se rendit à Toulouse, où il fit son cours de théologie, en dirigeant une petite école, entra dans les ordres et fut élevé au sacerdoce. Une vieille dame lui ayant légué quelques centaines d’écus, il alla à Marseille pour les recueillir, et il retournait par mer à Narbonne, lorsque le bâtiment qui le portait fut attaqué par trois brigantins d’Afrique (1605). Une flèche l’atteignit, trois de ses compagnons de voyage furent tués et plusieurs autres blessés. S’étant emparés du navire, les pirates enchaînèrent l’équipage et les passagers et abordèrent à Tunis. Vincent, vendu comme esclave, servit sous trois maîtres différents : il convertit le dernier, qui était un renégat italien, ainsi que sa femme, et s’enfuit avec eux sur une barque. Le 28 juin 1607, il débarqua à Aigues-Mortes, et conduisit à Avignon son pénitent pour qu’il y fût réconcilié par le légat. Ensuite il suivit ce dernier à Rome, où le cardinal d’Ossat le chargea d’une mission secrète pour Henri IV. Au lieu de profiter de l’occasion pour se pousser à la cour, il se logea près de l’hôpital de la Charité, dont il aimait à servir et consoler les malades. On le fit alors connaître à l’exreine Marguerite, qui le mit sur l’état de sa maison avec le titre d’aumônier ordinaire.
Une des premières connaissances qû’il fit à Paris fut celle de M. de Berulle; la charité forma entre eux des nœuds qui ne furent jamais rompus. Après avoir fait une sorte de retraite à l’Oratoire, congrégation que son nouvel ami venait d’introduire en France, Vincent accepta, sur ses instances, la c ure de Clichy, près Paris (1612). Aucun emploi ne pouvait mieux lui convenir : sans parler des devoirs de son ministère, il entretint la paix et la concorde dans les familles, rebâtit son église, éleva et instruisit chez lui une douzaine de clercs. A la recommandation de Berulle, il passa de là chez le comte de Joigny (Philippe de Gondi) pour surveiller l’éducation de trois enfants.
SAINT VINCENT DE PAUL
C’est à l’année 1616 qu’est fixée l’époque où Vincent conçut la pensée de ses deux grandes congrégations. Favorisé dans ses projets par les Gondi, il établit sur les vastes domaines de cette famille, à Folleville (diocèse d’Amiens), sa première mission ou compagnie pour la prédication des paysans ; il la continua, pendant quelques mois, à Chfitillon-les-Dombes, et y fonda, en oulre, la confrérie des Servantes
Fig. 153. — Saint Vincent de Paul, d'après la gravure d’Edclinek. XYIle siècle.
et des gardes des pauvres, institution qui s’étendit rapidement en France. La grande innovation de Vincent, celle qui explique un si prompt développement, était d’avoir introduit l’élément laïque dans ces assemblées de charité. A l’origine, il avait eu la pensée d’associer les hommes à son oeuvre; mais, ne trouvant pas en eux un dévouement égal à celui des femmes, il fut obligé d’v renoncer. Rappelé par les sollicitations du comte et de la comtesse de Joigny, qui l’avaient pour directeur, il fut chargé de fonder à leurs frais une mission perpétuelle. L’archevêque de Paris mit à la disposition de la
communauté le collège des Bons-Enfants; le roi l’autorisa, et le pape l’érigea en congrégation (1632). Ce ne fut qu’en 1658 que Vincent donna des constitutions à ses disciples, qui prirent le nom de Prêtres de la Mission; on les appela aussi Lazaristes , parce qu’on leur céda le prieuré de Saint-Lazare.
Vincent visitait souvent les galériens détenus dans les prisons de
Fig, 154. — Dames de charité visitant les malades, d'après Abraham Bosse. XVII0 siècle.
Paris ; le changement qui s’opéra chez ces misérables, tant pour l’âme que pour le corps, fut bientôt si remarquable, que Louis XIII nomma le zélé missionnaire aumônier général des galères de France (1619). En 1622, il fit un voyage à Marseille. D’après des témoins dignes de foi, touché du désespoir d’un malheureux galérien, et n’ayant pu réussir à le consoler, il demanda, par un mouvement de la plus ardente charité, à prendre sa place, fut chargé des memes chaînes et les porta jusqu’à ce qu’il fut reconnu. De retour de cette visite, il contribua à la fondation d’un hôpital pour les galériens, et en remit la direction
SAINT VINCENT DE PAUL
à ses prêtres, avec charge de les voir souvent et de les instruire. Les
Fig. 155. — Sermou de saint Vincent de Paul en faveur des enfants trouvés.
D’apres une gravure de Bonnard. XVIIe siècle.
exercices des ordinands, les retraites ecclésiastiques, et surtout les grands séminaires, dont il proposa le plan, lui durent beaucoup. Il
VUS DES SAINTS. — II. 52
travailla aussi avec ardeur à l’établissement des aumôniers militaires, et, par ses soins, quinze d’entre eux furent envoyés en 1636 aux armées françaises qui combattaient en Allemagne. Avant de parler de deux autres grandes œuvres, il faut mentionner ses efforts en faveur des aliénés, et ses essais relatifs à une maison morale de correction pour les enfants dont les parents avaient à se plaindre.
La fondation qui devait rendre le nom de Abiicent particulièrement respectable est celle des Filles de la Charité, appelées aujourd’hui Sœurs de Saint- Vincent de Paul, dont l’ébauche remontait à son séjour à Châtillon. Dans cette œuvre, qui fut un des plus grands bienfaits pour l’humanité, il eut depuis 1629, comme auxiliaire et coopératrice, Mmo Le Gras, fille de Louis de Marillac et nièce du garde des sceaux du même nom. L’établissement grandit vite, et des campagnes se répandit dans les villes, où il recruta beaucoup de grandes dames. Ces femmes du monde, ne pouvant remplir tous les devoirs de la charité, s’adjoignirent un certain nombre de filles pieuses, qui les remplaçaient dans les travaux les plus rudes. De là l’origine de la double association des Dames de charité et des Servantes des pauvres, qui, le 25 mars 1634, furent réunies en congrégation sous le patronage de Mme Le Gras.
Une œuvre plus populaire encore est celle des enfants trouvés. La vue d’un mendiant qui déformait les membres d’un de ces petits malheureux pour exploiter la compassion publique décida Vincent à s’occuper d’eux. Un grand nombre d’enfants abandonnés étaient souvent exposés à la porte des églises ou dans les rues, au coin des bornes ; on les enlevait, sans pourvoir toutefois à leurs besoins ; quelquefois, pour s’en débarrasser, on les vendait ou on les donnait au premier venu; la plupart périssaient en bas âge, de froid, par incurie, ou d’inanition. La déplorable situation de tant d’innocentes victimes toucha le cœur de Vincent : il en prit douze et les remit à ses Filles de la Charité. Pendant dix ans l’œuvre se soutint avec peine, et en 1648 elle menaçait de disparaître. Vincent réunit alors toutes les dames patronesses, et, dans un de ces discours que l’âme seule peut inspirer, conclut en ces termes : ce Or, Mesdames, la com-
19 juillet. — SAINT VINCENT DE PAUL.
passion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants. Leurs mères selon la nature les ont adandonnées ; voyez maintenant si vous voulez les abandonner aussi. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges; leur vie et leur mort sont entre vos mains. Je vais prendre les voix et les suffrages ; il est temps de prononcer leur arrêt et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront si vous continuez d’en prendre un charitable soin, et au contraire ils mourront infailliblement si vous les abandonnez ; l’expérience ne permet pas d’en douter. » A ces paroles, qu’un grand maître de l’éloquence jugea autrefois dignes de ses éloges, l’assemblée ne répondit que par des larmes; il fut
arrêté qu’à quelque prix que ce fût, on continuerait ce qu’on avait commencé. Les enfants trouvés eurent bientôt un asile permanent : on obtint du roi les bâtiments de Bicêtre pour y loger ceux qui n’avaient plus besoin de nourrice ; l’air y étant trop vif, on les transporta dans le faubourg Saint-Lazare, où leur éducation fut confiée à douze filles de la Charité.
Ce n’était pas assez pour Vincent d’avoir protégé ces frêles créatures, délaissées par les auteurs de leurs jours, il eut la pensée de rendre le même service aux orphelins, mais il fut devancé par son vénérable ami, J. -J. Olier, curé de Saint-Sulpice, qui institua le premier établissement sur sa paroisse. Il n’eut pas de concurrents pour la fondation d’un hospice de vieillards. Avec l’aide d’un donateur <( connu de Dieu seul », qui avait versé entre ses mains une somme de 130,000 livres, il acquit deux maisons dans le faubourg Saint- Martin et y logea d’abord quarante indigents des deux sexes. L’ordre et la discipline qui régnaient parmi eux firent naître l’idée d’appliquer un système analogue de retraite à tous les nécessiteux âgés de la capitale. La plupart croyaient l’entreprise impraticable : il fallut toute la sagesse de Vincent pour surmonter les obstacles. C’est à lui que le roi accorda l’enclos de la Salpêtrière (1656), et quelques années plus tard l’hôpital général, d’après le nom qu’on lui donna, renfermait 5,000 vieillards et mendiants.
Les troubles de la Fronde et l’épouvantable misère qui, avec la famine et les ravages des gens de guerre, en fut la conséquence, mirent à une nouvelle épreuve l’inépuisable charité de Vincent. Il vint d’abord au secours des Parisiens, pillés par l’armée de Condé; puis il assista les malheureuses provinces de Picardie, de Lorraine et de Champagne. Les frères de la Mission étaient chargés d’y faire parvenir de l’argent et des vivres, et les soeurs de Charité d’y soigner les malades et de recueillir les orphelins. On assure que dans la Lorraine seulement Vincent ne distribua pas moins de 1,600,000 livres en espèces. Alors lui fut décerné par le gouverneur de Saint-Quentin le titre de « père de la patrie », écho de la reconnaissance des populations dont il avait allégé les souffrances. Telle fut l’importance
19 juillet. — SAINT VINCENT DE PAUL.
des services qu’il rendit à la France qu’une ordonnance royale, bien remarquable, le plaça en quelque sorte à la tête de l’assistance publique en lui donnant le pouvoir cl’éloigner les gens de guerre des localités qu’il désignerait (14 février 1G51). Il faisait des prodiges d’activité pour sustenter et nourrir tant de gens qui mouraient de
Fig. 157. — Saint Vincent de Paul dans le conseil de régence d’Anne d'Aut riche. D’après le tableau de Troy. XVIIe siècle.
faim, et il écrivait à l’un de ses missionnaires : cc Les pauvres qui ne savent où aller ni que faire, qui souffrent déjà et qui se multiplient tous les jours, c’est là mon poids et ma douleur. » On peut dire qu’il termina sa vie sur le champ de bataille de la charité. Pendant le rigoureux hiver de 1659, obligé de recourir à la bienveillance publique, il eut l’idée de placards charitables, par lesquels il mettait la nation entière en demeure de subvenir à des misères que le dévouement individuel était impuissant à soulager.
Accablé d’infirmités, et plus qu’octogénaire, Mncent s’éteignit doucement le 27 septembre 1G60, à Paris. Bientôt des voix pieuses, parmi lesquelles on distinguait celles de Bossuet, de Fénelon et de Fléchier, réclamèrent en sa faveur le culte des autels. Puis tout le clergé de France, plusieurs évêques étrangers, Louis XIY, Louis XY, la reine Marie Leczynska, les ducs de Lorraine et de Toscane, la république de Gênes, écrivirent au pape pour demander la canonisation. Après un long examen, elle fut accordée en 1737 par Clément XII, et la fête du nouveau saint fixée au 19 juillet.
SAINTE MARGUERITE
Née vers 250, à Antioche de Pisidie, d’une famille païenne, elle embrassa de bonne heure le christianisme. Son père, l’ayant appris, la chassa de la maison. Elle partit avec sa nourrice, qui lui servait de mère, et ne rougit pas de gagner sa vie en gardant les troupeaux. Sur ces entrefaites, arriva à Antioche un procurateur nommé Olibrius ; il aperçut Marguerite, au milieu de ses brebis, vers la porte de la ville, et tout d’un coup il s’éprit d’une vive passion pour elle. Instruit de la noblesse de son origine, il lui fit demander sa main, mais la jeune bergère s’était fiancée à Jésus, elle refusa. Olibrius l’envoya quérir par ses soldats et chercha à obtenir son consentement par la persuasion, par les tortures ensuite. <( Quel est ton nom? lui demanda-t-il. — Les hommes m’appellent Marguerite, mais au saint baptême, )) réponditelle fièrement, « j’en ai reçu un autre plus illustre : je me nomme Chrétienne. )) Cette belle réponse mit Olibrius en fureur : il ordonna que Marguerite fût jetée au fond d’un cachot.
Dès lors, il ne s’agissait plus d’une jeune fille qui se refusait à un tyran, mais d’une chrétienne qu’il fallait ou convertir ou livrer à la mort. Les interrogatoires commencèrent, et Olibrius s’attira de la part
20 juillet. — SAINT JEROME EMILIANI.
de l’accusée les réponses les plus cruelles pour son amour-propre et sa logique : «Jésus m’entend et me voit, disait Marguerite; « il saura me récompenser si je l’ai mérité, car il est tout-puissant. Il est le maître du monde, je le sais, et je ne ferai point la folie de lui désobéir en quoi que ce soit. Va! je ne redoute point l’effet de tes menaces. Tue-moi, si tu veux, déchire-moi, fais-moi brûler vive, jette-moi sous la dent des bêtes. Tu peux m’arracher la vie dans les tourments, mais ce que tu ne feras jamais, c’est d’arracher de mon cœur l’amour de Jésus, jamais! » Sur un signe d’Olibrius, les bourreaux se saisirent de cette noble fille : ils la flagellèrent si violemment que le sang ruisselait sur les dalles ; ils lui déchirèrent les flancs avec des tenailles et des crocs, si profondément que, sous la chair enlevée par lambeaux, les entrailles apparaissaient sanglantes.
Des cris d’horreur s’élevèrent. Olibrius lui-même détourna la tête, et pourtant le lendemain les tortures recommencèrent. Marguerite fut livrée au supplice du feu, mais toujours en vain ; tant qu’elle eut la force de proférer des paroles, elle confessait sa foi. Enfin, craignant que le peuple ne se révoltât devant ces excès de cruauté et ne prît parti pour la martyre, Olibrius ordonna de la mener au lieu des exécutions capitales et de lui trancher la tête : ce qui fut fait le 20 juillet 275. Sainte Marguerite est une de ces saintes auxiliaires célèbres pour l’efficacité de leur invocation.
SAINT JÉROME EMILIANI.
Les Emiliani, de Venise, étaient au nombre des familles sénatoriales. Jérôme, né en 1481, servit, dès l’âge de quinze ans dans les armées de la république. En 1508, il était enfermé dans le fort de Castelnuovo, qu’assiégeaient les Allemands, sur les confins de Trévise. Pendant une nuit, le gouverneur s’enfuit lâchement. Jérôme rassure les soldats, fait réparer les brèches, soutient l’assaut et prolonge la défense. Après une résistance désespérée, il succombe; les vainqueurs le jettent dans un cachot, portant au pied un boulet de marbre comme les forçats. L’état où il se voit réduit le fait rentrer en lui-même; il implore l’assistance
cle la sainte Vierge, recouvre la liberté, et va suspendre son boulet aux voûtes de Notre-Dame de Trévise.
De ce jour, Jérôme devient un autre homme, et, dédaignant les honneurs qu’on veut lui décerner, il ne vit plus que pour Dieu et les pauvres. Sa charité brilla surtout dans la famine de 1528 : il dépensa la plus grosse part de son bien, convertit son palais en hôpital, et vendit jusqu’à ses meubles. La peste suivit la famine ; elle le trouva non moins dévoué : il gagna la contagion, et fut sauvé par miracle. Alors il prend l’habit des pauvres, parcourt Venise en cet équipage, et réunit les enfants que le malheur avait faits orphelins ; il les loge, les nourrit, les élève, leur inspire des sentiments de vertu. Il établit ensuite de semblables maisons à Padoue, à Vérone, à Brescia, à Bergame, et en d’autres lieux. De grands personnages, des prêtres illustres, tels que saint Gaétan de Thienne, Pierre Carafa, Louis Lippomani,
Fig^l58. — Orpheline des hôpitaux de Venise (Somas- 1 l
ques), d’après un dessin de César Vecellio. XVIe siècle. l’aideilt généreusement dailS CeS
oeuvres de miséricorde. La nouvelle congrégation, destinée à l’éducation des orphelins et des jeunes clercs, et composée d’abord de laïques, est fondée entre Bergame et Milan, au village de Somasque, dont elle prit le nom. C’est là que mourut Jérôme, le 8 février 1537, d’une maladie contagieuse qu’il avait gagnée au lit des malades. Il fut canonisé par Clément XIII, et sa fête transférée au 20 juillet.
21 juillet. — SAINT VICTOR DE MARSEILLE.