SAINT VICTOR DE MARSEILLE
Vers la fin de l’an 289, l’empereur Maximien, appelé à Milan par Dioclétien, son collègue, s’arrêta quelque temps à Marseille, qui passait alors en Gaule pour la cité païenne par excellence. Dans le corps de troupes qui l’accompagnait se trouvait un tribun romain, nommé Victor. Comme il professait la foi chrétienne, il entra en rapport avec les rares fidèles de la ville, leur rendit confiance, et assista fréquemment à leurs assemblées de nuit. Il est même probable qu’il n’y allait pas seul et qu’il existait parmi les légionnaires une affiliation secrète dont il était le chef. Ses allées et venues excitèrent les soupçons ; il fut surveillé, pris en flagrant délit et conduit devant le préfet, qui, eu égard à son grade, en référa à l’empereur. En apprenant que ses propres officiers propageaient la croyance qu’il haïssait par-dessus tout, la colère de Maximien fut au comble ; un tel crime était sans rémission. Il ordonna qu’en attendant le jugement, on traînât le coupable à la longe, pieds et poings liés, par les rues de Marseille; cela fut exécuté à la grande joie de la populace, qui l’assaillit d’injures et de coups.
On l’amena tout sanglant et le corps brisé devant le préfet Euticius. Comme l’important était d’obtenir une rétractation à tout prix, à cause du mauvais exemple donné à l’armée, Victor fut soumis d’abord à un long interrogatoire et répondit par une franche apologie du culte chrétien, en opposition à celui des faux dieux ; puis, vaincu par l’accumulation des tortures, il sembla prêt à succomber. L’œil fixé vers le ciel, il suppliait Jésus, d’une voix éteinte, d’avoir pitié de lui. Tout à coup la joie illumina son visage; il devint calme, étranger à ce qui se passait. Quand on lui demanda la cause d’un tel changement, il dit qu’il avait vu le Christ descendre vers lui, sa croix en main, et qu’il avait ouï ces paroles : « Sois fort. Je suis celui qui souffre dans les saints et qui les couronne après la lutte. )) Beaucoup de spectateurs se sentirent troublés. Trois soldats, Longin, Félicien et Alexandre, allèrent trouver leur
chef en prison pour être instruits des vérités essentielles. Le procès de Victor dura plusieurs jours, et les débats furent entremêlés de scènes violentes. L’empereur s’y montra en personne, sans obtenir autre chose du martyr qu’une confession plus éclatante. On place devant lui un autel allumé en l’invitant à y jeter de l’encens ; il le renverse d’un coup de pied. A cette vue, on l’entoure, on le saisit, on le jette sous la meule d’un moulin à bras situé près de là, et, rapportent ses Actes, « on commence à moudre le froment d’élection ». Mais la machine se brise, et les magistrats, pour en finir, donnent l’ordre de décapiter le saint.
Les trois légionnaires subirent la même peine. On enterra leurs corps sous une crypte oh fut élevée plus tard une église dédiée à saint Victor, patron de Marseille.
SAINT ARBOGASTE.
Né en Aquitaine dans le milieu du septième siècle, il quitta sa famille et son pays vers 666 et se retira en Alsace, dans une forêt des environs d’Haguenau; on l’appela plus tard la Forêt-Sainte, à cause des miracles qu’il y opéra et des gens pieux qui s’y établirent à son exemple. Des monastères y furent fondés et le premier de tous par Arbogaste, avec une église qu’il plaça sous l’invocation de saint Martin de Tours. Par ses prières, il avait guéri Sigebert d’une grave blessure, faite à la suite d’une chute de cheval, et Dagobert, reconnaissant de ce qu’il avait sauvé son fils, lui octroya de grandes libéralités. Cependant le bruit de ses vertus se répandait dans tout le pays, et en 673, à la mort de l’évêque Rothaire, le peuple et le clergé de Strasbourg le choisirent d’une commune voix pour son successeur.
Les faveurs du roi d’ Austrasie le suivirent dans ces nouvelles fonctions. En 675, Dagobert donna à la cathédrale de Strasbourg la terre de Rouffach et le palais d’Isembourg, avec le territoire qui en dépendait ; cette donation fut le premier germe de la souveraineté temporelle des évêques de Strasbourg. L’idolâtrie dominait encore dans quelques parties du diocèse, surtout dans les montagnes ; notre évêque prit des me-
SAINT VANDRILLE.
sures salutaires pour la conversion de cette contrée, dont il se lit luimême l’apôtre. Un autre de ses soins fut de former une bonne phalange d’ouvriers évangéliques, qu’il envoya porter la foi chez certains peuples de la Gaule et de la Germanie, où elle n’avait pas encore pénétré. Son épiscopat ne dura malheureusement que cinq ans, car il mourut le 21 juillet 698. Arbogaste donna à ses derniers moments un rare exemple d’humilité, en demandant d’être inhumé hors de la ville, sur une colline où l’on exécutait les criminels. Son désir fut accompli, mais dès lors la colline, cessant d’être un lieu d’infamie, devint un endroit sacré pour tous les fidèles.
SAINT VANDRILLE.
Issu d’une famille puissante d’Austrasie, Vandrille naquit vers 570, à Verdun; il était proche parent de Pépin de Landen et d’Erchinoald, maires du palais, et petit-fils, par sa mère, de saint Arnoul, évêque de Metz. Dans sa jeunesse, il parut avec éclat à la cour du roi Dagobert, qui lui conféra des emplois considérables. Pour céder au vœu de ses parents, il s’engagea dans les liens du mariage, et, comme sa femme était aussi pieuse que lui, tous deux prirent la résolution de se consacrer au Seigneur. Suivant la coutume apostolique, il vendit une partie de ses biens, en donna le prix aux moines et aux pauvres, et alla faire, aux environs de Verdun, l’apprentissage de la vie religieuse sous la conduite d’un ermite nommé Banfroi. Ensuite il fonda un couvent à Elisgang, sur une de ses terres, et s’y adonna à des pratiques rigoureuses : ses veilles étaient presque continuelles, il s’accoutuma à ne manger que deux fois la semaine, il passait les jours et les nuits en oraison, et de peur que le sommeil ne l’en détournât, il se tenait debout, les pieds nus sur la terre, avec une simple robe, même en hiver.
Cependant Vandrille se croyait encore bien peu avancé dans les voies de la perfection, puisqu’il se rendit au monastère italien de Bobbio, renommé alors comme un modèle d’observance. Après avoir visité à Rome les tombeaux des apôtres, il repassa les Alpes et entra dans l’abbaye de Romans; il y demeura dix ans, mort au monde, portant tous les jours avec joie la croix d’une vie pénitente et d’une austérité presque sans exemple. En 648, il entreprit la fondation de l’abbaye de Fontenelle, laquelle porta son nom dans la suite, sur un terrain du pays de Caux, provenant des libéralités d’Erchinoald. En compagnie de son neveu Godon, qui avait renoncé aux honneurs de la cour, il s’appliqua, avec un zèle infatigable, àdéfricher ce désert, plein de ruines et de halliers. En peu de temps, il eut la joie de réunir autour de lui près de trois cents religieux et de terminer, dans l’enceinte des vastes bâtiments, trois églises dédiées aux saints Pierre, Laurent et Pancrace; en outre, il y avait cinq oratoires ou chapelles situées dans le voisinage, toutes pourvues de reliques par le fondateur. Dès l’origine, l’abbaye reçut de puissants secours, de Clotaire III, de la reine Bathilde et de Vaning, seigneur du pays, dont le fils avait pris l’habit monastique. Vandrille, qui avait reçu de saint Ouen les ordres sacrés, se fit encore l’apôtre de la province et opéra un bien infini par ses prédications et par ses charitables remontrances. Il mourut, le 22 juillet 666, à l’âge de quatre-vingt-seize ans.