SAINTE LYDIE
Une des villes qui accueillirent saint Paul avec le plus de faveur dans sa mission de Macédoine (52) fut celle de Philippe». C’était une colonie romaine, d’habitudes paisibles et honnêtes, et les juifs, peu nombreux, n’y avaient pas de synagogue. Le jour du sabbat, l’apôtre, accompagné de Luc, de Silas et de Timothée, sortit de la ville et alla près de la rivière, dans un endroit où les femmes avaient coutume de faire leurs dévotions; il leur annonça la foi de Jésus. Une d’entre elles surtout parut touchée : <( Dieu ouvrit son cœur. » On l’appelait Lydia, 0)U la Lydienne, parce qu’elle était de Thyatires en Lydie ; elle faisait le commerce de la pourpre, un des grands produits de l’industrie de ce pays. Elle reçut le baptême avec toute sa maison et logea les missionnaires chez elle pendant plusieurs semaines.
La petite église que Paul forma à Philippes lui fut très dévouée; à plusieurs reprises elle vint à son aide, Lydie notamment, qui ne marchanda jamais ses sacrifices. En s’éloignant, il lui laissa pour évêque Epaplirodite , un de ses disciples. Quant à sa généreuse hôtesse, on ignore à quelle époque elle s’endormit dans la paix du Seigneur.
SAINT DOMINIQUE
Ce grand saint naquit, en 1170, à Calahorra, dans la Vieille-Castille, de parents aussi recommandables par leur piété que par leur noblesse. Dès l’âge de quatorze ans, il fut envoyé aux écoles publiques de Palencia, et s’y distingua delà façon la plus brillante. Ses progrès dans la perfec-
SAINT DOMINIQUE
tion lie furent pas moins remarquables. D’une pureté angélique, il s’exerçait nuit et jour à la prière, macérait son corps par de rudes austérités, parlait peu, et couchait sur des planches ou la terre nue. Il avait vingt ans passés lorsque la mort de sa mère, qui l’avait élevé pour Dieu,
Fig. 176. — Saint Dominique. D’après une peinture de Lombardi. XVIIr siècle.
acheva de le détacher du monde. Une famine affligeait alors la province : il se défit de son argent, de son bien, de ses livres, pour venir au secours des malheureux. Il poussa même le dévouement à son pro- | cham jusqu’à offrir d’être esclave à la place d’un pauvre homme, qui I était prisonnier des Maures d’Afrique. A peine eut-il pris ses degrés à I Palencia qu’il fut chargé d’expliquer l’Écriture ; il prêcha même avec
i un tel succès qu’on accourait l’entendre comme un oracle. Il entra
VIE DES SUNTS. — II
dans le chapitre de la cathédrale d’Osma, sans interrompre le cours de ses prédications.
Ayant eu l’occasion d’accompagner son évêque dans le midi de la France (1204), Dominique y fut' témoin des maux sans nombre produits par les albigeois. Ces hérétiques professaient en général les doctrines de Manès et admettaient comme lui deux principes également puissants, ceux du bien et du mal ; ce qui conduisait au fatalisme, puisqu’on était soumis nécessairement à l’un des deux principes, et le fatalisme ouvrait la porte à tous les désordres. L’évêque d’Osma et Dominique se rendirent à Rome pour demander au pape Innocent III la permission de travailler à la conversion des albigeois, et, après l’avoir obtenue, ils retournèrent en Languedoc (1207). Depuis ce temps, notre saint se consacra tout entier à cette mission d’autant plus difficile que les hérétiques, soit par esprit de malice, soit que la répression les réduisît au désespoir, soit enfin enorgueillis d’être soutenus par le comte de Toulouse, s’étaient assemblés en armes, portaient la guerre chez leurs voisins, pillaient les églises et massacraient les prêtres. Dominique entreprit d’arrêter par sa faible voix la violence de ce torrent dévastateur, et ses discours amollirent plus d’une fois des cœurs que l’éloquence de saint Bernard n’avait pu émouvoir. A différentes reprises, il tint des conférences avec les docteurs de l’hérésie. Dans celle de Fanjaux, on eut recours à une espèce de jugement de Dieu : le missionnaire rédigea une courte exposition de la foi, et la remit à ses adversaires pour être livrée aux flammes, à condition que, si elle n’y était pas consumée, ils s’engageraient à regarder comme fausse leur propre doctrine ; l’épreuve fut, dit-on, répétée trois fois au milieu de l’assemblée, sans que le manuscrit reçût aucune atteinte. Ce prodige fut renouvelé en plusieurs endroits.
Cependant le meurtre de son légat, Pierre de Castelnau, avait déterminé le pape Innocent III à ordonner une croisade contre les albigeois (1208). Au milieu d’un pays livré à toutes les horreurs de la guerre, Dominique ne se départit point du seul rôle qui convînt à un prêtre : loin de faire appel au bras séculier, il n’employa jamais d’autres armes que la persuasion, la patience et la charité. Il entreprit de
4 août. — SAINT DOMINIQUE.
Fig. 177. — Saint Dominique combat l’hérésie des albigeois. D’après une peinture de fra Angelico. XVe siècle.
Jusqu’alors Dominique avait toujours porté l’habit- et suivi la règle des chanoines de Saint- Augustin ; mais il éprouvait un désir ardent de ressusciter l’esprit apostolique parmi le clergé par l’institution d’un ordre religieux qui, livré à la piété, à l’étude, et surtout à la prédication, pût arrêter les progrès de l’hérésie en répandant les lumières de la foi. Il jeta les premiers fondements de cet ordre à Toulouse, et eut en 1216 l’approbation d’Honorius III. Grâce à son activité, à ses admirables vertus, à la renommée que lui valurent de nombreux miracles, il vit s’accroître en peu de temps le nombre de ses disciples ; en
réformer les mœurs dissolues de la plupart des vainqueurs avec le même zèle qu’il déployait pour la conversion des vaincus. Enfin, il n’exerça aucun acte d’inquisiteur et ne contribua ni à l’établissement de l’inquisition, qui existait avant lui, ni à la condamnation d’aucun hérétique. Ce fut pendant son séjour en Languedoc qu’il institua la célèbre dévotion du Rosaire.
Espagne, en Italie, en France, jusqu’en Pologne, il eut la joie d’élever des maisons nouvelles.
Quoique général de l’ordre, il ne se distinguait de ses religieux que par une humilité plus grande et par un surcroît de mortifications ; car,
Fig. 178. — Entrée principale de l’ancien couvent des Jacobins de la rue Saint Jacques, à Faris.
malgré les fatigues incroyables de son apostolat, malgré l’usage où il était de prêcher chaque jour, souvent plusieurs fois, partout où il se trouvait, et même sur les routes, il augmentait de plus en plus ses austérités, refusant à la nature tout ce qui n’était pas absolument indispensable. Par amour de la pauvreté, il prenait de sages précautions pour exclure les riches de son institut, et adopta pour règle de refuser
5 août. — SAINTE AFRE.
absolument les offres de legs ou de donation. Sa maxime était que celui-là est maître du monde qui sait tenir ses passions en servitude. On lui demandait un jour dans quel livre il puisait ses sermons. « Dans le livre de la charité, » répondit-il. Après avoir tenu à Bologne le second chapitre général de son ordre qu’il divisa en huit provinces, saint Dominique s’éteignit sans souffrance, le G août 1221, âgé de cinquante-un ans. Grégoire IX, qui avait été son ami, le canonisa, en 1234, et fixa sa fête au 4 août.
L’ordre des Frères Prêcheurs ou dominicains (appelés autrefois en France Jacobins , d’après le monastère que le saint avait fondé à Paris, rue Saint-Jacques) a rendu les plus grands services à l’Eglise, et il compte une longue série d’hommes illustres depuis Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin jusqu’au P. Lacordaire.