SAINT JUNIEN
Né vers 510 au village de Champagné-Saint-Hifaire, en Poitou, il reçut l’éducation des nobles, et fit de grands progrès dans les lettres divines et humaines. Parvenu à l’âge de raison, il « abandonna sa chevelure » pour se livrer au culte de la religion. A l’exemple des premiers anachorètes, il se renferma dans une étroite cellule construite de ses propres mains, et vécut là comme un criminel au fond d’un cachot ; son unique distraction était d’errer à travers les bois, absorbé dans la prière ou la méditation, et sans aucune compagnie. Plusieurs religieux vinrent, au bruit de sa sainteté, se placer sous sa conduite et le forcèrent à sortir de la solitude. Ayant consenti à, se laisser ordonner prêtre
13 août. — SAINTE RADEGONDE.
afin de pouvoir les conduire plus sûrement dans les voies de la perfection, il songea à fonder un monastère ; mais il fut traversé dans cette entreprise parles gens du fisc, qui l’accusèrent d’usurper sur le domaine royal. Clotaire Ier se trouvait non loin de là, dans la manse de Javarzay ; il accueillit Junien avec de grands honneurs, lui demanda à genoux sa bénédiction, et le renvoya comblé de présents. « En outre, dit-il, nous accordons à ta sainteté autant de terrain qu’il lui plaira, autant qu’il peut suffire à toi et aux tiens, tant pour accomplir les exercices prescrits par votre règle que pour faire paître les bêtes de somme et les troupeaux. )) Ce fut alors que Junien fit bâtir l’abbaye de Maire, qu’il plaça sous la règle de saint Benoît. Bien qu’il en fût le supérieur, il continuait à mener la vie d’un ermite, et de temps à autre il se retirait dans une cellule isolée pour vaquer plus librement à la contemplation.
Il se forma entre lui et la reine Radegonde, qui avait cherché la paix du cloître à Poitiers, une amitié toute spirituelle ; il ne portait pas d’autres vêtements que les habits de laine qu’elle filait pour lui, et de son côté il lui envoya une chaîne de fer qu’elle appliqua sur sa chair nue, en guise de cilice. Ils étaient convenus de prier l’un pour l’autre après leur mort : ils moururent le même jour, le 13 août 587.
Il faut distinguer l’abbé de Mairé d’un reclus, appelé aussi Junien, et qui est honoré le 6 novembre. C’était le fils d’un compagnon de Clovis. A quinze ans, il quitta tout pour se réfugier dans un lieu ignoré du Limousin, au bord de la Vienne ; il n’en sortait guère que pour aller prier au fond des bois, à l’ombre d’une immense aubépine. Après quarante ans d’austérités, favorisées du don des miracles, on l’enterra sous cet arbrisseau, qui ne disparut que pour faire place à un couvent, autour duquel s’éleva la ville de Saint- Junien.