‹ La Vie des saintsChapitre 326 sur 536 · SAINTE RADEGONDE · texte numérisé non relu

SAINTE RADEGONDE

Après avoir conquis le pays des Thuringiens,les rois francs Thierry et Clotaire firent entre eux un égal partage du butin et des prisonniers

(529). Dans le lot de ce dernier tomba la fille d’un roi des vaincus : c’était Radegonde. Elle avait à peine huit ans ; mais sa grâce et sa beauté précoce produisirent une telle impression sur l’âme sensuelle de Clotaire, qu’il la fit conduire dans une de ses villas , à Athies-sur-Somme, où elle reçut une éducation soignée et même littéraire. Elle prit goût à l’étude, et, détournant sa pensée d’un siècle violent et grossier, elle embrassa la vie chrétienne. Lorsqu’elle vit le moment venu d’épouser le roi, elle s’échappa de nuit, dans une barque; on l’eut bientôt reprise, et Clotaire la proclama reine (538).

Cette union forcée ne produisit chez Radegonde que d’inexprimables dégoûts, et naturellement elle chercha à s’y dérober par les secours que lui offrait la religion. Elle consacrait tous ses loisirs à des œuvres de charité ou à des pratiques de pénitence ; elle se dévouait en personne au service des pauvres et des malades, notamment à sa maison d’Athies, qu’elle avait convertie en un hôpital de femmes. Les fêtes guerrières, les jeux bruyants, les banquets la fatiguaient et la rendaient triste ; mais s’il survenait quelque évêque ou clerc, elle s’attachait à lui, l’entretenait longuement, et le chargeait de cadeaux en signe de souvenir. « C’est une nonne que j’ai là, » disait son mari; oc ce n’est pas une reine. )) Au bout de six ans de mariage, Clotaire fit mettre à mort, sans motif, le jeune frère de Radegonde, qu’elle aimait tendrement.

A cette horrible nouvelle, Radegonde, feignant d’aller chercher des consolations religieuses, s’en vint à Noyon auprès de l’évêque Médard, qui jouissait d’une grande réputation de sainteté. Elle va le trouver à l’autel, et le supplie de la consacrer au Seigneur en lui donnant le voile. L’évêque hésite; les Francs lui défendent d’obéir. Mais la reine, jetant sur son costume royal une robe de recluse, dit à Médard d’un ton ferme : « Si tu tardes à me consacrer, si tu crains plus un homme que Dieu, le bon Pasteur te demandera compte de l’âme de sa brebis. )) Ranimé par cet appel, il consacre Radegonde à Dieu, par l’imposition des mains (544). Après s’être dépouillée de tousses joyaux et pierreries en faveur des pauvres, elle gagna Orléans, descendit la Loire jusqu’à Tours, et s’arrêta quelque temps dans l’un des asiles ouverts

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