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SAINTE RADEGONDE

près du tombeau de saint Martin. Afin d’augmenter la distance qui la séparait de son farouche époux, elle se rendit à Poitiers. Clotaire la fit poursuivre, et il vint lui-même jusqu’à Tours ; mais les remontrances énergiques de l’évêque l’empêchèrent d’aller plus loin.

Libre désormais, Radegonde s’occupa du monastère qu’elle avait dessein de fonder aux portes de la ville sous le vocable de la Sainte- Croix. C’était une de ces vastes villas gallo-romaines qui renfermaient, outre l’église et les bâtiments claustraux, des bains, des portiques, des jardins, et dont l’enceinte, munie de tours et de créneaux, ressemblait à une forteresse. Elle avait obtenu en présent de l’empereur Justin,

auprès de qui vivaient encore, réfugiés à la cour de Constantinople, ses deux derniers parents, un fragment de la vraie croix, d’où le nom qu’elle donna à son couvent. Elle y attira près de deux cents filles, la plupart de race gauloise et de famille sénatoriale, et leur donna pour abbesse une de leurs jeunes compagnes, Agnès, qu’elle avait

Fig. 186. — Sainte Radegonde reçoit l’habit religieux des mains de saint Médard, évêque de Noyon.

D’après une gravure sur bois du XVI c siècle.

élevée. « Volontairement descendue au rang de simple religieuse, » rapporte un écrivain, (( elle faisait sa semaine de cuisine, balayait à son tour la maison, portait de l’eau et du bois comme les autres, n’étant plus reine que par l’ascendant de l’esprit, du savoir et de la bonté. A elle de maintenir la règle, de raffermir les âmes chancelantes par des exhortations de tous les jours, d’expliquer et de commenter le texte de l’Ecriture et des Pères, entremêlant ses graves homélies de mots empreints de tendresse. « Vous que j’ai choisies, mes

14 août. — SAINT STANISLAS KOSTKA.

filles, » disait-elle; « vous, jeunes plantes, objets de tous mes soins; vous, mes yeux, ma vie, mon repos et tout mon bonheur! » L’étude des lettres figurait parmi les occupations imposées à la communauté ; l’on devait y consacrer deux heures par jour, et le reste du temps était donné aux exercices religieux, à la lecture de Livres saints, à la transcription des manuscrits, à des ouvrages de femme. Dans sa vie de recluse, Radegonde n’en conservait pas moins une vive sollicitude pour les intérêts de la maison royale et du pays de son adoption. Au plus fort des luttes entre Frédégonde et Brunehaut, ses deux bellesfilles, elle intervint sans cesse pour prêcher la paix et la réconciliation. Il y avait plus de dix ans que le monastère de Poitiers attirait l’attention du monde chrétien, lorsque le poète Fortunat le visita en 4G7. Comblé de soins et d’égards, il s’établit dans la ville, y prit les ordres et resta l’ami et le conseiller de Radegonde.

La sainte reine mourut le 13 août 587, ayant porté jusque-là sur sa chair nue une chaîne de fer, qu’elle avait reçue en don de saint Junien, l’abbé du Poitou. Elle fut enterrée à Poitiers, dans l’église de Notre-Dame, et l’évêque Grégoire de Tours présida à ses funérailles.

SAINT STANISLAS KOSTKA.

Fils de Jean Kostka, sénateur polonais, et de Marguerite Kriska, sœur du palatin de Mazovie, il naquit au château de Rostkof, le 28 octobre 1550. Elevé dans les pratiques de la plus vive piété, il se consacra de bonne heure à Dieu. Quand il eut quatorze ans, on l’envoya compléter ses études à Vienne, avec son frère Paul, sous la direction d’un précepteur nommé Bilinski, qui s’efforça en vain de modérer la dévotion du jeune Stanislas. Après une grave maladie qui l’avait mis à deux doigts de la mort, il résolut de se vouer à la vie religieuse et fit choix de la Compagnie de Jésus. Le P. Magius, provincial, auquel

il s’en ouvrit, n’osa le recevoir, devant les menaces de son père, et le légat du pape^ le cardinal Commendon, lui conseilla, pour le meme motif, d’abandonner ce projet, du moins pour le présent.

Loin de se décourager, il se rendit secrètement à Dillingen (Bavière), où le P. Canisius ne fit aucune difficulté de l’admettre parmi les novices. Il prit l’habit en 1567 et devint bientôt le modèle et l’édification de la maison par son exactitude à la règle, sa modestie et sa ferveur angélique. On le voyait souvent en extase pendant la messe, et surtout après la communion. Mais le monde ne semblait pas digne de lui, et il reçut des avertissements intérieurs de sa fin prochaine. Le 10 août, se trouvant indisposé, il fit la remarque qu’il touchait à sa dernière heure. Sur le point d’expirer, il demanda tout haut pardon de ses fautes; après quoi, il rendit l’âme (15 août 1568), n’ayant pas accompli sa dix-huitième année. Sa mémoire est honorée le 14.

L’ASSOMPTION DE MARIE

Après vingt ans de stérilité, Anne, femme de Joachim, fut mère par une grâce spéciale de Dieu ; l’enfant, qui était venu au monde à Nazareth, le 8 septembre, reçut le nom de Marie (en hébreu, Mariant). C’est à cette date que l’Eglise célèbre la Nativité de la sainte Vierge.

Au terme fixé par la loi, c’est-à-dire quatre-vingts jours plus tard, Anne se dirigea vers le temple pour accomplir la cérémonie de la purification. Comme les enfants des pauvres, Marie fut rachetée par l’offrande de deux tourterelles. Elle grandit en grâce et en sagesse sous le toit paternel, et de bonne heure elle apprit à lire dans les saintes Ecritures. Lorsqu’elle eut trois ans, Anne et Joachim reprirent le chemin de Jérusalem et présentèrent leur enfant au temple, en disant : « Nous venons vous offrir le don que Dieu nous a fait. » Le sacrifice fut accepté, et les portes du saint lieu se refermèrent sur le trésor dont il venait de s’enri-

L’ASSOMPTION DE MARIE

Fig. 187. — Le Mariage de la Vierge. D’après Raphaël. XVIe siècle.

chir. Cette cérémonie se fit un 21 novembre, jour auquel la Présentation est fêtée par l’Eglise. Marie passa ces aimées de retraite sous la protection d’une femme dont il est fait mention par saint Luc, Anne la prophétesse, qui depuis longtemps habitait dans l’enceinte du temple.

C’est pendant ce séjour de Marie à Jérusalem que l’on place la mort de ses parents. Elle fut mise sous la tutelle d’un prêtre, et comme la virginité était un état inconnu cliez les Juifs, et même tenu pour déshonorant, ainsi qu’on le voit dans l’histoire de la fille de Jephté, on résolut de lui donner un époux. Marie, se confiant à la divine Providence, accorda sa main à Joseph, homme de bien, charpentier de son état, comme elle issu de la maison de David, et qui demeurait à Nazareth. Il emmena son épouse; mais instruit aussitôt par elle de son voeu de chasteté, il le respecta.

Peu de temps après cette union si pure, l’ange Gabriel fut envoyé vers elle, et, étant entré dans sa demeure, il lui dit : (( Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, et vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Elle fut troublée à ces paroles, mais l’ange reprit : « Ne craignez point, Marie : vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrez et vous mettrez au monde un fils, et vous le nommerez Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le fils du Très-Haut, et le Seigneur lui donnera le trône de David, son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » Alors Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque j’ai résolu de demeurer vierge? » Et l’ange répondit : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. )) Marie dit : « Voici la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon votre parole. )) Et l’ange s’éloigna d’elle. Cette apparition, que l’on célèbre sous le nom de l’Annonciation, arriva le 25 mars.

Marie était encore absorbéejdans la contemplation de ce prodige lorsqu’elle se leva, excitée par un mouvement intérieur, et s’en alla en hâte au pays des montagnes, vers la ville d’Hébron, où demeurait Elisabeth, sa cousine, mariée à un homme nommé Zacharie. Elle entra dans la maison et salua Elisabeth, qui, sentant à cette voix tressaillir l’enfant qu’elle portait en son sein, s’écria : « Vous êtes bénie entre toutes les

15 août. — L’ASSOMPTION DE MARIE.

femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Mais comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne à moi? )> Emue à ces paroles inspirées de FEsprit-Saint qui proclamaient sa maternité divine, Marie, après un instant de recueillement, improvisa ce sublime cantique du Magni-

Fig. 188. — L'Annonciation. D'après Israël van JlecLcn. XVe siècle.

ficat : « Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit est ravi de joie en Dieu, mon sauveur, parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante, et voici que désormais toutes les nations m’appelleront bienheureuse, car celui qui est tout-puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la puissance de son bras ; il a dissipé ceux qui s’enorgueil-

lissaient dans les pensées de leur cœur. Il a déposé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles. Il a rempli de bien ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches les mains vides. »

Après un séjour d’environ trois mois à Hébron, Marie revint à Nazareth, où habitait son époux, qui à cette époque ignorait encore le miracle opéré en elle ; ils continuèrent leur vie de piété et de pureté parfaite. Ce fut pour le patriarche une douloureuse surprise lorqu’il s’aperçut que la femme dont il avait respecté la virginité allait devenir mère. Il ne savait à quoi se résoudre, n’osant même l’interroger; il eût donné sa vie pour qu’un autre Daniel vint lui dire : (( Cette femme est innocente. » Marie gardait toujours le silence. Ne voulant pas la diffamer, car c’était un juste, il prit la résolution de la renvoyer secrètement. L’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : (( Joseph, ne craignez point de garder avec vous Marie, votre épouse, car ce qui est né en elle est l’œuvre du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, car il sauvera son peuple, en le délivrant de ses péchés. » Or, tout ceci, ajoute saint Matthieu, a été fait pour que s’accomplît la parole du prophète : ce Voici qu’une vierge enfantera un fils. )) Joseph, s’étant réveillé de son sommeil, fit ce que l’ange lui avait commandé : il garda Marie pour épouse.

Dans ce même temps parut un édit d’Auguste pour faire recenser tous les habitants de l’empire. Chacun devait s’inscrire au lieu d’origine de sa famille ; Joseph alla donc à Bethléem, qui était la ville de David, et il donna son nom, et celui de sa femme, sur le point d’être mère, Comme il n’y avait plus de place dans les hôtelleries, ils s’étaient logés dans une étable; c’est là que Marie mit son fils au monde; elle le coucha dans une crèche. Vers le milieu de la nuit, des bergers, qui couchaient dehors près de leurs troupeaux, virent tout à coup apparaître au milieu d’eux un ange environné de lumière : ils furent saisis de crainte, mais l’ange les rassura et leur dit : « Je vous apporte la bonne nouvelle : un sauveur vous est né, dans la cité de David, qui est le Christ. Voici le signe pour le reconnaître : vous trouverez un enfant, couché dans une crèche. » L’ange disparut, et les bergers se dirent : « Allons à Bethléem pour voir accompli ce que le Seigneur nous a révélé. » Ils vinrent en toute

15 août. — L’ASSOMPTION DE MARIE.

hâte, et trouvèrent Marie et Joseph, avec l’enfant dans la crèche. Et aussitôt sortis, ils commencèrent à publier ce qu’ils avaient vu. Marie méditait en son cœur sur ces premiers hommages rendus à son fils : après les humbles bergers, ce furent des puissants qui vinrent le saluer, les Mages. Guidés par l’étoile que Dieu avait mise pour eux dans le ciel, ils étaient venus à Jérusalem, disant : « Où est le roi des Juifs nouvellement né ? )) Entendant cela, le roi Hérode fut troublé, et tout Jéru-

Fig. 189. — La Nativité. D'après Sclmijrr. XIX0 siècle.

salem avec lui. Il s’enquit donc près des prêtres du lieu où devait naître le Messie, et apprenant que c’était Bethléem, il y envoya les Mages : « Allez, dit-il, informez-vous avec grand soin de cet enfant, et quand vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j’aille aussi l’adorer. » Ils partirent, toujours guidés par l’étoile, qui s’arrêta sur l’étable. Ils entrèrent, se prosternèrent devant le nouveau-né et lui offrirent les présents qu’ils avaient apportés : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Après cela, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin.

Le huitième jour après sa naissance, l’enfant divin fut circoncis et nommé Jésus ; cette cérémonie eut lieu dans l’étable où il était venu au monde. Ensuite, sa mère accomplit au temps marqué le devoir de la purification, prescrit par Moïse. Elle vint au temple présenter Jésus et le racheter, selon la loi des premiers nés, au prix fixé pour les pauvres : deux tourterelles ou deux colombes. C’est alors que le vieillard Siméon entra dans le sanctuaire, prit l’enfant dans ses bras et s’écria : ((. Maintenant, ô Seigneur, laissez mourir votre serviteur puisque ses yeux ont vu le Rédempteur, qui sera la lumière des nations. » Le roi Hérode comptait sur le retour des Mages. Se voyant trompé par eux, il en ressentit une grande colère, et, pour atteindre plus sûrement celui qu’il redoutait, il fit massacrer tous les enfants jusqu’à h âge de deux ans, à Bethléem et dans les pays d’alentour. Sur l’avertissement d’un ange, la sainte famille avait fui en Egypte, dont elle ne revint, pour plus de sûreté, qu’à la mort d’Hérode. Les peines prédites à Marie avaient commencé par l’exil.

De retour à Nazareth, Marie eut une période de calme, sinon de bonheur. La petite ville était charmante; un auteur du sixième siècle l’appelle un paradis, les environs en étant moins dénudés que dans le reste de la Galilée. Joseph avait repris son métier de charpentier, et Jésus croissait et se fortifiait en esprit; la grâce de Dieu était visiblement en lui. Il avait environ douze ans ; ses parents allèrent, comme de coutume, à Jérusalem pour les fêtes de la Pâque, et il arriva qu’à leur retour ils le perdirent parmi la foule. D’abord ils ne s’inquiétèrent pas, le croyant avec des gens de connaissance, mais à la première halte, le soir, ne le voyant pas, ils retournèrent à Jérusalem, le demandant partout. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant, les interrogeant ; et tous s’émerveillaient de la sagesse qui était en lui. Ils furent eux-mêmes saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : « Pourquoi, mon fils, agir envers nous de la sorte? Votre père et moi nous vous cherchions, affligés. )) Il répondit : (( Pourquoi me cherchiezvous? Ne saviez-vous pas que je me dois aux choses de mon Père? )> Ils ne comprirent point, dit l’évangéliste, le sens de ces paroles. Jésus revint avec eux, car il était un fils soumis.

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L’ASSOMPTION DE MARIE

Fig. 190. — Rencontre de Jésus et de sa mère sur la route du Calvaire. D’après Raphaël. XVIe siècle.

Cependant le temps approche où Jésus, sortant de sa retraite, va se

manifester an monde et remplir sa mission ; à mesure que le rôle du fils se développe, celui de la mère s’efface. A partir de ce moment, il n’est plus guère parlé de Marie dans les Evangiles, et l’on n’a pour continuer le récit de sa vie que des conjectures et la source de l’antique tradition.

C’était après que Jésus, ayant reçu le baptême et passé quarante jours dans le désert, eut commencé à rassembler autour de lui ses premiers disciples. Joseph étant mort, il habitait encore avec sa mère, et selon toutes probabilités ils s’étaient fixés à Cana, petite ville située à deux ou trois jours de marche de Jérusalem; ils y firent du moins quelque séjour, pendant lequel on les invita à la noce d’un de leurs parents ou amis. Le vin ayant manqué, Marie dit à son fils : « Ils n’ont plus de vin. » Mais Jésus répondit : « Femme, que nous importe, à vous et à moi? Mon heure n’est pas encore venue. » Et sa mère, confiante néanmoins, et connaissant son pouvoir, dit aux serviteurs : (( Faites ce qu’il vous dira. )) Jésus accomplit alors son premier miracle à la prière de Marie : l’eau des amphores se trouva changée en vin. Un peu plus tard, après le sermon sur la montagne, Jésus parlait au peuple, lorsqu’on vint lui dire que sa mère et ses frères désiraient le voir : cc Qui est ma mère et qui sont mes frères? » répondit-il. Puis promenant ses regards sur l’assemblée et tendant la main vers ses disciples, il ajouta : <( Voici ma mère et voici mes frères, car quiconque fait la volonté de mon Père céleste est mon frère, ma sœur, ma mère. » Par ces paroles, Jésus ne désavouait ni sa mère, ni sa famille, mais il exprimait le véritable esprit de la nouvelle loi : mettre au-dessus de tout l’attachement à Dieu.

Que devient Marie jusqu’au Calvaire? On voit, par un court passage de saint Jean, qu’elle suivit son fils à Carphanaünqmais il y resta pende temps. Il ne paraît pas qu’elle l’ait accompagné pendant ses prédications ; et même, lors des scènes de la passion, elle ne fait point partie des femmes qui suivent Jésus au Golgotha, en pleurant. Elle n’est donc point de celles auxquelles il dit avec une sévère amertume : (( Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. )) Jésus était déjà en croix, lorsque Marie arriva. Marie-Madeleine et Marie, femme de Cléophas, étaient affaissées dans leur douleur; la mère du

L’ASSOMPTION DE MARIE

Christ, plus courageuse, se tenait debout, et Jean était près d’elle, qui la soutenait. Alors Jésus, oubliant les souffrances de son agonie, eut une

Fig. 191. — L’Assomption de la sainte Vierge. D’après le tableau du Poussin. XVIIe siècle.

suprême pensee pour sa mère : il lui dit : « Femme, voilà votre fils. » Et il ajouta, en s’adressant à son disciple bien-aimé : « Voilà votre mère. )) Après avoir vu mourir son fils, elle se réjouit de sa résurrection,

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dont elle dut être témoin avant les saintes femmes ; elle assista à l’ascension, qui eut lieu à Béthanie, puis elle suivit les apôtres à Jérusalem. C’est alors, sans doute, que saint Jean la prit avec lui. Cette protection de la mère de Jésus, dont il avait été investi au Calvaire, lui donna même une certaine autorité sur les autres apôtres, car Marie était déjà l’objet de la vénération particulière des fidèles. On croit quelle suivit Jean àEphèse, mais elle revint certainement mourir à Jérusalem, et c’est de là qu’elle fut ravie au ciel le 15 août, jour où est célébrée l’Assomption et où Marie est plus particulièrement fêtée dans l’Eglise qu’à aucun autre anniversaire.

Des sanctuaires furent élevés à la Vierge, peu après sa mort, en Syrie et en Palestine. Des traces authentiques de son culte furent trouvées dans les Catacombes : elle y est représentée, les bras au ciel, dans l’attitude de la prière, tantôt seule, tantôt avec l’enfant Jésus. Pendantles siècles suivants, les Pères de l’Eglise lui rendent d’éclatants et publics hommages, et au concile d’Ephèse sa maternité divine fut solennellement proclamée par la condamnation même de Nestorius (325). Saint Cyrille formula la doctrine orthodoxe, que Marie était bien la mère de Jésus comme Dieu et non pas seulement de Jésus comme homme. Pour réparer l’outrage des hérésiarques, on sentit le besoin de lui rendre désormais de plus grands honneurs. Elle avait déjà de nombreuses églises dans l’Asie Mineure, mais voilà que de splendides basiliques surgissent de toutes parts, dont trois presque simultanément à Constantinople, élevées par l’impératrice Pulchérie. Il en est de même à Jérusalem, à Alexandrie, à Carthage. Il faudra arriver jusqu’au moyen fige pour voir la dévotion à Marie enfanter de nouveau de pareils prodiges.

En Occident, le culte de la sainte Vierge sortit des Catacombes, avec la liberté de la religion, pour s’épanouir à travers les siècles en plus de soixante sanctuaires que lui consacra la seule ville de Rome ; celui de Sainte-Marie-Majeure est le plus ancien. Par toute l’Italie, Marie est extrêmement vénérée : il n’est pas un coin de rue dans les villes, pas un carrefour dans les campagnes où l’on ne voie une madone protectrice, et beaucoup de vieilles maisons en ont au-dessus de leurs portes. Peu d’églises dédiées à la Vierge sont aussi célèbres que celles que l’on voit

15 août. — L’ASSOMPTION DE MARIE.

en ce pays , et par-dessus toutes les autres Notre-Dame de Lorette. Nous citerons en Espagne Notre-Dame du Mont-Serrat ; dans les Pays-Bas , Notre-Dame d’Anvers. Parmi les peuples allemands, l’Autriche lui est consacrée. L’Europe lui appartient, car les grecs schismatiques lui ont voué un culte de choix.

La dévotion à Marie fut apportée en France avec les premiers apôtres

Fig. 192. — Vierge dite de saint Luc. D’après une image peinte sur bois, déposée à l’église de Sainte-Marie-ilajeure,

à Rome, vers le milieu du IVe siècle.

des Gaules, et Lyon devint un des centres où on l’invoque avec le plus de ferveur. Après sa conversion, Clovis lui promit une église , et il commença de la construire au lieu où Notre-Dame de Paris devait être achevée par Philippe-Auguste. Charlemagne lui éleva trois églises en Allemagne; Paris, assiégé par les Normands, se mit sous sa protection; les Normands à leur tour, une fois établis en France, rebâtirent, pour lui faire honneur, Notre-Dame de Rouen, enrichirent les sanctuaires qu’elle avait en Normandie, notamment à Bayeux et à Coutances, et allèrent s’agenouiller, l’Angleterre conquise, à Notre-Dame de Worcester. Une

autre façon d’honorer Marie fut de mettre sous son nom des confréries, des associations de toutes sortes; de l’invoquer avant toute entreprise. L’Europe croisée met son image sur ses bannières à côté de celle de son fils ; les Jeux floraux la choisissent pour patronne. Au seizième siècle, Marie est la grande auxiliatrice de l’Eglise contre l’hérésie : Ignace de Loyola se consacre à elle, lui et son oeuvre ; Vincent de Paul et F rançois de Sales se déclarent ses enfants et la vénèrent d’une

Fig. 193.

— Le Vœu de Louis XIII. D’après Abraham Bosse. XVIIe siècle.

façon spéciale. Enfin Louis XIII couronna F unanimité du culte que la France lui avait voué en plaçant solennellement sous sa protection sa personne, son Etat, sa couronne et ses sujets, le 10 février 1638.

A côté de ces manifestations extraordinaires de la piété, l’Eglise rend à Marie un culte fixe qui consiste en la célébration de ses divers anniversaires : la Nativité, la Présentation, la Visitation, l’Annonciation, Purification, l’Assomption, et l’immaculée Conception, qui fut définie, par un décret du pape Pie IX, le 8 décembre 1854. Depuis cette époque, son culte a pris comme un nouvel essor, et il y a eu comme un réveil dans les mille et quelques sanctuaires qui lui sont consacrés par le monde.

SAINT ARNOUL

SAINT ARNOUL

Le onzième siècle fut une grande époque de rénovation religieuse. La pénitence et l’amour de la solitude amenèrent à Dieu une foule d’hommes sortis de tous les rangs ; beaucoup d’entre eux , avant leur entrée en religion, portaient des noms illustres et avaient obtenu de hautes dignités dans le monde.

Tel fut Arnoul, né vers l’an 1010, des barons de Pamèle, et propre neveu des comtes de Namur, de Mons et de Louvain, en Flandre. De bonne heure, il fut armé chevalier; sa vaillance et sa force physique lui valurent le surnom à’ Arnoul le Fort, Lorsque l’empereur Henri III vint tenir sa cour àUtrecht ,il surpassa, dans les jeux guerriers, tous les seigneurs, allemands par sa vigueur ; ainsi l’on raconte qu’il se servait d’un mât de navire en guise de lance, et qu’il soulevait un chariot de foin avec l’aide d’un seul homme. Mais, d’un caractère humain et généreux , il faisait un noble usage de sa force. Obligé de prendre part, comme vassal de l’empire, aux guerres qui désolaient le Brabant et la Flandre, il tâchait à y mettre fin ou à les rendre moins cruelles ; et comme il avait, en outre, une éloquence naturelle, il y réussissait souvent, alors que le débat était porté devant les cours de justice.

« Au milieu de tout cet éclat, )) rapporte Montalembert, « Arnoul ordonne un jour à son écuyer de préparer son plus bel équipage, comme s il voulait visiter, en grande pompe, le cour du roi de France. Au lieu de s’y rendre, c’est vers le cloître de Saint-Médard de Soissons qu’il se dirige pour aller offrir à Dieu ses armes, ses riches habits et ses longs cheveux. )>

Il y vécut en véritable reclus, sans prononcer une parole, pendant trois ans et demi, jusqu’au jour où ses supérieurs l’arrachèrent à sa cellule pour remettre entre ses mains la crosse abbatiale (1078). Malgré les supplications des moines, il la déposa bientôt pour échapper aux exigences du roi Philippe Ier, qui voulait le contraindre aie suivre dans ses expéditions à la tête du ban des vassaux de l’abbaye. Sa renommée de sainteté s’était pourtant répandue au loin, et les nobles

venaient le consulter de toutes parts dans l’intérêt de la paix et du salut de leurs âmes.

A la mort de l’évêque de Soissons (1081) , Arnoul fut appelé à le remplacer par le choix du clergé, confirmé par le concile de Meaux et parles ordres d’Hugues de Die, légat du saint-siège, qui lui donna en personne l’onction épiscopale. Comme le frère du prélat décédé occupait la ville avec un parti nombreux, il fut obligé d’établir sa résidence au bourg d’Oulxy-le-Clniteau. Il mettait tout en œuvre pour éteindre le schisme, quand Grégoire VII le chargea d’apaiser les discordes sans cesse renaissantes de la Flande et d’y maintenir les droits de l’Eglise. Accompagné des dignitaires du diocèse de Térouanne, alors dépouillés et proscrits, il remit à Robert de Flandre les injonctions pontificales ; le comte eut un accès de violente colère, mais la douce vertu de l’évêque l’emporta, et ceux qu’il avait appelés ses pires ennemis rentrèrent en grâce. Arnoul parcourut ensuite, à la prière des nobles, les cantons de la Flandre orientale, et, après avoir eu le bonheur d’y éteindre partout l’esprit de haine et de vengeance, retourna comme simple religieux dans le monastère de Saint-Médard. Pénétrés de reconnaissance pour l’humble missionnaire, les habitants d’Oudembourg lui donnèrent, vers 1084, une église bâtie par saint Ursmar ; il fonda tout auprès une abbaye de bénédictins qui devint florissante, et ce fut là qu’il mourut, sur la cendre et le cilice, le 15 aoêit 1087.

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