‹ La Vie des saintsChapitre 35 sur 536 · SAINT JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

DOCTEUR DE L’ÉGLISE

Jean, qui mérita le surnom de Bouche cV or (en grec XpucroVro(/.o;), à cause de son incomparable éloquence, naquit vers 347, à Antioche. A peine sorti du berceau, il perdit son père Secundus, un des généraux de l’empire en Syrie. Ce fut sa mère, Anthusa, qui dirigea- son éducation première et forma son coeur à la piété. Il apprit, dans les écoles publiques, la philosophie et la rhétorique ; il déploya même en cet art de si brillantes facultés d’esprit et d’imagination, que Libanius, son maître, n’eût point désiré d’autre successeur que lui. Bientôt sa candeur naturelle et les secrètes opérations de la grâce le dégoûtèrent de ces dangereuses distractions. Il suivit les leçons du doux évêque Mélèce, qui lui conféra le baptême et le fit lecteur de son église. Apprenant qu’il venait d’être désigné pour l’épiscopat, Jean, convaincu de son indignité, abandonna le monde et s’enfuit dans la solitude (374), projet qu’il caressait depuis longtemps. C’était dans les montagnes voisines d’Antioche, déjà peuplées par de nombreux émules d’Antoine. Sous la conduite d’un vieillard d’une austérité singulière, il consacra quatre années au rude apprentissage de la vie ascétique. Puis il en passa deux autres seul, enfermé dans une caverne ; l’humidité qui y régnait l’obligea de revenir à la ville pour rétablir sa santé, gravement altérée. De sa longue retraite il rapporta plusieurs écrits, entre autres son traité clu Sacerdoce , regardé comme son chef-d’œuvre.

Ordonné prêtre en 386, Jean commença à se livrer à la prédication orale, où il obtint de si brillants succès. Suivant l’usage de cette époque, il expliquait au peuple quelque partie de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Aussi accourait-on à ses homélies (il en a laissé une centaine), «comme les abeilles à un champ émaillé de fleurs )). On n’y trouve rien de forcé ni de subtil ; pas un mot qui ne soit un élan du cœur, pas une pensée qui ne contienne un conseil, un reproche ou un encoura-

gement. Il terminait d’ordinaire par une instruction morale en rapport avec l’événement du jour, soit un point de controverse, soit un vice à flétrir ou une vertu à pratiquer. Sa méthode devint la règle de l’éloquence chrétienne. Jamais, du reste, il ne s’éleva à de plus magnifiques mouvements que dans la suite de sermons sur les statues. A l’occasion d’un nouvel impôt, Antioche s’était révoltée, et l’on avait brisé les statues de Théodose et de la famille impériale (387), crime de lèse-majesté, aussitôt châtié par l’ordre de raser la ville insolente. Ce fut le grand prédicateur qui la sauva.

Onze ans plus tard, Jean était sacré patriarche de Constantinople (398). Comme il eût refusé de quitter Antioche et que, dans ce caslà, un soulèvement populaire était à craindre, il fallut recourir à la

ruse : on l’attira hors des remparts, on le fit monter en voiture, et sous escorte militaire il fut mené dans la capitale. Mais cette ville corrompue n’étaifc guère digne d’un tel pasteur, et la cour, livrée aux intrigues, ne tarda pas à comploter sa ruine. Il réforma son clergé, réduisit les dépenses de sa maison au strict nécessaire ; il fonda plusieurs hôpitaux, il diminua la misère publique par les secours de toute espèce que son ingénieuse charité savait lui procurer ; il travailla à la conversion des Goths. En même temps, il ne cessait de prêcher contre le relâchement des mœurs, l’égoïsme des puissants, les abus de l’autorité, le luxe des femmes, toutes choses que l’impératrice Eudoxie, qui gouvernait son mari et l’empire, interpréta comme autant de traits à son adresse. Des prélats ambitieux, connue Théophile d’Alexandrie, lui fournirent un prétexte à représailles; on enveloppa le patriarche dans une fausse accusation d’origénisme, et un prétendu concile le déposa. Cette inique sentence ayant excité une sédition, il fut ramené dans la ville où il fit une entrée triomphale. Victoire passagère! Ayant de nouveau flétri la cour et ses machinations, et l’impératrice même sous le nom

28 janvier. — SAINT CYRILLE D’ALEXANDRIE.

(THérodiade, il fut, deux mois après, enlevé brutalement de son siège (20 juin 404), laissant derrière lui Constantinople dans un horrible désordre. Conduit d’abord à Nicée, puis sur les confins de la Cappadoce, il ne cessa d’étendre sa sollicitude pastorale sur tout l’Orient, et ses ennemis, jaloux de son influence, le firent reléguer à Pityonte. Pendant le voyage, accablé de mauvais traitements par les soldats, il mourut à Comane, le 14 septembre 407. Ses nombreux ouvrages lui ont valu le titre de docteur de l’Eglise.

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