SAINT AUGUSTIN
DOCTEUR DE L’ÉGLISE
Aurelius Augustinus, le plus illustre des Pères de l’Eglise latine, naquit, en 354, à Tagaste, petite ville de la Numidie, dans cette Afrique qui, au troisième siècle, à l’époque de saint Cyprien, comptait plus de deux cents évêques. Son père, qui avait la dignité de patrice, était païen , d’une nature ardente, et ne se convertit que dans les derniers mois qui précédèrent sa mort (371). Sa mère, sainte Monique, était au contraire attachée par la foi la plus vive au christianisme, qu’avaient aussi embrassé ses parents. Après la grâce divine, c’est à l’influence de cette pieuse mère que l’Eglise dut le retour à Dieu d’une âme que les passions entraînèrent d’abord dans de grands désordres et dans de grandes
Fic. 21G. Saint Augustin, évêque d’Hippone. D’après un tableau de l'école italienne. XVe siècle.
erreurs. Le premier bienfait de Monique pour Augustin fut, ne pouvant le présenter au baptême, de le vouer à Dieu en le faisant inscrire dès sa naissance au nombre des catéchumènes.
Bien que la fortune de son père fût médiocre, il reçut une brillante éducation, d’abord à la modeste école de grammaire de Tagaste, où son ardeur à lire Térence et Virgile le désignait déjà comme un enfant de grande espérance, puis à celles plus relevées de Madaure, où il resta jusqu’à sa seizième année ; enfin en 371, après un séjour dans sa famille, à Carthage même où, sous la direction du professeur Démocrite, il s’initia à tous les secrets de la rhétorique et de l’éloquence. Mais si la capitale de l’Afrique était alors un centre admirable de lumières, elle était aussi une réunion de tout ce qui peut corrompre l’esprit et les sens. Le jeune Augustin se laissa séduire par les doctrines du manichéisme, et s’abandonna à une vie dissolue. Le théâtre surtout devint un funeste aliment pour ses passions. (( Les spectacles, » a-t-il dit dans ses Confessions, « me ravissaient, tout remplis qu’ils étaient des images de ma misère et des aliments de ma flamme. » Cependant ses erreurs étaient celles d’un esprit inquiet plutôt que d’une âme corrompue; l’amour du beau, la recherche du bien , subsistaient toujours en lui. Les plaisirs l’avaient entraîné, mais non dégradé. La lecture de Y Hortensius , de Cicéron, le détourna alors de la vaine recherche des mots, pour l’étude plus noble de la philosophie. Il eut soif de la vérité, et, s’il se trompa d’abord sur la source divine d’où elle découle, il commençait à avoir pour elle l’amour qui y conduit.
Ses études finies, il était revenu à Tagaste, comme professeur de rhétorique, et ce fut une grande douleur pour sa mère de le voir en proie à l’hérésie ; elle en versait souvent des larmes au pied de la croix. Ces larmes devaient être exaucées, et plus tard elle considéra comme une prophétie ces paroles d’un évêque qu’elle sollicitait de convertir son fils : (( Allez, continuez ainsi ; car il est impossible qu’un fils pleuré avec de telles larmes périsse jamais. » La profonde douleur qu’il ressentit, et le touchant spectacle qu’il eut sous les yeux, près du lit de mort d’un de ses amis d’enfance, attaché lui aussi au manichéisme, qu’il y avait peut-être entraîné, comme ses amis Alype et Romanien, mais qui s’était