‹ La Vie des saintsChapitre 37 sur 536 · SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALES

DOCTEUR DE L’ÉGLISE

Ce saint, une des gloires de l’Église moderne, naquit, le 21 août 1567, au château de Sales, près d’Annecy, en Savoie; il eut pour père François, comte de Sales, et Françoise de Sionas, aussi recommandables par leur piété que par leur noblesse. Après avoir achevé à Paris son éducation classique chez les jésuites, il alla étudier le droit à l’université de Padoue, et y reçut le bonnet de docteur en droit civil et canonique (1591). Comme il était l’aîné de la famille, on lui avait ménagé une riche alliance ainsi qu’une charge de conseiller au sénat de Chambéry ; mais il refusa l’une et l’autre, brûlant depuis son enfance du désir de se vouer au service des autels. Claude de Granier, son oncle, évêque de Genève, lui conféra, en 1593, la prêtrise, et l’année suivante il établit à Annecy la confrérie de la Croix. Le succès de ses premières prédications le fit envoyer dans le Chablais, rempli de protestants qu’on voulait ramener à l’orthodoxie. Malgré les embûches que lui tendirent les fanatiques, il ne se découragea point; ses qualités aimables, ses vertus et son savoir solide augmentaient de jour en jour le nombre des prosélytes. Cette mission victorieuse inspira au pape Clément VIII l’idée de le dépêcher auprès de Théodore de Bèze, qui était devenu le chef des calvinistes (1597); les conférences qu’ils eurent ensemble restèrent sans résultat définitif.

Peu après, François, qui venait de soigner avec un zèle évangélique les pestiférés de Thonon, fut nommé coadjuteur de Genève. Désirant ardemment ramener le pays de Gex sous l’autorité de l’Église, il se rendit à Paris pour obtenir d’Henri IV la permission nécessaire ; il y fut reçu avec distinction et prêcha le carême au Louvre. Le roi, voulant l’attacher tout à fait à la France, lui offrit une pension de 4,000 livres et le premier évêché vacant, sans parvenir à lui faire rien accepter. De retour en Savoie, il succéda à son oncle que la mort avait visité, et re-

çut, le 8 décembre 1602, la consécration épiscopale. Son ardeur pour la conversion des protestants s’accrut encore de toute la grandeur de sa nouvelle position : la bulle de canonisation porte que depuis 1592 il en détourna 72,000 des sentiers de l’erreur. Il travaillait à la réforme des monastères de son diocèse lorsqu’il apprit que les sommets de deux montagnes s’étant détachés avaient écrasé plusieurs villages du Faucigny. Bien que les chemins fussent impraticables, il partit pour aller consoler ces pauvres gens, qui manquaient de tout; il obtint pour eux l’exemption des taxes, après leur avoir distribué tout l’argent qu’il possédait. On avait beau lui représenter le piteux état de ses finances, il répondait toujours : « Oui, vous avez raison, je suis un incorrigible, et, qui pis est, j’ai bien l’air de devoir l’être longtemps. » Il prêcha le carême de 1604 à Dijon, et ce fut en cette circonstance qu’il connut la vertueuse dame de Chantal. Quatre ans plus tard, il publia Y Introduction à la vie dévote, qui le fit accuser de relâcher la discipline, parce que, à l’exemple des grands génies, il devançait de beaucoup son époque, et voyait la religion de plus haut que ses contemporains. Du reste, dans tous les ouvrages qui nous sont restés de lui, l’on sent que le fond de sa doctrine était austère, malgré ses formes douces et indulgentes. En 1610, année de l'assassinat d’Henri IV, il perdit sa mère, et ces deux événements le plongèrent dans une douleur profonde.

La même année, François institua l’ordre de la Visitation, dont Mme de Chantal fut la première supérieure. Désireux d’y admettre les personnes d’un tempérament délicat, faibles et même infirmes, il choisit la règle de saint Augustin, comme celle qui prescrit le moins d’austérités. Sa santé s’affaiblissant de plus en plus, il se détermina à prendre son frère pour coadjuteur (1618). Obligé d’accompagner à la cour de France le cardinal de Savoie, qui allait demander en mariage pour le prince de Piémont la sœur de Louis XIII, il se fit entendre à Saint-Andrédes-Arts, et l’affluence y était si grande, qu’il monta souvent en chaire deux fois par jour. « Je suis surpris, disait-il à un ami, de ce que les Parisiens viennent m’écouter avec tant d’empressement, d’autant plus qu’il n’y a ni noblesse dans mon style, ni élévation dans mes pensées, ni beauté dans mes discours. — Il leur suffit de vous voir, répondit

29 janvier. — SAINT FRANÇOIS DE SALES

l’autre ; votre coeur parle par vos yeux. Les expressions les plus communes deviennent tout de feu dans votre bouche , et voilà pourquoi vos paroles vont remuer les âmes jusqu’au fond. »

En effet , F rançois s’était affranchi des entraves du mauvais goût régnant ; par son éloquence simple et naturelle, grave et modeste, surtout insinuante, il réforma le ministère de la prédication. Au commencement de 1620, il confia à saint Vincent de Paul, avec qui il était lié d’amitié, la direction du couvent que Muie de Chantal venait de fonder dans la rue Saint-Antoine. Il redoublait en même temps de bonnes œuvres, et continuait d’écrire ces lettres délicieuses où se révèle cette vertu sanctifiante qui touchait jusqu’à ses adversaires. Pendant un séjour à Lyon, où il était chargé par le duc de Savoie de complimenter Louis XIII, il mourut d’apoplexie (28 décembre 1622). On l’enterra à Annecy. Il fut canonisé en 1665, et proclamé docteur de l’Église par le pape Pie IX.

Fig. 17. — Saint François de Sales. D’après la gravure de Morin. XVIIe siècle.

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