‹ La Vie des saintsChapitre 399 sur 536 · SAINT LO · texte numérisé non relu

SAINT LO

D’origine franque, Lauto, dont on a fait Zé, naquit probablement au village de Courcy, près de Coutances, mais sa jeunesse dut se passer dans la ville de Briovère (aujourd’hui Saint-Lô), qui appartenait à son

père. Son élection à l’évêché de Coutances fut le choix d’une sage politique aussi bien que le fruit de la confiance du peuple et de son admiration pour ses vertus précoces ; il devait honorer ce siège, et en même temps le protéger.

Elu vers 524, il fut sacré par saint Godard, évêque de Rouen. En 530, il se rendit à Angers, probablement pour assister à la consécration de saint Aubin, et il s’y rencontra avec beaucoup d’évêques de Normandie. Il assista au second, au troisième et au cinquième concile d’Orléans; au quatrième, il s’était fait représenter par un prêtre nommé Scubilion, qui vivait en ermite dans la forêt de Sciscy. On ne sait rien de plus de sa vie, si ce n’est qu’elle fut fort édifiante et honorée de nombreux miracles. Il mourut après 565, car, vers cette année-là, il fit les funérailles de saint Paterne ou Pair, évêque d’Avranches.

SAINT MAURICE

Quand Dioclétien résolut de comprimer l’insurrection des paysans gaulois, dits Bagciudes, il envoya à Maximien, qu’il venait d’associer à l’empire, plusieurs corps de l’armée d’Orient, entre autres la vingtdeuxième légion (286). Cette légion, à laquelle sa bravoure, toujours couronnée de succès, avait valu le titre d1 Heureuse, tenait ses quartiers d’hiver à Thèbes, dans la haute Egypte, d’où le surnom de Théhaine. Un changement de garnison l'ayant fait passer à Jérusalem, elle y fut convertie presque toute par les prédications de l’évêque Hyménée. Trois des principaux officiers, chrétiens infatigables, jouissaient d’une influence sans borne sur leurs compagnons : c’étaient le primicier Maurice, l’instructeur Exupère et le prévôt .Candide. Les Actes racontent qu’à leur passage à Rome ils s’engagèrent par serment, entre les mains du pape Caius, à refuser obéissance à César s’il voulait faire la guerre au Christ.

Après avoir détaché une partie de ses cohortes par les Alpes Cot-

22 septembre. — SAINT MAURICE.

tiennes, le gros de la légion arriva, le 21 septembre, à Octodurum (Martigny), dans le Valais. Comme c’était le lieu du rendez-vous général, beaucoup de troupes y étaient rassemblées; Maximien, fatigué de la route, était retenu dans sa tente, et l’on voyait déjà les apprêts du sacrifice solennel projeté, selon l’usage, pour l’ouverture de la campagne. Maurice, qui commandait, traversa la ville sans s’arrêter, franchit les gorges d’Agaune, et alla camper dans la plaine, à trois lieues de là. Le lendemain, l’empereur ordonna à la légion de revenir sur ses pas pour assister à l’oblation du sacrifice ; chef et soldats, en proie à l’agitation la plus violente, refusèrent de se soumettre à une cérémonie qu’ils regardaient comme une insulte à leur conscience. Maximiçn, blessé de recevoir un pareil affront de ces chrétiens qu’il affectait de tant mépriser, prononça contre les mutins la peine de la décimation, la plus rigoureuse d’entre les lois militaires. Plusieurs corps de troupes d’une fidélité à toute épreuve furent chargés de l’appliquer; elle s’accomplit, du reste, sans exciter de la part des condamnés ni cris ni résistance : « On eût dit plutôt, suivant un historien, que ceux dont le sort amenait les noms s’en trouvaient heureux et glorifiés, tant ils mettaient de hâte à s’élancer hors des rangs. »

Dès que le dernier eut été appelé, Maurice remit au lieutenant une lettre, où il exprimait la résolution inébranlable de tous. (( César, )) disait-il, (( nous sommes tes soldats mais aussi les serviteurs de Dieu; tu nous donnes la solde, il nous a donné la vie. Le sang de nos camarades a rejailli sur nous, et nous ne les vengeons point, quoique nous ayons des armes. Fais maintenant comme il te plaira, mais sache bien que s’il faut poursuivre et tuer des chrétiens, nous n’obéirons pas. » Ordre fut alors donné de procéder à une seconde décimation, puis à une troisième jusqu’à la soumission absolue des coupables. Lorsqu’on recommença le terrible appel, les soldats demandèrent tous à y être compris. Candide arracha l’aigle d’une enseigne, et la brisa contre terre en s’écriant : (( C’est le Christ qui commande! » De tous côtés, ils jetèrent bas casques et cuirasses, ne songeant plus qu’à se préparer à la mort. Le massacre dura jusqu’à la nuit (22 septembre 286).

L’Église enregistra au nombre de ses plus glorieuses journées cette a guerre des saints » ; elle célébra dans ses hymnes « la légion conquérante du ciel qui, pour vivre, avait forcé les portes de la mort ». Le bourg d’Agaune prit le nom de Saint-Maurice,' et un ordre militaire fut fondé en Savoie au seizième .siècle en l’honneur du vaillant chef de la légion thébaine, modèle et patron de tout guerrier chrétien.

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