‹ La Vie des saintsChapitre 405 sur 536 · SAINT ELZÉAR ET SAINTE DELPHINE · texte numérisé non relu

SAINT ELZÉAR ET SAINTE DELPHINE

Né vers 1285, à Robians, village aujourd’hui disparu du diocèse d’Apt, Elzéar était fils d’Hermangaud de Sabran, comte d’Arian. Il fit ses études au monastère de Saint-Victor de Marseille, sous la direction de son oncle Guillaume de Sabran, qui en était abbé. Ses progrès furent aussi grands dans la piété que dans la science, et même il poussait dès lors si loin les austérités qu’on fut obligé de l’arrêter. En 1299, il épousa Delphine de Signe, pour céder au vœu de Charles II, roi de Naples, qui voulait beaucoup de bien à sa famille. Le jour même de leurs noces, les jeunes époux prirent ensemble la résolution de garder la continence. Retirés au château d’Ansouis, ils vivaient dans la prière, les mortifications et les bonnes œuvres. Cette extrême piété n’empêchait point Elzéar de remplir les devoirs de son rang; il administrait avec sagesse ses affaires temporelles, et il était brave à la guerre. Sa charité, qui était très grande, se fit surtout remarquer pendant la famine de 1310.

A la mort de son père, il passa dans le royaume de Naples pour prendre possession du comté d’Arian ; il en trouva les habitants, ennemis de la domination française, si peu disposés à la soumission qu’il ne put faire d’abord usage de son autorité; néanmoins, il parvint, par

la patience et la douceur, à se concilier l’affection des plus rebelles. Après cinq ans d’un séjour consacré à toutes sortes de réformes qui rendirent bientôt son nom populaire, il revint en Provence, près de sa femme. C’est alors qu’ils renouvelèrent leur voeu de chasteté perpétuelle et s’affilièrent au tiers ordre de Saint-François, dont ils portaient en partie l’habit sous leurs vêtements. Dans le but de réformer les mœurs de ses vassaux, il rédigea et fit publier dans ses terres ce qu’on appela le Décalogue de saint Elzêar. Il fut rappelé en Italie par le roi Robert (1309), qui le chargea de l’éducation de son fils Charles, duc de Calabre. Quelque temps après, Robert, obligé de passer en France, nomma son fils régent sous la conduite d’Elzéar, qui fut établi chef du conseil. Voyant que les pauvres et les faibles n’avaient point de protecteurs à la cour, il demanda au duc Charles d’être nommé leur avocat. Ce singulier office lui ayant été accordé, il se fit faire un grand sac qu’il portait par les rues, et où il mettait les requêtes et les réclamations des malheureux ; il écoutait leurs plaintes avec bonté, leur distribuait des aumônes, les réconfortait de son mieux, plaidait lui-même leurs causes, leur faisait rendre prompte et bonne justice. Il se montra, dans la suite, aussi excellent général qu’ administrateur consciencieux et indulgent. Les troupes de l’empereur Henri VII, qui avaient attaqué le royaume de Naples, furent battues à deux reprises, par lui et par Jean, frère du roi. Une autre fois, ce fut comme ambassadeur qu’il se distingua en négociant le mariage de la princesse Marie de Valois avec le duc de Calabre (1323). Il mourut, à Paris, le 27 septembre de la même année. Par son testament, il légua sa fortune à sa femme, à son frère Guillaume, aux pauvres et aux hôpitaux. Urbain V le canonisa en 1369.

Delphine lui survécut jusqu’au 26 septembre 1360. Ayant fait vœu de pauvreté, elle vendit ses immenses domaines, dota un grand nombres de filles, décora plusieurs églises et couvents, et on la vit demander son pain de porte en porte, au grand scandale du roi et des courtisans. Elle refusa de loger dans ses châteaux, et passa à Apt les quinze dernières années de sa vie, couchant sur la paille, observant le silence le plus absolu. Plusieurs prélats distingués de son temps

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