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SAINT BRUNO

Au temps du grand pape Grégoire VII, Dieu suscita un nouveau patriarche solitaire qui, par la vie pénitente, devait servir de modèle au clergé et au peuple chrétien : c’était Bruno, né à Cologne, vers 1035,

Fig. 252. — Saint Bruno met l’ordre des chartreux sous la protection de la sainte Vierge. D’après une peinture de Zurbaran. XVIIe siècle.

d’une race noble et belliqueuse. Chanoine et écolâtre de Reims, il y enseigna l’hébreu, le grec et la théologie, et compta parmi ses élèves un jeune seigneur champenois, devenu pape sous le nom d’Urbain II. Les bienfaits dont l’archevêque Manassès le combla ne lui fermèrent pas les yeux sur les excès où se portait le prélat , et il fut un de ses principaux accusateurs au concile d’Autun, qui le suspendit de ses fonctions (1077).

En récompense de son courage, Bruno vit sa maison forcée, ses biens séquestrés, sa prébende vendue; mais il eut moins de chagrin de cet inique traitement que des scandales donnés à l’Église. Pour fuir la dignité d’archevêque qu’on voulait lui imposer, il renonça à l’enseignement et se consacra entièrement à Jésus-Christ. C’est ce qu’il raconte lui-même dans une lettre adressée au prévôt de Reims : «Vous vous souvenez, » dit-il, (( que vous et moi, et Foulques le Borgne, nous promenant un jour dans le jardin proche de mon logis, après avoir discouru ensemble de la caducité des biens et des plaisirs de la terre , comparés à la durée des joies célestes, nous fûmes si embrasés de ferveur, que nous promîmes et vouâmes au Saint-Esprit de quitter au plus tôt les choses périssables et de prendre l’habit monastique. »

Fidèle à son voeu, Bruno trouva un maître éclairé en la science du salut dans saint Robert, que les solitaires de Molesme avaient choisi pour abbé et qui fonda ensuite l’ordre de Cîteaux. Ce fut sur ses conseils qu’il alla se présenter, avec six compagnons, à Hugues, évêque de Grenoble. L’évêque crut reconnaître en eux sept étoiles dont il avait eu la vision, et les conduisit lui-même dans la retraite qu’il leur destinait. L’endroit était absolument désert, et tellement difficile d’accès qu’on courait risque de la vie en franchissant les précipices ; il consistait en un étroit plateau, entouré de sapins et dominé par des montagnes, que sillonnaient sans cesse des avalanches. Les pèlerins s’y établirent avec joie, élevèrent un oratoire, construisirent des abris couverts de branchages , et se livrèrent sans esprit de retour à la contemplation et à l’amour de Dieu. Cette solitude s’appelait la Chartreuse, et telle fut l’origine de l’ordre des Chartreux (1084), qui portèrent d’abord le beau nom de Pauvres du Christ.

Il ne paraît pas que Bruno ait donné de règle particulière à ses disciples; ils suivirent celle de saint Benoît en la ramenant à sa rigueur primitive, et modifiée d’une façon anachorétique. Ils habitaient chacun une cellule séparée, au nombre de douze seulement , avec dix-huit frères convers et quelques valets. Les jours d’office en commun, c’est-àdire les dimanches et fêtes, on leur permettait l’usage du poisson et du fromage; le reste du temps, le pain de son et les légumes composaient

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