SAINTE JEANNE DE FRANCE
Troisième fille du roi Louis XI et de Charlotte de Savoie, elle naquit en 1464 et fut fiancée, dès le bas âge, à son cousin Louis, duc d’Orléans, alliance toute politique rendue définitive par un contrat de mariage, le 28 octobre 1473. La nature l’avait mal partagée : elle était petite, maigre, noire, voûtée et si laide, que son père ne pouvait souffrir sa présence, et, lorsqu’elle avait à paraître devant lui, elle tremblait et cherchait à se cacher derrière sa gouvernante. Le duc d’Orléans, pour des motifs peu avouables, la prit en égale aversion. Cependant cette union avait été sa meilleure sauvegarde ; elle l’avait garanti, à plusieurs reprises, des ressentiments de son beau-père et de la régente Anne deBeaujeu. Ayant succédé à Charles VIII sous le nom de Louis XII, il s’empressa de rompre son mariage, et la nullité en fut prononcée à la fin de 1498.
Jeanne, douce et patiente, se soumit au jugement, et, quoique blessée dans ses affections et dans sa dignité, elle ne proféra aucune plainte. (( Si Dieu l’a permis, dit-elle, c’est pour me donner le moyen de le servir mieux que je ne l’ai fait par le passé. » Comme l’usufruit du duché de Berry lui avait été assigné pour son entretien, elle se retira en la ville de Bourges, et y vécut jusqu’à sa mort, arrivée le 4 février 1504. Partageant son temps entre les pratiques pieuses et les exercices de la pénitence, elle employait en oeuvres de charité la plus forte partie de ses revenus. Elle entretenait un commerce de lettres avecsaint François de Paule, et le consulta en particulier touchant le dessein qu’elle nourrissait d’établir une congrégation de filles en l’honneur de l’Annonciation de la Vierge, ou de l’Annonciade. La règle quelle leur donna, entièrement nouvelle, avait pour but l’observation des dix vertus de Marie. L’institut fut approuvé le 14 février 1501, et la fondatrice en revêtit aussitôt l’habit.