SAINT WILFRID
Au milieu du septième siècle, l’autorité de Rome était devenue presque nominale sur l’Eglise d’Angleterre ; mais là où des prêtres romains eux-mêmes avaient échoué, un Anglo-Saxon devait réussir, non sans
12 octobre. — SAINT WILFRID.
' luttes, il est vrai, et non sans épreuves. Il se nommait Wilfrid et appartenait, par le sang, à la haute noblesse northumbrienne ; il était né en
Fig. 258. — Ruines de l’abbaye de Sainte-Marie de Melrose, en Ecosse.
634. Très jeune encore, il entra au monastère de Lindisfarne, se rendit ensuite à Rome, et en revint plein d’enthousiasme pour les usages suivis par la mère des Eglises. Avec l’appui du roi, il commença par 'essayer d’imposer la règle romaine au monastère fondé à Ripon; les religieux refusèrent d’abandonner le rit celtique, et Wilfrid prit la place de l’abbé Eata, qui se retira à Melrose avec Cuthbert. La guerre
continua sur la question de la Pâque; le roi Oswy voulut qu’elle fût débattue en public. Alors eut lieu la conférence de Whitby (664), où l’indépendance de l’esprit celtique dut céder à la discipline romaine ; Colman, seul évêque pour la Northumbrie, protesta contre la décision de l’assemblée et, résignant son siège d’York, se retira à Iona. Le choix des nobles lui donna Wilfrid pour successeur.
Wilfrid alla demander la consécration épiscopale à son ami Angilbert, évêque de Paris , mais en son absence, la réaction celtique avait repris le dessus, et le moine Ceadda occupait le siège d’York. Réfugié au monastère de Ripon, il ne demeura pas longtemps inactif ; il fit un voyage à Cantorbéry, et en rapporta le chant grégorien et la règle bénédictine, qui devait" remplacer dans tous les monastères l’observance de Colomban. En 668, le pape Vitalien ayant nommé à l’archevêché de Cantorbéry Théodore, qui, le premier, fut reconnu métropolitain de toute l’Angleterre, Wilfrid put reprendre possession de son diocèse. Le nouveau roi Egfrid ne tarda pas à subir l’influence que Wilfrid avait eue sur son frère aîné, et ce fut le point de départ d’une seconde période de prospérité. L’évêque, au milieu de ses devoirs multiples de pasteur, trouvait le temps d’organiser des écoles, de propager l’enseignement de la musique, et d’initier le nord de l’Angleterre aux premiers rudiments de l’architecture chrétienne. Il fit de grands travaux à la cathédrale d’York, aux couvents de Ripon et de Hexham. Cependant ses bonnes relations avec Egfrid ne durèrent pas au delà de dix ans. Il avait encouragé la reine Ethelrède à prendre le voile, et le roi ne lui pardonna pas de l’avoir séparé de sa femme, même pour des motifs religieux ; à son instigation, l’archevêque Théodore le déposa, divisa son diocèse en quatre circonscriptions et y nomma des ennemis de Wilfrid (677 ).
Celui-ci en appela à Rome. Il partit, mais le vent le poussa sur les plages delà Frise. Les Frisons étaient encore païens ; oubliant le but de son voyage, il s’attarda un an parmi eux et en convertit un grand nombre. A Rome, sa cause fut jugée par un concile que présida le pape Agathon, et il obtint justice. Lors de son retour en Northumbrie, au mépris de la décision papale qu’il fut accusé d’avoir achetée à prix d’argent, on le jeta en prison. Quand il put obtenir sa liberté, il se réfugia chez les
13 octobre. — SAINT ÉDOUARD LE CONFESSEUR.
Saxons du sud et consacra quatre ans à leur conversion ; en G86, le roi du Wessex, Cadwalla lui donna une partie de l’îlede Wight, et, s’étant converti, le garda près de lui quelque temps. A la fin de la même année, il fut remis en possession de tout son ancien diocèse, Théodore ayant reconnu ses torts avant de mourir. Il eut cinq ans de. paix, puis les vexations recommencèrent; ses ennemis, les partisans du rit celtique, lui contestèrent le droit de juridiction sur la Northumbrie entière, il résista et fut exilé une seconde fois.
Wilfrid en appela encore à Rome. Le pape Jean VI convoqua un concile qui, au bout de quatre mois, lui donna gain de cause. Son retour en Angleterre reçut le même accueil que la première fois : le roi Aldfrid refusa de reconnaître le jugement du saint-siège, et après sa mort, qui arriva dans le même temps, son successeur Eadwulf l’expulsa du royaume. Enfin, grâce à l’intervention de l’abbesse Elflède, il y eut une réconciliation générale des évêques de Northumbrie. Wilfrid se contenta de son monastère de Ripon, où il vécut en solitaire jusqu’à sa mort, arrivée le 25 juin 709. Sa fête fut fixée au 12 octobre, jour de la translation de ses restes à la cathédrale de Cantorbéry.
(( A peine mort, dit Montalembert, Wilfrid apparut aux yeux de tous ce qu’il était, un grand saint et un grand homme. » Il combattit et réussit à détruire l’esprit particulier de la chrétienté celtique ; par la contagion de son exemple, plus encore que par ses efforts personnels , il ramena l’Angleterre entière à l’unité de liturgie, qui est comme la garantie de l’imité de dogme.