‹ La Vie des saintsChapitre 471 sur 536 · SAINT VANNE · texte numérisé non relu

SAINT VANNE

Clovis, s’étant rendu maître de Verdun, ne crut pas prudent de laisser aux suffrages de la ville le choix de l’évêque qui devait remplacer saint Firmin, et il désigna lui-même un vieillard nommé Euspice. C’était un prêtre fort vénéré , que les habitants avaient député au roi des Francs pour implorer sa clémence. Il fut élu par acclamation, mais refusa , néanmoins, d’accepter à cause de son grand âge, et pria que l’on confiât des fonctions trop lourdes pour lui à Vanne, l’un de ses neveux, dont il certifiait le mérite et les vertus. Clovis accéda à ce désir, et Vanne devint évêque. On ne saurait absolument rien de son pontificat si une tradition ne lui attribuait la destruction d’un dragon qui avait son repaire au lieu où s’éleva depuis la citadelle, et ravageait les environs ; on porta longtemps dans une procession anniversaire le simulacre du monstre. Les historiens du diocèse considèrent cette tradition comme un symbole de l’extirpation, par saint Vanne, des derniers vestiges de l’idolâtrie. Il mourut vers 529.

Le siège de l’évêché de Verdun était, avant lui, situé hors des murs ; il le transporta dans la ville, et établit dans les anciens bâtiments une petite communauté de clercs. Ce fut l’origine de la célèbre abbaye de Saint- Vanne, où Bérenger, vingt-troisième évêque de Verdun, mit, en 952, des religieux de l’ordre de Saint-Benoît.

SAINT ANDRÉ AVELLINI.

Né en 1521 à Castronuovo, petite ville du royaume de Naples , d’une famille aussi riche de vertus que de fortune, il reçut au baptême le nom de Lancelot. On l’envoya faire ses études à Venise, et dès qu’elles furent achevées, il sollicita la tonsure cléricale; son évêque l’éleva ensuite au sacerdoce. Dans l’intervalle, il avait conquis le grade de docteur en droit. C’était le temps où, suivant les décisions du concile de

10 novembre. — SAINT ANDRÉ AVELLINI.

Trente, on commençait de grandes réformes dans la discipline ecclésiastique.

Chargé de la direction d’un couvent de femmes à Naples, il trouva qu’elles n’avaient guère conservé de leur règle que l’habit, travailla de toutes ses forces à les ramener à l’observance régulière, et y réussit, non sans soulever bien des haines ; comme Charles Borromée, il fut récompensé de son zèle par une tentative d’assassinat. Résolu à quitter entièrement le monde, il entra dans l’ordre des théatins, où son nom de Lancelot fut changé en celui d’André. Il devint maître des novices, et dix ans plus tard, supérieur de la maison de Naples. On le voit ensuite chargé d’aller fonder deux autres maisons, l’une à Milan , où il se lia d’amitié avec l’archevêque, la seconde à Plaisance. Il séjourna quelque temps dans cette dernière ville, et y obtint tant de conversions que le duc de Parme voulut visiter et entretenir un homme que la rumeur publique qualifiait déjà de saint.

De Plaisance, André fut envoyé en Lombardie, puis nommé à Milan supérieur de la maison qu’il y avait fondée; c’est à cette époque qu’il arracha au monde la vicomtesse Paule, belle-sœur du cardinal Augustin de Cusa, qui se fit religieuse et entra chez les capucines. A la suite de cette conversion, on pressa le pape Grégoire XIV de lui donner un évêché; mais, à la première ouverture, il refusa avec effroi, se jugeant, dans son humilité, parfaitement indigne de telles fonctions. Enfin, il obtint la permission de se retirer au couvent de Saint-Paul de Naples et d’y vivre en simple religieux. Pendant cette période de sa vie, il combattit vigoureusement les protestants, qui faisaient des adeptes en Italie, et fut un des plus zélés auxiliaires de l’inquisition romaine. Le 10 novembre 1608, en commençant sa messe, il fut frappé d’une attaque d’apoplexie, et quelques heures plus tard il expirait. Canonisé en 1712 par le pape Clément XI, il est un des patrons de ville de Naples et de la Sicile.

Saint André Avellini a laissé de nombreux ouvrages : traités sur les matières de dévotion, homélies, méditations, lettres, avis spirituels, etc.

SAINT MARTIN

Martin, le plus grand homme de la Gaule chrétienne sous le régime des Francs et l’un des noms les plus populaires de l’Église, naquit vers 316, à Sabarie, aujourd’hui Sarvar, bourg de la Hongrie. Il était fils d’un officier de l’armée impériale, dévot païen, qui l’emmena avec lui à Pavie, où il avait choisi sa retraite. Abandonné à lui-même, il ne fréquenta guère les écoles ; mais il suivait assidûment les instructions religieuses données aux catéchumènes. A douze ans, il s’enfuit en secret aux environs de la ville et se bâtit une cellule, dans l’intention de vivre en ascète comme les Pères du désert. La loi qui obligeait au service tout fils de vétéran vint le saisir à seize ans ; enrôlé, bien malgré lui, dans la cavalerie, il fut envoyé en Gaule. Ce fut alors qu’il faisait à Amiens le dur apprentissage du métier des armes, et, n’étant pas encore baptisé, qu’arriva, un jour d’hiver, la rencontre célèbre du pauvre avec lequel il partagea son manteau.

Après vingt campagnes, vers 353, il obtint son congé, et ce vétéran, « élevé dans les camps pour l’Église, » suivant l’expression de Villemain, alla se ranger sous la discipline de saint Hilaire. L’évêque de Poitiers accueillit avec bonheur l’ancien soldat, « à la fois humble et impérieux, tendre et hardi, et plein surtout de cette foi simple, irrésistible, qui déborde autour du cœur et n’a besoin que de toucher pour vaincre )). Il voulut l’élever an diaconat, et ne put lui faire accepter que le titre d’exorciste. Le désir de revoir ses parents l’entraîna en Italie. En traversant les Alpes, il tomba dans une embuscade de brigands, qui l’assaillirent pour le tuer. L’un d’eux, surpris de son sangfroid, lui ayant demandé s’il n’avait pas peur : « Non, » dit Martin, « car vous ne pouvez rien sur moi ; mon Dieu me protège. » On le laissa partir. A peine eut-il converti sa mère, qu’il attaqua vivement les ariens, alors en majorité dans la Lombardie ; chassé de Milan par les magistrats, traqué par l’évêque hérétique, il se réfugia dans un îlot de la côte de Gênes, appelé V Ile aux Poules. Il y vécut en ermite, de

11 novembre. — SAINT MAKTIN.

racines et de poisson, jusqu’au moment où le décret de 3G0 rendit Hilaire à son Eglise.

Martin accourut vers son ancien maître, et emporté par un véhément amour de la vie solitaire, il s’empressa de fonder, avec son concours, le monastère que l’histoire désigne comme le plus ancien de l’Occident. Il l’établit non loin de Poitiers, en un lieu désert, que nous

Eig. 275. — Légende de saint Martin. D'après une tapisserie du XIIIe siècle.

appelons aujourd’hui Ligugé. Ce fut un grand événement pour le siècle, et qui provoqua un enthousiasme général; des villes lointaines comme des provinces voisines on venait en foule visiter cette nouvelle Thébaïde. Aussi le peuple de Tours, dès que l’évêque fut mort (371), voulut avoir Martin à sa place ; comme il resta sourd à toutes les sollicitations, il fallut user de stratagème pour l’attirer hors du cloître. Un certain Ruric se jette en pleurant à ses pieds et le supplie de venir au plus tôt donner les consolations suprêmes à sa femme mourante. Martin cède et arrive. Quand les évêques voisins, réunis pour l’ordination, le voient entrer avec son air humble, ses cheveux en

désordre et sa tunique de poil de chameau, ils le déclarent indigne de l’épiscopat et s’efforcent de l’écarter. Cette résistance irrite les habitants qui, par acclamation, l’élèvent au siège métropolitain.

En devenant évêque, Martin resta moine; il gouverna son Eglise comme un véritable monastère, sans apporter aucun changement au genre de vie dont il avait pris l’habitude à Ligugé. A une demi-lieue de Tours, dans un pli de la Loire, et au-dessous de la grotte de saint Gatien, il se fabriqua une cellule de bois, pour lui et un de ses archidiacres. Peu à peu, une centaine de moines s’y placèrent sous sa conduite, ayant chacun leur cellule, formée de planches ou creusée dans le roc vif. Dans ce monastère, nul ne possédait rien en propre ; on se livrait à la contemplation, et l’on occupait les plus jeunes à transcrire des livres. La nourriture était des plus sobres, et l’on ne sortait que pour la prière et le repas, qui avaient lieu en commun. Beaucoup de ces moines devinrent évêques par la suite, et quelle église n’eût pas souhaité de tirer son pasteur du grand monastère ( Martini monasterium, d’où l’on a fait Marmoutier)? Tout ce que Grégoire de Tours et Sulpice Sévère nous apprennent de son administration pastorale a le même caractère d’ordre, de zèle et de discipline.

Le vieux culte païen n’eut pas de plus redoutable ennemi que notre saint. On le voyait, accompagné de quelques religieux, parcourir le pays en renversant les monuments druidiques et les chênes consacrés en même temps que les statues des divinités romaines. Expéditions aussi dangereuses que pénibles ; les cités acceptaient la loi du Christ, quand les campagnes s’obstinaient dans leurs coutumes superstitieuses, et c’est bien en ce sens que le mot d Qpaganus signifiait à la fois paysan et païen. Souvent il arriva aux paysans de défendre les objets de leur culte avec un acharnement qui allait jusqu’à mettre en péril la vie de Martin; mais il n’opposait à leur colère que son corps exténué par le jeûne et couvert d’un cilice. Amboise, Louroux, Sauve, Langeais, Châtres et vingt autres endroits furent les théâtres de cette lutte contre l’ignorance et l’erreur, lutte accompagnée de miracles sans nombre, dont le plus admirable était le courage d’un seul croyant en face des fureurs les plus sauvages. A chaque autel renversé, à chaque idole, succédait, dans le

11 novembre. — SAINT MARTIN.

lieu même, une chapelle, un monastère, (( afin de grefter, pour ainsi dire, la nouvelle foi sur les habitudes du passé ». Cette croisade contre l’idolâtrie, Martin la poussa de proche en proche, jusqu’à Autrui d’une part, à Chartres et Paris de l’autre.

Fig. 276. — Jésus-Christ sur son trône couronne saint Martin. Fresque d’Orsel, à l’église d’Oullins, près de Lyon. XIXe siècle.

Si Martin était un homme simple de mœurs et de piété, il n’avait dans l’esprit et l’attitude rien de servile. Il faisait de l’obéissance à Dieu son premier devoir, tout en sachant commander au besoin. Bientôt il acquit dans toute la Gaule autant d’autorité par le renom de ses héroïques vertus que par la sagesse de ses conseils et la fermeté de sa conduite. Il

n’en faut pas d’autres preuves que sa mission auprès de l’empereur Maxime (384). Après le meurtre de Gratien, Maxime avait fait arrêter ou chasser de leurs sièges les évêques d’Occident qui avaient favorisé son rival ; Martin alla le trouver à la cour de Trêves, et, protestant contre l’intervention du pouvoir séculier dans les affaires ecclésiastiques, il mit en liberté tous les captifs. Ayant appris qu’après son départ, deux évêques espagnols avaient obtenu de l’empereur sentence de mort contre l’hérétique Priscillien et plusieurs prêtres, il reprit le chemin de Trêves pour demander qu’on épargnât, du moins, le reste de la secte. Un synode venait d’y être assemblé, qui devait juger cette question; on voulut interdire à Martin l’entrée de la ville s’il ne s’engageait à conserver la paix avec ses ennemis. « Je promets, dit-il, de garder toujours la paix du Christ. » Combien ce voyage différait du précédent où il avait vu à ses pieds prince, évêques et courtisans, trop heureux d’obtenir du moine un regard ou une parole! A peine l’empereur daigna-t-il le recevoir ; il ne promit rien, et, pour comble de dérision, Martin fut accusé d’être un fauteur d’hérésie et un tyran de l’épiscopat. Il s’éloigna en donnant carrière à ses larmes.

Dès lors, Martin rompit avec les affaires du inonde ; il s’abstint de toute réunion d’évêques, de peur d’y rencontrer ceux qu’il regardait comme coupables d’une nouveauté criminelle et inouïe, la persécution sans merci de chrétiens égarés. Cependant, toujours pitoyable aux malheureux, il n’hésitait pas à implorer en leur faveur, et à passer, par exemple, toute une nuit agenouillé en prière à la porte d’un commissaire impérial, qui ne lui accorda que le lendemain la grâce de quelques condamnés. Un différend s’étant élevé parmi les clercs du bourg de Candes, à l’extrémité de son diocèse, le vieil évêque voulut s’y rendre, afin, disait-il, de finir ses jours par la paix ; mais il tomba malade, et mourut en ce lieu, vers 396, le 11 novembre, à quatre-vingts ans passés. Au chant des hymnes et des psaumes, avec une population innombrable et 2,000' moines pour cortège, son corps fut conduit en triomphe jusqu’au tombeau qu’on lui avait préparé à un quart de lieue de Tours. Telle fut la vénération de la chrétienté pour le grand apôtre, devenu patron d’une trentaine de villes, qu’au dire de son historien, à tout

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