SAINT RENÉ
Un jour de l’année 396 que Maurille, évêque d’Angers, passait dans le village qui s’appelle aujourd’hui la Possonnière, une dame de haute naissance, nommée Bononia, vint se jeter à ses pieds, et le conjura de lui obtenir du ciel un enfant, objet de tous ses désirs. Maurille adressa à Dieu de ferventes prières, et, un an plus tard, Bononia mettait au monde un fils, qu’elle offrit à Dieu. Mais il paraît que sa reconnaissance ne fut .pas de longue durée, car elle omit de le faire baptiser. Quand cet enfant eut sept ans, il fut pris d’une maladie soudaine, et l’on reconnut qu’il se mourait; la mère se rendit en toute hâte à l’église de Saint-Pierre d’Angers, où Maurille célébrait alors la messe, et le supplia de venir, sans retard, conférer le baptême à son fils. L’évêque délibéra un instant s’il devait abandonner le saint sacrifice, ce qui est défendu par les canons, ou risquer de laisser un enfant mourir, par sa faute, hors de la communion chrétienne. Il crut pouvoir attendre, mais quand il arriva , le fils de Bononia était mort. Cet événement jeta Maurille dans une profonde tristesse; bien qu’il eût fait son devoir, il sentit comme un remords du malheur qui était arrivé, et se jugeant désormais indigne des fonctions de l’épiscopat, il résolut de se retirer au fond d’une solitude pour s’y purifier par la prière et la pénitence. Il s’enfuit dans les forêts désertes de l’Armorique, et vécut dans les larmes jusqu’à ce que Dieu lui eût fait connaître intérieurement que la
12 novembre. — SAINT PATERNE.
vie de l’enfant était accordée à son repentir. Il revint donc, fit ouvrir sa tombe et, à son appel, le cadavre se dressa. L’enfant fut aussitôt baptisé, et l’évêque lui imposa, en souvenir de sa résurrection, le nom de René (en latin, Renatus , né deux fois). Tel est le récit que la tradition nous a conservé.
René reçut l’instruction de l’école épiscopale, et le vœu de sa mère fut cette fois rempli ; élevé à la dignité d’archidiacre, il fut chargé d’administrer l’église de Chalonnes-sur-Loire. Maurilleétant mort (426), René lui succéda sur le siège d’Angers. Toutefois, le fardeau de l’épiscopat parut bientôt insupportable au nouvel évêque, qui, prétextant un pèlerinage à Rome, alla se fixer dans une solitude près de Sorrente, en Italie. Il ne fit , il est vrai, que changer de diocèse , car ses vertus le firent choisir, dans la suite, comme évêque de la ville, où il mourut le 6 octobre 650. Inhumés dans la cellule qu’il avait habitée, ses restes furent transférés plus tard à Angers, et déposés, le 12 novembre 1012, dans l’église de Saint-Maurille. Le culte de saint René était jadis fort populaire en France, et une confrérie célèbre avait été instituée à Angers, dont il est le patron.