SAINT GRÉGOIRE DE TOURS
La grande figure de Grégoire de Tours domine toute la seconde génération des descendants de Clovis, car il fut de beaucoup le plus honnête et le plus illustre personnage des temps qui l’ont eu pour historien.
Né le 30 novembre 544, en Auvergne, il se nommait Georges-Florent, et prit le nom de Grégoire à son avènement au siège épiscopal. Par son père Florent et par sa mère Armentarie, il se rattachait à l’aristocratie celtique. Elevé par saint Gall, son oncle, qui lui conféra la tonsure, il passa ensuite sous la direction sévère de saint Avit, et, négligeant la grammaire et les études profanes, apprit simplement à lire les Psaumes, les Evangiles et les E pitres dans la Vulgate. Parvenu au diaconat, il entreprit un pèlerinage au tombeau de saint Martin pour remercier Dieu de l’avoir guéri d’une maladie dangereuse à laquelle il avait failli succomber. Il se fît connaître si avantageusement à Tours que le clergé et le peuple l’élurent pour évêque, à la place de saint Euphronius, son parent, qui venait de mourir. Les députés chargés de lui annoncer son élection le trouvèrent à la cour de Sigebert, roi d’Austrasie, et il fut sacré en sa présence par Gilles, archevêque de Reims, le 24 août 573.
Dès son installation, Grégoire, en vertu des prérogatives attachées à la dignité épiscopale, se vit investi d’une suprême influence sur les affaires de la ville, et obligé, par suite, d’intervenir dans de graves différends politiques ; mais ce prêtre chétif, débile, de petite taille, avait une aine élevée, un caractère indépendant et énergique; il ne savait pas
16 novembre. — SAINT GRÉGOIRE DE TOURS.
trembler, et, fort de la moralité chrétienne, il lutta, souvent avec bonheur, contre les instincts sauvages des princes mérovingiens. En 575, Théodebert périt assassiné. Le duc Gontran, accusé de complicité dans le crime, se réfugie dans la basilique de Saint-Martin. Un lieutenant de Chilpéric le poursuit, réclame le fugitif qui lui est refusé, traverse la Loire, et pénètre à cheval dans l’enceinte, regardée comme inviolable. Au moment où il s’avance sous la voûte du temple, il est saisi d’épouvante, ramène ses soldats en arrière, et Gontran est sauvé. En 576, le jeune Mérovée vient, avec Brunehaut, sa femme, chercher asile à Tours contre la fureur de Frédégonde. Cette fois, c’est Chilpéric lui-même qui s’élance sur les traces de son fils et somme Grégoire de le livrer ; l’évêque demeure inflexible, et le roi, n’osant user de violence, condescend à capituler avec le prince rebelle. En 577, un concile est assemblé à Paris pour juger l’évêque de Rouen Prétextât, coupable d’avoir béni le mariage de Mérovée : tous les assistants le condamnent, à l’exception de Grégoire, qui, seul, ne craint pas de braver la toute-puissante Frédégonde.
Il y avait à Tours un gouverneur nommé Leudaste, qui, à force d’intrigue et d’audace, s’était élevé à une grande fortune. Quand il vit Grégoire si mal noté dans l’esprit de la reine de Neustrie, il s’abandonna sans aucune retenue à l’intempérance de ses passions, n’épargnant pas même aux lieux les plus saints l’affront de ses pilleries avides. Puis il alla jusqu’à dénoncer l’évêque comme un partisan déclaré de la race de Sigebert, qui, par des manoeuvres secrètes et des outrages publics à la personne royale, préparait les voies à une éclatante trahison. Cité à comparaître devant une assemblée de prélats convoquée, en 580, à Brainne, Grégoire fut renvoyé absous, et son calomniateur exilé. Au zèle pour le maintien de la discipline, ainsi qu’il le montra dans son démêlé avec Félix, évêque de Bordeaux, il joignait une ardeur plus vive encore pour la pureté de la foi. Il défendit la divinité de Jésus-Christ contre les juifs, les ariens, et surtout contre Chilpéric, qui, comme on sait, s’occupait de théologie; le roi lui ayant exprimé ses doutes sur la Trinité et rédigé un projet d’édit, où il anéantissait la distinction des personnes divines, il lui en signala les erreurs avec une fermeté vrai-
ment apostolique. Après avoir présidé aux funérailles de sainte Radegonde (587), il se rendit à Metz auprès de Childebert, et réussit à négocier la paix entre lui et le roi de Bourgogne. Jusqu’à la fin de sa vie, il travailla de son mieux à l’union des princes mérovingiens, seul moyen de consolider la domination des Francs dans les Gaules. Ce fut là un de ses plus grands soucis. (( Que faites-vous, ô rois! )) écrit-il. « Que voulez-vous ? que cherchez- vous ? Vous habitez des maisons de délices, vos celliers regorgent de vin, de froment et d’huile; vos trésors, de monceaux d’or et d’argent. Une seule chose vous manque, la grâce de Dieu, parce que vous ne voulez point la paix. »
Grégoire mourut à Tours, le 17 novembre 595. Il est l’auteur, entre autres ouvrages, d’une Histoire des Francs, qui fait tout le fond de nos premières annales. Le style en est grossier et la narration confuse; mais on trouve dans ses récits, toujours sincères et animés, les documents les plus curieux sur l’état des peuples et de l’Église à cette époque barbare. La mémoire de saint Grégoire est honorée le 16 novembre.