SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE
Il s’appelait Théodore, et ce ne fut que beaucoup plus tard, probablement lors de son baptême, qu’il reçut le nom de Grégoire. Il naquit vers 210, à Néocésarée (Pont), oh habitaient ses parents, qui étaient païens. Son éducation fut très soignée, et, comme il se destinait au barreau, il alla étudier la jurisprudence à Béryte (aujourd’hui Baïrout). Dans un voyage qu’il fit la même année à Césarée, il se rencontra avec Origène, qui s’y était retiré, pour fuir les poursuites de Démétrius, évêque d’Alexandrie , et il s’attacha à lui. La persécution de Maximien le contraignit de sortir de Césarée, en 235 ; il alla passer trois ans à Alexandrie et y compléta ses études philosophiques. De retour à Césarée , il retrouva Origène et profita si bien de ses leçons qu’il voulut se convertir et recevoir le baptême, de longues et sérieuses méditations l’ayant con-
17 novembre. — SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE.
vaincu de l’excellence du christianisme. Dans sa ville natale, où il revint alors, on s’attendait à le voir tirer parti de ses talents, mais au grand étonnement de ses compatriotes, il abandonna tout ce qu’il possédait et se retira à la campagne, en un lieu solitaire. C’était, aux yeux du monde, une folie; Phédime, archevêque d’Amasée, en jugea autrement : il vit en Grégoire un vrai chrétien et résolut de le faire évêque de Néocésarée , ville toute païenne et qui ne possédait encore que dixsept chrétiens. Après bien des résistances, il accepta, et un de ses premiers actels fut de mettre par écrit le symbole de la foi ; le manuscrit en resta déposé à l’église, les fidèles purent le consulter, et dans la suite, grâce à la rigueur de la doctrine qui y était exposée, Néocésarée fut préservée de la contagion de l’arianisme. C’est dans ce temps que le nouvel évêque se trouva doué de ce pouvoir surnaturel qui lui fit accomplir tant de miracles, d’où lui vint le surnom de Thaumaturge. Les prodiges qu’il opérait eurent plus de poids que sa parole sur la population corrompue de la ville ; les conversions furent bientôt nombreuses, les prêtres eux-mêmes abandonnaient leurs idoles.
Pendant la persécution de Dèce (250), Grégoire conseilla sagement aux chrétiens de fuir plutôt que de s’exposer à faiblir dans les supplices, et, grâce à cette recommandation, nécessaire surtout avec de nouveaux convertis, il n’eut à déplorer aucune apostasie; lui-même s’était réfugié dans un désert avec son diacre. Quand l’apaisement se fut fait, il parcourut tout son diocèse, instituant des fêtes anniversaires en l’honneur des martyrs qui venaient de souffrir pour la foi. Il montrait en chaque chose un ferme esprit de justice. Lorsque les barbares, après avoir ravagé la Thrace et la Macédoine, passèrent en Asie Mineure, où ils brûlèrent le temple de Diane, à Ephèse, des chrétiens qui avaient été pillés par eux ne se firent pas conscience de s’approprier le butin oublié ou abandonné, ce qui lui donna lieu d’écrire l’Epître canonique, où il défend scrupuleusement le principe de la propriété. En 264, il se tint un concile à Antioche pour condamner Paul de Sarnosate, ce précurseur d’Arius ; Grégoire et Athénodore, son frère, sont nommés les premiers parmi ceux qui souscrivirent aux décisions de l’assemblée. L’hérétique dissimula assez ses erreurs pour éviter la censure personnelle, et l’on
ne sait si Grégoire assista an second concile d’Antioche où Paol fut formellement condamné, en 270. C’est, en effet, l’année que l’on assigne pour la mort de notre évêque.