SAINT AIGNAN
C’était en 451. Orléans venait d’apprendre la marche d’Attila contre les Visigoths ; comme la ville était sur le chemin de Toulouse, les habitants se préparèrent à la lutte et au siège qu’ils allaient avoir à soutenir. Isolés, au milieu des Alains douteux, sinon traîtres, ils demandèrent le secours des Romains, et ils dépêchèrent à Aétius, patrice des Gaules, qui siégeait à Arles, leur évêque Aignan ( Anianus ). Né vers 358, dans la capitale de la Gaule Viennoise, de parents d’origine hongroise, catholiques, qui fuyaient la persécution des Goths ariens, il avait d’abord vécu dans la solitude, puis était venu à Orléans se mettre sous la direction de l’évêque, saint Euverte. A sa mort, le peuple l’avait choisi pour pasteur. Il appartenait à cette race héroïque d’évêques que produisit le cinquième siècle, et qui, hommes de savoir et de piété, devenaient dans les périls publics les magistrats naturels de leurs cités. Le peuple donnait volontiers à leur bâton pastoral la signification de bâton de commandement, et les barbares voyaient avec appréhension ces généraux sans cuirasse ni épée dont ils ne calculaient pas bien toute la puissance ; ils tremblèrent plus d’une fois devant eux.
Arrivé à Arles, Aignan n’eut point de peine à persuader à Aétius que sa présence était nécessaire à Orléans ; la ville tiendrait jusqu’au 14 juin. Aétius promit d’arriver au jour marqué, et l’évêque reprit sa route en hâte. Il était à peine rentré dans Orléans qu’Attila y mettait le siège. Un autre secours était nécessaire, celui des Visigoths, qui préféraient attendre l’ennemi chez eux ; il l’obtint par l’intermédiaire d’un grand personnage, nommé Avitus, qui avait été l’ami d’Alaric et avait conservé de l’influence sur Théodoric, son fils, alors roi. Les Visigoths promirent aussi leur concours. D’ailleurs, le nom seul du généralissime romain soulevait au loin l’enthousiasme des peuples ; toutes les Gaules vinrent se ranger derrière lui. Cependant les Huns, inhabiles