SAINT HUGUES DE LINCOLN
Né en 1140, Hugues appartenait à une des meilleures familles de la Bourgogne , et il fut élevé avec soin dans une maison de chanoines réguliers où il fit profession. Etant allé, à dix-neuf ans, visiter la grande Chartreuse, il se prit d’un tel amour pour cette vie cénobitique, qu’il demanda et obtint d’y prendre l’habit. Au bout de dix ans, on le choisit pour procurateur. Il s’acquit une grande réputation de prudence et de sainteté, qui le fit connaître par toute la France. Henri II, d’Angleterre, le chargea d’achever d’établir la maison de William , dans le Somerset,
où il avait récemment appelé des chartreux. Le roi, l’ayant vu à l’oeuvre, apprécia vivement ses mérites et avoua un jour qu’il ne saurait jamais lui refuser aucune grâce. Le siège épiscopal de Lincoln était vacant depuis plusieurs années; il y fut élu unanimement, sur le conseil d’Henri, et sacré, malgré ses résistances assez vives, par Baudoin, archevêque de Cantorbéry (21 septembre 1186).
Hugues s’occupa de réformer la distribution des bénéfices , et de ne les laisser conférer désormais qu’aux prêtres pieux et éclairés, et, en récompense de services rendus à l’Église. Sur ce point il résista au roi lui-même, qui fut obligé de reconnaître la sagesse de cette résolution. Il n’usa jamais de son ascendant sur Henri que pour prendre la défense des pauvres et des faibles, ne craignant pas de le réprimander au sujet des exactions dont il faisait souffrir ses sujets. Avec Richard qui lui succéda, il tint la même conduite, et refusa énergiquement d’autoriser, dans sa juridiction, une nouvelle levée d’impôts, que le roi avait demandée pour guerroyer contre le roi de France, lui faisant en même temps des reproches de ce qu’il opprimait le peuple. C’est cette conduite hardie qui fit surnommer Hugues (( le Marteau des rois ». Très ferme en ce qui concernait les droits de l’Église et son indépendance, il défendait à ses religieux de s’immiscer dans les affaires de l’État, et donnait l’exemple de cette réserve, préférant d’occuper ses loisirs en bonnes œuvres, visite des malheureux et des hôpitaux, soins donnés aux lépreux. Pendant la construction d’une église à Lincoln, il mit volontiers la main à la besogne, apportant lui-même des pierres à l’édifice. Étant tombé malade d’une fièvre aiguë, il mourut peu de temps après, à Londres, le 17 novembre 1200.