‹ La Vie des saintsChapitre 484 sur 536 · SAINT 0D0N DE CLUNY · texte numérisé non relu

SAINT 0D0N DE CLUNY

Considéré comme l’im des restaurateurs de la vie monastique, Odon fut en même temps un des hommes les plus savants de son temps. Né dans le Maine, en 879, d’une famille seigneuriale, il fut élevé par un prêtre; puis Foulques le Bon, comte d’Anjou, le garda quelque temps près de lui. Il servit ensuite Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, mais dès l’âge de seize ans, il se sentit appelé à Dieu, et il était admis parmi les chanoines de Saint-Martin de Tours. L’étude devint alors une de ses principales occupations ; il reprit les auteurs profanes, et les abandonna pour les œuvres des Pères. La lecture de la règle de saint Benoît fit sur lui une si vive impression, qu’il commença de la pratiquer, sans l’avoir professée. Le désir de se perfectionner l’attira à Paris, oh il suivit les leçons publiques de Remi d’Auxerre; il étudia sous ce maître habile la plupart des arts libéraux, mais avec une prédilection pour la musique, qu’il connut mieux qu’homme de son siècle. Revenu à Tours, il n’y resta guère et se mit bientôt eu quête d’un monastère bénédictin. Il le trouva à la Baume, en Bourgogne ; l’abbé Bernon le reçut avec joie (909), et s’apercevant qu’il était lettré, le chargea d’enseigner la jeunesse. Odon apportait avec lui sa bibliothèque, qui se composait de cent volumes.

En 927, Bernon étant mort, les moines choisirent Odon pour supérieur, et le conduisirent presque de force à l’évêque, qui lui donna la bénédiction abbatiale. Cluny, dépendance de la Baume et où il alla résider, devint, grâce à ses efforts, une maison modèle. L’étude, le bon ordre, l’exacte discipline qu’il y établit en firent la plus célèbre école de la chrétienté. Ce fut de là que l’observance régulière se communiqua à tant d’autres monastères, qui formèrent l’ordre de Cluny, et se répandirent en grand nombre sur l’Espagne et l’Italie. Odon en était

19 novembre. — SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE.

regardé comme le chef suprême, et sa réputation alla fort loin. Les papes l’appelèrent souvent à Rome, soit pour prendre conseil de lui en des affaires difficiles, soit pour qu’il servît de médiateur entre des princes italiens près d’en venir aux mains ; il rétablit ainsi en bon accord le roi Hugues et Alberic, patrice des Romains. Il fit à Rome trois voyages, peut-être quatre, de 936 à 942 ; attaqué, pendant le dernier, d’une violente fièvre, il voulut être ramené en France près du tombeau de saint Martin, pour lequel il avait une dévotion particulière. Arrivé à Tours, il y mourut le 18 novembre 942.

La sainteté d’Odon fut reconnue aussitôt après sa mort, et son culte suivit de près. Ses disciples, surtout, lui portaient une vénération profonde; il y eut parmi eux plus d’un homme remarquable, et rien ne prouve mieux le mérite de l’abbé de Cluny. Il laissait de nombreux et intéressants ouvrages, touchant la théologie, la discipline, l’histoire de son temps, la musique, ainsi que des hymnes en l’honneur de divers saints, qui furent adoptées dans beaucoup d’églises.

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