SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE
Hermann, landgrave de Thuringe et de Hesse, comte palatin de Saxe, était un des princes les plus puissants qui régnaient en Allemagne au commencement du treizième siècle. La Hongrie était alors gouvernée par André II , qui avait pour épouse Gertrude de Méranie : de leur mariage était née, en 1207, une fille, Elisabeth. Quand elle eut quatre ans, Hermann demanda sa main pour son fils Louis qui en avait onze, et les deux enfants furent fiancés. Emmenée en Thuringe, à Eisenach, Élisabeth grandit en sagesse et en piété avec les années, et elle montrait déjà une si grande humilité que les personnages de la cour et Agnès, sa future belle-sœur, ne lui témoignaient que du mépris. Mais l’amour de Louis la soutenait au milieu de ces premières épreuves ;
ils avaient l’un pour l’autre l’affection la plus tendre, et en 1220 ils se marièrent.
Louis était très pieux ; c’était un chevalier de courtoisie parfaite, ayant pour devise : (( Piété, chasteté, justice. )) Elisabeth avait une beauté aussi
exquise que son âme, mais dont elle ne tirait nulle vanité. Dès les premiers temps, elle mortifia sévèrement son corps ; quand son époux était absent, elle veillait toute la nuit en prière : elle prit toujours garde qu’il ne souffrît pas de ses pénitences, et avec lui, comme avec tous, son visage et son parler étaient toujours avenants et gais. La plus grande partie de son temps était consacrée aux malheureux : c’étaient ses mains qui répandaient les aumônes; à pied, seule, elle parcourait les campagnes, chargée de vivres, de vêtements, d’argent. Un jour qu’elle cheminait ainsi, elle se trouva au détour d’un chemin, en face de son mari qui revenait de la chasse. Etonné de la voir plier sous le faix, il lui dit : « Voyons ce que vous portez; » et en même temps ouvrit, malgré elle, le manteau qu’elle
Fig. 277. — Sainte Elisabeth de Hongrie. D’après .
une peinture de fra Angelico. XVe siècle. S 6 TI cil t COlltlC Sel pOltllllO. Il 1 Gg’cll (Ici ,
mais il n’y avait plus que des roses blanches et rouges, les plus belles qu’il eût vues de sa vie; et pourtant ce n’était pas la saison des fleurs. Il comprit la protection miraculeuse que Dieu donnait à sa femme pour avoir suivi, dans ses bonnes œuvres secrètes, le précepte de l’Evangile.
En 1226 ils se séparèrent pour la première fois; Louis fit avec l’empereur Frédéric II la campagne contre les Bolonais et assista à la grande diète de Crémone. En récompense de ses services, l’empereur
19 novembre. — SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE.
lui donna tout le pays qu’il pourrait conquérir en Prusse et en Li-
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Fig. 278. — Sainte Élisabeth de Hongrie soignant les lépreux, par Murillo. XVII'-' siècle.
thuanie, où il se proposait d’aller porter la foi chrétienne. Le projet qu’il ne put accomplir fut mis à exécution par l’ordre Teutonique, dont son
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frère Conrad était un des chefs. Élisabeth gouverna sagement en son absence, bien qu’avec une prodigalité peut-être excessive envers les pauvres, ses favoris ; elle leur fit, en effet, distribuer tout le trésor ducal, la somme énorme, pour l’époque, de 64,000 florins d’or; elle en nourrit neuf cents tous les jours. Deux nouveaux hospices furent fondés à Eisenach, dont l’un existe encore, celui de Sainte- Anne, ainsi que des asiles pour les enfants abandonnés ou orphelins. Elle allait soigner les malades elle-même ; une source où elle lavait le linge de ses mains a conservé le nom de « fontaine d’Elisabeth ». A peine de retour, Louis se croisa à l’appel de Frédéric II, et reçut la Fleur du Christ, signe de ralliement en forme de croix. Il n’osait apprendre sa résolution à sa femme ; mais un jour, en fouillant dans son aumônière, elle y trouva la croix, et tomba par terre sans connaissance. Après des semaines de larmes, laissant sa femme à demi-morte de douleur, il partit pour ne point revenir.
Élisabeth prit dès lors le deuil des veuves, qu’elle ne devait plus quitter. D’autres épreuves l’attendaient. Son beau-frère Henri s’empara du duché, et la jeta hors du palais avec ses quatre enfants, en faisant défense à tous de lui donner refuge ou de lui porter secours. Elle erra donc par les rues, comme une mendiante, ne trouva à se loger que dans une misérable taverne, et fut bientôt réduite à la misère, dans une ville qui devait tant à sa charité. Pour comble d’infortune, ses enfants lui furent ravis, mais elle ne tarda pas à se féliciter que les maux dont elle eut à souffrir leur fussent épargnés. Dieu la soutint en ces jours sombres, jusqu’à ce que son oncle, le prince-évêque de Bamberg, l’eût recueillie et installée au château de Botenstein. Il lui assigna un revenu et voulut même la marier, mais Élisabeth demeura fidèle à son mari. Ses enfants lui furent rendus, et elle reçut un autre trésor, les restes de celui qu’elle pleurait. Les seigneurs qui les avaient apportés à leur retour de Palestine entreprirent de lui faire rendre justice, et ils y réussirent. Henri reconnut les droits de son neveu Hermann, et se contenta de la régence. Quant à Élisabeth, elle se retira àMarbourg; elle y prit l’habit de Saint-François et se fit construire une maisonnette de bois et de terre glaise, auprès du couvent des Frères Mineurs. Le
20 novembre. — SAINT EDMOND.
pape Grégoire IX, informé de sa retraite, la mit sous la direction de Conrad de M^arbourg, qui prit un grand empire sur elle et la conduisit au sommet de la perfection chrétienne. Elle obéissait comme un enfant à ce moine dur et souvent violent, qui ne comprenait qu’à demi la tendresse de sa nature, et ne réussit pas à la détacher complètement de ses enfants, qu’elle aimait à la passion ; sur ses derniers jours, cependant, elle eut la force de se résoudre à cet amer renoncement.
Sa vie à Marbourg fut des plus humbles et des plus dévouées ; tout l’argent qu’elle avait gardé allait aux malheureux, car elle se nourrissait à peine et d’aliments grossiers préparés de ses mains. Plus que jamais, elle fut la servante des pauvres, des malades, des lépreux, alors un objet d’horreur pour tous; elle lavait et baisait leurs ulcères. La prière, au milieu de ces travaux charitables, la délectait. et emplissait son âme d’une joie divine, qui illuminait son visage, et si elle pleurait encore, c’était de reconnaissance pour Dieu, qui lui permettait de se consacrer tout entière à lui. Après deux ans de cette existence angélique, elle rendit l’âme, sans agonie, dans la nuit du 18 novembre 1231; elle venait d’accomplir sa vingt-quatrième année.
On l’inhuma dans la chapelle de l’hôpital Saint-François qu’elle avait fondé, et dès lors commencèrent les miracles sans nombre qui ont illustré son tombeau.