‹ La Vie des saintsChapitre 498 sur 536 · SAINT SATURNIN · texte numérisé non relu

SAINT SATURNIN

Au nombre des missionnaires, la plupart Italiens, que le pape envoya dans les Gaules au commencement de notre ère, figurait Saturnin {Salurninus) , appelé aussi Sernin. Il avait, ainsi que ses compagnons, reçu l’imposition des mains, qui le sacrait évêque des gentils. En débarquant sur la côte de Narbonne , la petite troupe se sépara , et il choisit Toulouse pour théâtre de ses travaux, espérant par cette ville de gagner tout le midi.

C’était un poste brillant, mais plein de dangers. La grande cité, si renommée par ses savantes écoles profanes, n’avait encore entendu parler du Christ qu’au milieu des imprécations et des railleries. A l’instar de Rome, elle s’était construit un Capitole, où l’on adorait, avec Minerve, sa patronne, le grand dieu de l’empire, Jupiter. Saturnin, ayant réussi à former un petit troupeau de fidèles, acheta, aux environs de ce temple, une maison destinée aux réunions et à la célébration des saints mystères. Chaque jour, on le voyait passer et repasser, sans s’arrêter, sur la place, ou se mêler à la multitude de païens qui

arrivaient pour consulter ou sacrifier. Or, il advint qu’un jour les oracles cessèrent, les idoles restèrent muettes, et leurs prêtres déclarèrent qu’il fallait attribuer ce silence à la présence d’un étranger suspect et au voisinage d’un conciliabule de sectaires chrétiens.

Afin d’apaiser la colère des dieux, on prépara, sur l’ordre des magistrats, l’immolation solennelle d’un taureau, ou, comme on disait, d’une grande victime. Au jour marqué, le peuple encombrait le péristyle et les degrés du Capitole, quand Saturnin, escorté de quatre clercs, parut sur la place; un pressentiment l’avertissait du martyre prochain, mais nulle crainte ne put l’arrêter. Un cri général s’éleva :

« Le voilà, l’ennemi de notre religion! Qu’il fasse amende honorable, ou qu’il périsse ! )> Des fanatiques s’emparèrent de lui , et le traînèrent au temple, en face de l’autel. « Prends cet encens et brûle-le en l’honneur des dieux, )) dit le grand prêtre, « ou crains pour ta vie. — Je ne brûlerai pas d’encens, » répondit-il, « et je ne crains rien, hormis mon Dieu qui est le seul véritable. Comment les vôtres me feraient-ils peur puisque vous prétendez que je les effraie? » Cette parole hautaine enflamme la rage des assistants. On se rue sur Saturnin, on l’attache par les pieds aux deux bouts d’une corde enroulée autour du poitrail du taureau, qu’on allait sacrifier. La foule livre alors passage à l’animal qui, rendu furieux par l’aiguillon, se précipite à travers les degrés. Au premier choc, le crâne du saint évêque est brisé, sa cervelle se répand au dehors , tandis que son corps laisse après lui des lambeaux de chair et une longue trace de sang. La corde se rompit à une certaine distance de la ville, au milieu d’un champ. Deux femmes, une maîtresse et sa servante , recueillirent ces restes épars et leur donnèrent la sépulture.

On ne s’accorde pas sur la date précise du martyre de saint Saturnin. Une magnifique église romane fut plus tard bâtie en son honneur à Toulouse , dont il est le patron.

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