‹ La Vie des saintsChapitre 500 sur 536 · SAINT É L 0 I · texte numérisé non relu

SAINT É L 0 I

imoges, qui fut à une époque très ancienne un centre de travaux artistiques, possédait, au septième siècle, des ouvriers Labiles à travailler les métaux. C’est là qu’un jeune homme, du nom d’Eloi {Eli- « gius) , né en 588, au village voisin de Chaptelat, vint faire son apprentissage chez un orfèvre qui dirigeait l’atelier de la monnaie. La profession d’orfèvre ou d’argentier exigeait alors les talents divers de l’émailleur, du fondeur, du ciseleur, du joaillier, du lapidaire, et même celui de l’architecte, car certaines œuvres d’orfèvrerie, comme les châsses, étaient souvent de véritables monuments. L’apprenti passa bientôt maître en cet art difficile : les églises, les abbayes, les riches seigneurs du Limousin se disputaient les pièces sorties de ses mains et signées de son nom. On en peut lire de fréquentes descriptions dans les anciens inventaires ; malheureusement il ne nous en reste que des fragments.

Vers 620, Eloi, attiré à Paris par quelque commande, y fut retenu

par Rabbon, argentier du roi Clotaire II. Clotaire s’efforçait de faire refleurir autour de lui le luxe et les arts de l’antiquité. Or, il désira un jour d’avoir une chaise d’or enrichie de pierreries, élégamment

ciselée, à la manière des césars romains, et l’on ne trouvait dans les ateliers royaux aucun ouvrier capable de ce travail , lorsque Rabbon songea au jeune Limousin qu’il avait pris sous son patronage. Sur la recommandation de son argentier, le roi tira de son trésor un poids d’or considérable et le remit à Eloi, qui conduisit son travail avec diligence et scrupule. Bien loin de distraire la moindre parcelle d’or, il fît si bien du métal destiné à un seul ouvrage qu’il en fabriqua deux. Sa tâche finie, il se rendit au palais et présenta premièrement au roi la chaise d’or qui avait été commandée. Le roi loua l’élégance du travail et ordonna de récompenser l’ouvrier; mais lui, découvrant alors une seconde chaise qu’il avait tenue cachée : « Voici, dit-il, comment j’ai employé ce qui me restait d’or, ne voulant pas le perdre. )) Clotaire,

Fig. 286. — Saint Éloi, patron des orfèvres et des flUppC d etOimemeilt, dcC'laia qU U II

maréchaux. Sculpture du XV» siècle, dans l'église h()mme g J fidèle dailS leS petites CÏlOde Notre-Dame d’Armançon, à Semur. 1

ses était digne de confiance pour les plus grandes. Ce fut le commencement de la fortune d’Eloi : il eut un logement dans la maison royale, et Clotaire le chargea de diriger la monnaie de Paris. L’une de ces chaises, la seconde, aurait été en partie conservée : c’est celle que l’on voit au Louvre et qui provient de l’ab-

1er DÉCEMBRE. — SAINT ÉLOI.

baye de Saint-Denis. Elle est en bronze doré et gravé : le siège et les bras furent refaits au douzième siècle par ordre de Suger; les pieds seuls seraient donc de la main d’Eloi.

Après Clotaire, Dagobert, dont le nom est si intimement lié à celui d’Eloi, lui continua les faveurs royales. Il trouva, plus encore

Fig. 287. — L’église de Saint-Martial, à Paris, préservée de l’incendie par saint Éloi D’après un dessin sur parchemin du XII0 siècle.

que par le passé, près de ce monarque dont la générosité égalait le faste, les libéralités nécessaires à ses travaux. Riche et honoré, il continua son existence d’artiste laborieux et la sanctifia par la prière et les bonnes œuvres. (( Arrivé à l’âge mûr, » dit Ozanam, «il jeta sur la vie un regard sérieux. Il n’était point de ceux qui se croient dispensés de servir Dieu pour avoir rempli leurs devoirs. Jusque-là, il s’était conformé au luxe des grands, il portait comme eux des vê-

tements de soie , des bourses garnies d’or et de pierreries : l’austérité chrétienne ne lui permit plus ces ornements; il les dépouilla et les vendit pour les pauvres. Le pieux ouvrier, assis à sa tâche, avait ouvert sous les yeux le texte des saintes Ecritures. Il y cherchait la lumière, la règle et la paix; il y trouvait, par surcroît, l’inspiration qui suscita les grands artistes des siècles chrétiens , et qui le dirigea lui-même dans plusieurs ouvrages perdus pour nous, mais longtemps comptés parmi les plus beaux monuments de l’art national : je veux dire la châsse de sainte Geneviève, à Paris, celle de saint Martin, tà Tours; et à Saint-Denis, le tombeau de ce saint, l’autel, le riche

Fig. 288. — Sceau ancien à l’effigie de saint Éloi, patron de la corporation des orfèvres de Paris.

couronnement qui le surmontait, les ornements du chœur, exécutés avec un si rare talent, qu’on ne pouvait entrer dans ce sanctuaire sans en être ravi d’admiration. »

C’était vers ce même temps qu’Eloi commençait de consacrer sa fortune à des fondations pieuses et à des œuvres de charité. D’une maison de campagne que Dagobert lui donna, à Solignac, près de Limoges, il fit un monastère, qui demeura longtemps une école d’orfèvrerie , où se conservaient les traditions du maître. L’année suivante, vers 632, il établissait à Paris un autre monastère, près de l’église de Saint-Martial. Il se détachait de plus en plus du monde : son atelier était un hôpital et une hôtellerie pour les malades, les pauvres et surtout pour les esclaves, prisonniers de guerre que les barbares envoyaient à Paris et faisaient vendre à l’encan. Enfin , à

2 décembre. — SAINT PIERRE CIIRYSOLOGUE.

la mort de Dagobert, il se démit de sa charge de monétaire en faveur de son élève Thillon et se consacra à Dieu.

Deux ans plus tard, les fidèles de Noyon l’arrachaient pour toujours à son atelier en le choisissant comme évêque (640). Il fut sacré à Rouen, le même jour que son ami saint Ouen. La tâche qu’il acceptait était des plus lourdes. Le diocèse de Noyon comptait plus de païens, peut-être, que de chrétiens : Eloi, par la douceur de ses discours, le charme de ses vertus, détacha de leurs idoles sanguinaires les hordes sauvages campées dans les bois et parmi les marais, jusqu’aux rivages de la mer du Nord, et peu à peu les amena à la foi chrétienne. Ce fut l’œuvre de dix-neuf aimées, pendant lesquelles, évêque aussi zélé qu’il était habile artiste, il ne cessa de prêcher, de catéchiser, de combattre, jusqu’à la victoire définitive, les restes de l’idolâtrie. Quelques-uns de ses discours, qui nous ont été conservés, le montrent digne, par son éloquence, des grands évêques de son temps, les Remi, les Germain, les Sulpice. Tout se réunit en lui pour le faire marcher de pair avec ceux-là qui, selon le mot d’Ozanam, cc éclairaient les rois, disciplinaient les peuples, et devenaient les fondateurs de la société française ». Saint Eloi mourut le 1er décembre 659, et celui qui laissait tant d’œuvres précieuses fut enfermé dans une châsse finement ciselée, ornée d’une croix en or, argent et pierreries, faite avec les bijoux dont la reine Bathilde s’était dépouillée sur son tombeau. Plusieurs villes l’ont adopté pour patron, notamment Limoges et Noyon, ainsi que l’industrie des métaux.

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