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SAINT FRANÇOIS XAVIER

« Le sentiment religieux, » a dit l’historien Cantù, «joua toujours un rôle dans les expéditions lointaines du seizième siècle, et l’intention

3 décembre. — SAINT FRANÇOIS XAVIER.

de convertir les barbares ou les mécréants fut le principal mobile des voyages de découvertes. Lorsque le Cap eut été doublé, il sembla qu’une carrière magnifique s’ouvrait au zèle des missionnaires. Les jésuites s’y lancèrent de préférence, et le plus remarquable d’entre eux- fut saint François Xavier. »

Fils d’un gentilhomme de Navarre, François naquit, le 7 avril 1506, au château de Xavier, situé au pied des Pyrénées, non loin de Pampelune. Il alla compléter ses études à l’université de Paris, et y fut chargé

Fig. 289. — Sceau de la nation de France, à l’université de Paris. XIVe siècle.

d’une chaire de philosophie, dans le collège de Beauvais. Ce fut par l’intermédiaire d’un pauvre prêtre savoyard, Pierre Le Fèvre, avec qui il demeurait au collège de Sainte-Barbe, qu’il connut Ignace de Loyola. Celui-ci, qui lui répétait souvent : « Que sert à l’homme de conquérir le monde s’il perd son âme? » finit, malgré ses résistances , par l’associer à ses desseins. Depuis lors, François entreprit sérieusement d’abattre l’orgueil de son esprit en ruinant les forces de son corps par les jeûnes, les veilles, le cilice et les autres austérités de la pénitence. Le 15 août 1534, il fit vœu avec Ignace, dans l’église souterraine de Montmartre, d’aller se présenter au pape pour lui offrir de servir l’Eglise en tel lieu

du monde qu’il lui plairait. Deux ans plus tard, il fut ordonné prêtre et employé à Rome dans la prédication.

A peine Jean III, roi de Portugal, eut-il connaissance de la constitution 'des jésuites, qu’il les invita à passer dans les Indes pour opérer des conversions. Désigné parle pape, François s’embarqua, le 7 avril 1541, sur la flotte du vice-roi Martin de Souza, à la conquête spirituelle d’un pays dont il ignorait la langue, les usages, les erreurs, le nom même. Il avait pour compagnons les PP. Paul Camerino et François Mansilla, sans aucun serviteur. La première difficulté pour lui fut de convertir les Portugais, qui s’abandonnaient sans vergogne aux excès trop habituels aux conquérants. Il parcourait Goa, la clochette à la main, mendiant de porte en porte ou appelant les chrétiens à la prière. Souvent il pénétrait dans les nouveaux palais, se mêlait aux entretiens, s’asseyait aux banquets pour en tempérer la licence, remettait la paix dans les ménages. Il agit de même à Malacca, à Mélinde, dans les forts et les comptoirs, ainsi que sur les vaisseaux, ne craignant pas de passer des semaines entières à toucher l’âme d’un simple soldat. Alors il se mit en devoir de convertir les infidèles. Sur la cote du Malabar, il passa quinze mois au milieu d’une population grossière qui vivait de la pêche des perles, étant tout ensemble médecin, juge, prêtre, instituteur; il y obtint des résultats merveilleux. Ayant passé dans le royaume de Travancore, il parvint, après un mois d’efforts, à baptiser dix mille personnes, en dépit de l’opposition des brahmines. Il s’était fait traduire les principales prières et le symbole de la foi , et les répétait aux enfants, en les exhortant à les enseigner dans leurs demeures.

Malgré mille difficultés, François poursuivait sa tâche avec succès, et laissait partout des traductions de nos Livres saints. Toutefois, ses vœux les plus ardents se dirigeaient vers la Chine dont on ne parlait qu’avec étonnement ; mais, en attendant une occasion favorable, il partit pour le Japon (avril 1549), après avoir retrempé son courage par des pénitences plus rigoureuses. Il lui suffit de quelques semaines pour apprendre la langue du pays. Les uns repoussaient le prédicateur à coups de pierres, d’autres s’étonnaient de ce qu’il voulût les amener à n’adorer qu’un seul Dieu et à n’épouser qu’une seule femme; quelques-uns l’ac-

ig. 290. - Grand martyre deNangasaH.au Japon (10 septembre 1622), dans lequel vingt-deux missionnaires et chrétiens indigènes souffrirent le supplice de la combustion lente, et trente ai y compris les femmes et les enfants, furent décapités. D’après une aquarelle japonaise du temps, conservée au couvent du Gesù, à Rome. — Le pape Pie IX a consacré le souvenir de ce fait la béatification de deux cent cinq martyrs, qu’il a prononcée le 7 juillet 1867.

câblaient de questions sur les astres, les éclipses, le péché, la grâce, l’immortalité, en lui opposant des arguments d’une subtilité diabolique. François établit la première église dans l’île de Kiousiou, parcourut ensuite les provinces de Satsouma, de Firando et de Bango, et convertit plusieurs princes. Il resta deux ans et demi au Japon, y laissa quelques jésuites, et retourna dans l’Inde. Sa réputation de missionnaire était immense; il n’y avait de prodige qu’on ne racontât de lui : il parlait toutes les langues, il avait le don d’ubiquité, il guérissait les malades, ressuscitait les morts et commandait aux esprits invisibles.

En 1552, François demanda au gouverneur de Malacca de l’envoyer en Chine, avec une ambassade ; sur son refus, il mit au jour sa qualité de nonce apostolique qu’il avait tenue jusque-là secrète, et s’embarqua comme simple particulier ; mais son désir ne put se réaliser, car la mort vint le frapper en vue des côtes de ce grand empire, le 2 décembre 1552. Les miracles qui accompagnèrent sa fin et la translation à Goa de ses restes, que n’atteignit pas la corruption, contribuèrent à augmenter le nombre des prosélytes, ainsi que la vénération pour l’apôtre des Indes. François Xavier fut canonisé en 1622 par Grégoire XV, et sa fête fut remise par Alexandre VII au 3 décembre, lendemain de sa mort.

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