‹ La Vie des saintsChapitre 503 sur 536 · SAINTE BARBE · texte numérisé non relu

SAINTE BARBE

Fille de Dioscore, riche patricien de Nicomédie, elle vint au monde vers 215. C’était une enfant si accomplie que son père veillait sur elle, comme sur un inestimable trésor, avec un soin jaloux ; obligé d’entreprendre un long voyage, il l’enferma dans un palais isolé ayant forme d’une tour, environné de jardins, clos de hautes murailles, mais pourvu de tous les agréments du luxe, et peuplé des statues des dieux qu’il vénérait. Barbe, qui était fort instruite, qui avait lu les poètes et les philosophes, se prit à réfléchir dans sa solitude; guidée par les enseignements des auteurs païens, elle arriva, peu à peu, à la notion du Dieu

4 décembre. — SAINTE BARBE.

unique, créateur et maître du monde, rejetant toutes les superstitions desquelles avait été nourrie son enfance. Bientôt la philosophie des sages ne satisfit plus son esprit, avide de vérité; comme elle avait ouï parler des chrétiens et de leur croyance, elle fit parvenir en secret une lettre à l’un des plus illustres d’entre eux, Origène, qui enseignait alors à Césarée. Celui-ci n’hésita pas à lui envoyer son disciple Valentinien, qui réussit à pénétrer jusqu’à elle, l’instruisit des dogmes chrétiens et lui conféra le baptême.

Revenu à Nicomédie,

Dioscore reçut pour Barbe de si nombreuses propositions de mariage , que , malgré son désir de ne pas se séparer de sa fille, il se décida à lui en faire part.

Elle refusa d’abord de l’écouter, puis, pressée de prendre une décision , elle avoua, en rougissant, qu’elle s’était choisi un époux céleste , auquel elle avait juré une éternelle fidélité, que de’’ corps et d’âme elle était à lui, qu’elle ne s appartenait plus. Le païen, croyant à quelque intrigue secrète, s emporta, juia qu’il serait obéi, et commença par visiter le palais, pour vérifier ses soupçons. Partout les statues des dieux avaient été enlevées, et, sm les murs, on voyait répété un même signe , la croix. Il comprit 1 etendue de ce qu’il appelait son malheur : sa fille était chrétienne.

Fig. 291. — Sainte Barbe. D’après un dessin à la plume de Jean van Eyck. XVe siècle.

Le bruit ce cette conversion se répandit au dehors, et le préfet Marcien fit appeler Barbe à son tribunal ; d’autres disent que son père la livra dans un accès de fureur. Touché de sa beauté et de sa grâce, Martien la réprimanda doucement, lui reprochant sa désobéissance, son aveuglement. « Devenez plus sage, » ajouta-t-il; « hfitez-vous de sacrifier anx dieux, si vous ne voulez pas subir la sévérité des lois. » Elle ne répondit qu’en exprimant son mépris pour les vains simulacres qu’on voulait lui faire adorer, et déclara faire autant de cas des biens du monde que de la boue foulée aux pieds : « Je ne désire et je n’estime que les biens véritables et éternels qui m’ont été promis par le Christ, mon Seigneur et mon Dieu. )) Les supplices les plus horribles ne purent lui arracher autre chose que de nouveaux actes de foi. On la brûla avec des lames rougies au feu , on lui meurtrit la tête à coups de marteau, on lui arracha la poitrine avec des ongles de fer. Le corps sanglant ; lacéré jusqu’aux os, les membres brisés, elle ne cessait de prier, sans paraître s’apercevoir de ses souffrances. Elle eut enfin la tête tranchée. Quelques jours après ce martyre, qui eut lieu le 4 décembre 235, Dioscore et Martien périrent frappés par la foudre.

Les reliques de sainte Barbe furent transportées à Constantinople, puis à Venise, et c’est de là que son culte fut introduit, à l’époque des croisades, dans le pays messin. Par allusion à la mort de ses persécuteurs, elle fut choisie, lors de l’invention de la poudre, comme patronne des artilleurs, des mineurs, des artificiers. Sur les vaisseaux de guerre on appelait la soute aux poudres la Sainte-Barbe, et anciennement une petite chapelle y était dressée en son honneur; il en était parfois de même dans les mines, les forteresses, les arsenaux, placés d’une façon générale sous la protection de sainte Barbe.

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