SAINT SABAS
Les Serbes, jusque vers la fin du douzième siècle, n’avaient prospéré qu’en se plaçant sous la protection d’une puissance voisine, l’empire d’Orient; c’était de Constantinople qu’ils avaient reçu leurs lois,
leur culte, leur civilisation. Étienne Nemania, en arrivant au pouvoir, songea à se tourner vers l’Occident ; il déclara la guerre à Isaac l’Ange, agrandit son royaume à ses dépens, puis eut avec Frédéric Barberousse l’entrevue de Niscli (1189), où une alliance fut conclue entre les deux souverains. Son nom et ses conquêtes sur les Grecs mirent bientôt la Serbie au rang des États les plus importants de l’Europe orientale. Étienne avait trois fils, et ce fut le plus jeune, nommé Ratsco, qui compléta son oeuvre en émancipant l’Eglise serbe.
Des moines du mont Atlios, venus quêter jusqu’à Pristina, lui avaient fait une peinture si éloquente de l’existence calme et pieuse de leurs frères, qu’il setait échappé encore tout jeune et avait gagné le monastère. Il prit l’habit en 1159, sous le nom de Sabas, et la sainteté de sa vie engagea bientôt les religieux à le nommer archimandrite. Cependant, il n’oubliait pas sa patrie, et de concert avec Étienne, il obtint du patriarche la création d’un archevêque serbe autorisé à sacrer les évêques; c’était, pour le clergé, l’indépendance complète sous la suzeraineté lointaine de Rome. Sabas fut le premier à remplir les fonctions de primat de Serbie. L’archevêché fut établi à Utchitzé, et douze nouveaux évêchés érigés dans le pays. C’est à sa considération qu’Étienne, son frère, en faveur de qui Étienne Nemania avait abdiqué, reçut de l’empereur d’Allemagne le titre de roi, que lui confirma le pape Honorius III. Sabas, peu après, sacra l’évêque Arsène pour le remplacer, puis entreprit le pèlerinage de Terre Sainte. Il visita l’Égypte, le Sinaï, la Palestine et, à son retour en Europe, passa par Tirnova, où résidait Jean- Arsène, roi de Bulgarie. C’est dans cette ville qu’il mourut en 1237. Les Bulgares ne consentirent qu’à grand’peine à se séparer de ses restes, qui furent cependant déposés en Serbie au monastère de Miléchévo.
Saint Sabas n’inaugura pas seulement dans sa patrie une nouvelle politique religieuse, il fit encore beaucoup pour la civilisation serbe en créant partout des écoles, des séminaires, d’où sortirent des prêtres instruits : son souvenir, après un si long temps, est encore populaire parmi le peuple.