SAINT EUSÈBE DE YERCEIL
De l’île de Sardaigne, où il avait pris naissance vers 310, Eusèbe fut amené, jeune encore, à Rome, où il fut ordonné lecteur par le pape Sylvestre. Pour une raison qui n’est pas connue, il alla s’établir en Piémont, à Verceil, et se concilia les suffrages de tous les habitants qui, vers 340, le demandèrent pour évêque. Ses pathétiques exhortations eurent bientôt changé la face de la ville. Le premier en Occident, il joignit la vie monastique à la vie cléricale, c’est-à-dire résidant avec ses clercs en communauté et à l’exemple des moines du désert. Saint Ambroise, qui était son métropolitain, dit à ce sujet : « C’était une milice vraiment angélique, occupée jour et nuit à chanter les louanges du Seigneur, à implorer sa miséricorde par les prières les plus ferventes. » Eusèbe servit avec chaleur la cause de saint Athanase, laquelle était inséparable de celle de la foi de Nicée, et il le fit bien voir au concile de Milan (355). Deux évêques, Denis et Lucifer, s’étant refusés avec lui de souscrire à la condamnation du patriarche d’Alexandrie proposée par les ariens, l’empereur Constance, qui protégeait ces derniers, manda les trois opposants auprès de lui. « C’est moi qui accuse Athanase, )) dit-il, « et
16 décembre. — SAINT ADON.
vous devez m’en croire sur parole. — Il n’est point question ici, » répondit Eusèbe, « d’une affaire civile, sur laquelle l’opinion de l’empereur doive influer. — Ma volonté doit passer pour règle; obéissez. » Les évêques lui ayant représenté qu’il rendrait un jour compte à Dieu de l’usage qu’il aurait fait de son pouvoir, Constance, furieux, n’eut pas honte de tirer l’épée contre eux; il se borna pourtant à les exiler.
Eusèbe fut relégué à Scytliopolis (Beisân), en Palestine, et abandonné à la merci de Patropliile, évêque arien de cette ville. La visite de saint Épiphane et les secours que lui envoya son église de Yerceil furent un grand soulagement à son malheur; mais les hérétiques lui firent payer ces moments de joie par les plus indignes traitements. Transféré en Cappadoce, puis dans la basse Thébaïde, il vit finir son exil en 362, alors qu’il fut permis de reparaître à tous les bannis pour cause de religion. Après avoir assisté au concile d’Alexandrie, qui conserva leurs sièges aux évêques victimes des artifices de l’hérésie et repentants de leur chute passagère, il parcourut la Syrie et l’Illyrie, confirmant sur son passage ceux qui suivaient la bonne voie, ramenant ceux qui s’en étaient écartés. De retour à Yerceil, il put enfin, suivant l’expression de saint Jérôme, « quitter son habit de deuil ». De concert avec saint Hilaire de Poitiers, il combattit l’arianisme dans la personne d’Auxence, que la protection de Valentinien Ier maintint dans le diocèse de Milan. La mort de saint Eusèbe arriva en 371, le l61' août; mais sa fête est remise au 15 décembre dans le Bréviaire romain. Il est le patron de Yerceil.