‹ La Vie des saintsChapitre 527 sur 536 · PREMIER MARTYR · texte numérisé non relu

PREMIER MARTYR

A peine Jésus-Christ eut-il légué en exemple sa vie et sa mort à ses disciples que la persécution s’éleva contre leur famille, encore faible et clairsemée ; elle vint des sadducéens, qui composaient une secte juive, et surtout d’Anne ou Hanan, le grand prêtre, et le principal auteur du supplice du Sauveur. Déjà plusieurs membres du col-

SAINT ÉTIENNE

lège apostolique, Pierre et Jean entre autres, avaient subi la prison et la peine du fouet, sous prétexte d’hérésie. Ce qu’on poursuivait en

Fig. 300. — Saint Étienne portant les pierres de sa lapidation. D’après une gravure de Martin Sclioen. XVIe siècle.

eux, c’était la faveur dont le peuple suivait leurs prédications, la protection avouée que leur accordaient certaines personnes riches et

considérées, comme Nicodèmeet Joseph d’Arimathie. Un docteur de la loi, Gamaliel, n’avait-il pas conseillé la tolérance en plein sanhédrin? « Ne poursuivez plus ces gens-là, )) disait-il, « mais laissez-les en repos. Si leur entreprise est un ouvrage des hommes, elle se détruira d’elle-même ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire, et il arrivera que vous aurez fait la guerre à Dieu. ))

Vers ce temps-là, comme les adhésions devenaient chaque jour plus nombreuses, les Juifs hellénistes se plaignirent que leurs veuves fussent moins bien traitées dans la distribution des secours que celles des Juifs hébreux. En conséquence, les apôtres, se réservant le soin de vaquer à la prière et au ministère de la parole, proposèrent à la petite Eglise chrétienne de confier ces fonctions administratives à sept fidèles, «de qui l’on eût un bon témoignage ». Les sept élus, nommés diacres, furent en partie de nouveaux convertis, et le plus considérable, le chef en quelque sorte, était Etienne. Plein d’ardeur et de force, Etienne se mit à prêcher en public, « faisant de grands miracles parmi le peuple ». Dans quelques synagogues, celles que fréquentaient les affranchis, les gens de Cyrène, d’Alexandrie, de Cilicie, qui cherchaient moins la vérité qu’une occasion de dispute, il eut souvent le dessus, et ses adversaires, irrités d’avoir été réduits au silence, subornèrent de faux témoins pour l’accuser de blasphèmes contre le temple et la loi de Moïse. Etienne fut arrêté et conduit devant le sanhédrin. Il se défendit avec une grande hardiesse, et, après avoir longuement reproché aux Juifs d’avoir toujours résisté au Saint-Esprit, il termina par ces mots : « Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté? Us ont même tué ceux qui annonçaient l’avènement du Juste, que vous avez livré et dont vous avez été les meurtriers. Cette loi, que vous aviez reçue par la bouche des anges, vous ne l’avez point gardée. » Des clameurs de rage l’interrompirent; mais lui, les yeux fixés au ciel, s’écria : « Je vois les deux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. »

Alors les assistants bouchèrent leurs oreilles et se saisirent du courageux diacre. On l’entraîna hors de Jérusalem, et on le lapida comme blasphémateur. Les témoins, qui, selon la loi, devaient jeter les premières

27 décembre. — SAINT JEAN.

pierres, déposèrent leurs vêtements au pied d’un jeune fanatique, nommé Saul, qui fut depuis l’apôtre des gentils. Tandis que les bourreaux se préparaient, Étienne priait : « Jésus, reçois mon esprit. » Et, quand le supplice commença, il tomba sur ses genoux, criant : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché. )> Ainsi mourut, sur la fin de l’an 33 ou 34, le premier confesseur de la foi, et l’on peut dire, après saint Augustin, que son martyre concourut au triomphe de l’Eglise en lui gagnant un de ses persécuteurs, saint Paul.

Page 1