SAINT JEAN
ÉVANGÉLISTE
« Il est superflu, )) dit Bossuet, « de faire le panégyrique du disciple bien-aimé de notre Sauveur : c’est assez de dire en un mot qu’il était le favori de Jésus et le plus chéri de tous les apôtres. En effet, en sa vie il lui donne sa croix ; à sa mort, il lui donne sa mère ; à sa cène, il lui donne son cœur. ))
Fils de Zébédée et de Salomé, frère cadet de Jacques le Majeur, Jean naquit à Bethsaïda, sur les bords de la mer de Galilée, et fut, comme ses parents, simple pêcheur de profession. C’était le plus jeune des apôtres. De bonne heure il se nourrit de la lecture de la loi et des prophètes, et assista aux prédications de Jean-Baptiste. Les Pères nous apprennent qu’il vécut toujours dans l’état de chasteté, et qu’il dut surtout l’affection du Sauveur à la pureté de son âme, qui cc embellissait toute sa personne )). Un jour qu’il raccommodait ses filets, il fut appelé, avec Jacques, à être disciple de Jésus; ce fut en cette qualité qu’il le suivit aux noces de Cana, à Capharnaüm, à Samarie , et il retourna ensuite à ses précédentes occupations. Après avoir vu la pêche miraculeuse de Pierre, il quitta tout pour s’attacher aux pas du divin Maître, qui lui donna le surnom de Boanercjes (fils du tonnerre), voulant peut-être indiquer par là l’esprit sublime du nouvel
apôtre et l’impétuosité de son zèle. C’est ainsi qu’on le voit s’associer à la demande de sa mère qui voulait obtenir pour lui et Jacques les places d’honneur au royaume des cieux ; s’opposer à ce qu’un étranger
Pig. 301. — La sainte Vierge et saint Jean au pied de la croix. D’après Roger van der Weyden. XVIe siècle.
chassât les démons au nom de Jésus, et appeler le fendu ciel sur une ville des Samaritains. « Vous ne savez pas, )> répondit Jésus à cette occasion, « de quel esprit vous êtes. Le Fils de l’homme 'n’est pas venu perdre les hommes, mais les sauver. » Et pourtant, malgré ces élans d’une jeunesse passionnée, qui avaient leur source dans le
27 décembre. — SAINT JEAN.
Ol
co
plus pur dévouement, il était le disciple que Jésus aimait; aussi ce divin Maître s’appliqua-t-il à faire passer toute son âme dans celle de son ami pour y produire la plus heureuse conformité de sentiment et de pensée avec la sienne.
En compagnie de Pierre et de Jacques, Jean fut associé à la vie active du Seigneur. Ensemble ils entrèrent dans la chambre où Jésus ressuscita la fille du prince de la synagogue ; ensemble ils assistèrent à sa transfiguration sur le Tliabor, et à son agonie à Gethsémani. Jean alla à Jérusalem lui préparer la dernière cène, et y reposa sur son sein. L’arrestation du Maître ayant mis en fuite les autres disciples, il le
Fig. 303. — Saint Jean écrivant l’Evangile. D’après Pinturiccliio. XVe siècle.
suivit de loin en silence, et, comme il était connu du pontife, il pénétra dans le tribunal, puis dans le prétoire romain. Sur le Calvaire, Jésus mourant retrouva encore son ami fidèle au pied de la croix, et lui donna Marie pour mère. « Et depuis cette heure, dit l’Évangile, le disciple la prit pour mère. » Jean fut aussi le premier à reconnaître le Christ lorsqu’après sa résurrection il se présenta à ses disciples sur les bords du lac de Génézareth ; il participa aux dons de l’Esprit-Saint, et se mit a prêcher dans le temple et les synagogues avec une telle ardeur, qu il fut emprisonné et battu de verges par les Juifs.
27 décembre. — SAINTE FABIOLA.
Après la dispersion des apôtres, Jean continua de résider à Jérusalem, fut témoin du martyre de son frère, et n’alla s’établir en Asie qu’après la mort de la sainte Vierge. On le regarde comme le fondateur, ou du moins le patron de l’Eglise d’Ephèse, où il fit sa demeure habituelle. Son autorité était reconnue dans toute la province; les six autres communautés de Smyrne, de Sardes, de Philadelphie, de Thyatires, de Pergame et de Laodicée l’avaient adopté pour chef, et recevaient avec respect ses conseils et ses reproches. D’après le témoignage de saint Jérôme, ce grand apôtre, arrêté en 95 pendant la persécution de Domitien, fut conduit à Rome, plongé dans une chaudière d’huile bouillante et sauvé miraculeusement; banni dans l’île de Patmos et réduit à travailler aux mines, il aurait vu finir son exil l’année suivante. Tous les auteurs sont d’accord sur le fait de son extrême vieillesse et sur le lieu de sa mort, placée à Ephèse vers la fin du premier siècle. A cette époque, sa faiblesse l’empêchant de prononcer de longs discours, il se bornait à répéter ces paroles : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. » Et sur l’observation des fidèles, qui réclamaient de lui autre chose : « C’est le précepte du Seigneur, » ajoutait-il, « et si vous le gardez, cela suffit. »
Ce fut à la prière des Eglises d’Asie que Jean composa en grec son Evangile, celui qui a peut-être le mieux exprimé le caractère et la doctrine du Sauveur ; en tous cas, il se distingue des trois autres par un langage plus relevé, par l’unité du plan, par un récit plus conforme à l’ordre chronologique. Il a encore écrit l’Apocalypse, ouvrage décrivant, sous la forme symbolique et dans le style des prophètes, l’avenir et l’accomplissement du règne de Dieu ; et trois Êpîtres , rangées au nombre des livres canoniques.