SAINT GUILLAUME D’AQUITAINE
nommé duc de Toulouse ou d’Aquitaine, à la place du duc Chorson, coupable de félonie. Des expéditions souvent renouvelées contre les Gascons sans cesse révoltés et les Sarrasins envahisseurs l’occupèrent pendant plusieurs années ; il concourut aussi à la prise de Barcelone. Exact jusqu’au scrupule à remplir les devoirs de sa charge, il rendait lui-même la justice, faisait observer les lois et respecter la religion. Les monastères, surtout ceux qu’avait institués ou rétablis Charlemagne, se ressentirent de sa libéralité. Lié d’une tendre affection avec saint Benoît d’Aniane , il eut recours à ses avis , soit pour éclairer sa conscience, soit dans la fondation de l’abbaye de Gellone (804), aux environs de Lodève.
Deux ans plus tard, Guillaume la choisit pour lieu de sa retraite, après avoir assisté à la diète de Thionville et obtenu l’agrément de l’empereur. En traversant l’Auvergne, il s’arrêta à Brioude pour faire ses dévotions au tombeau de saint J ulien , et , suivant une cérémonie fort en usage, offrit à l’église son casque, son bouclier et sa cuirasse, ainsi que son arc et son épée. A peine revêtu de l’habit monastique, il se conduisit comme le dernier des frères par sa pénitence et son humilité ; en même temps, il donnait l’exemple du travail en facilitant l’accès du monastère au moyen d’une route taillée en plein roc, et en tirant d’un sol ingrat tout ce qu’il pouvait permettre en fait de culture. Il mourut le 28 mai 812, à Gellone, connu depuis sous le nom de Saint- Guilhem du Désert. Sa mémoire est honorée ce jour-là.
SAINT BENOIT D’ANIANE.
Fils d’Aigulf, comte de Maguelonne, qui rendit au roi Pépin des services considérables, il naquit en 751, dans la Septimanie, et reçut le nom de Witiza, que plus tard il changea pour celui de Benoît. Elevé parmi les pages de la reine, dont il devint l’échanson, il passa ensuite à l’armée, et y servit avec distinction. Malgré les dignités dont il fut honoré, il prit le monde en dégoût, et, résolu à s’en retirer, il voulut s’éprouver lui-même en vivant trois années sous l’habit séculier dans les exercices d’une sévère pénitence. Toutefois il hésitait encore sur le genre de vie qu’il devait choisir, quand, au siège de Pavie, en 774, il faillit se noyer dans le Tessin en portant secours à son frère. Cet accident décida de sa vocation. Feignant de prendre la route d’Aix où se trouvait la cour, il s’arrêta en Bourgogne, à l’abbaye de Saint- Seine, congédia ses gens et embrassa la vie monastique. Ses veilles, ses prières, ses mortifications paraîtraient incroyables. L’éclat de ses vertus lui attira un tel respect, qu’on voulut, à la mort du supérieur, le mettre à la tête de la maison ; mais, les mœurs des religieux ne s’accordant pas avec les siennes, il aima mieux retourner dans sa patrie (780).
Benoît choisit pour retraite une étroite vallée appartenant à sa famille, et traversée par le ruisseau d’Aniane. Quelques solitaires se joignirent à lui; il admit des novices et conserva seulement ceux que ne rebutait point l’austérité de sa discipline. En 782, il fonda la célèbre abbaye d’Aniane, qui subsista jusqu’au seizième siècle, avec une église magnifique. En peu de temps, il y rassembla jusqu’à trois cents moines, mais il refusa de recevoir des serfs à moins qu’on ne les affranchît d’avance. Ce n’était pas assez d’avoir donné un asile sûr à la religion, il en fit aussi une sorte d’école publique, et forma, en vue de l’instruction des religieux et des laïques, une nombreuse bibliothèque, en même temps qu’il les exerçait aux travaux les plus pénibles de la campagne. A son exemple, plusieurs princes et seigneurs
12 février. — SAINT MÉLÈCE.
fondèrent ou rétablirent des monastères dans les provinces voisines; de tous côtés, on lui demanda des conseils ; il dut aller combattre au concile de Francfort l’hérésie de Félix d’Urgel. On s’habituait à le regarder comme le réformateur de la règle monastique. Il l’était en effet, ainsi qu’en témoignent les deux savants recueils qu’il a écrits touchant les diverses constitutions qui régissaient les communautés d’Orient et d’Occident. Les méchants essayèrent de le perdre dans l’esprit de Charlemagne ; mais il suffit à Benoît de se présenter devant lui pour dissiper ses préventions.
A peine Louis le Débonnaire eut-il succédé à son père (814) qu’il manda l’abbé d’Aniane, et fit bâtir pour lui, aux environs d’Aix-la- Chapelle, le monastère d’Inde, connu dans la suite sous le nom de Saint-Corneille. En outre, il lui accorda la direction spirituelle de tous les monastères de France, et convoqua, en 817, dans sa capitale, une assemblée destinée à introduire l’uniformité dans l’observance. Benoît la présida et eut la plus grande part aux règlements qui en sortirent, digne couronnement d’une vie toute de zèle et de charité. Il mourut à Inde, au milieu de ses frères, le 11 février 821.
SAINT MÉLÈCE.
Originaire de la petite Arménie, il passa, en 361 , de Sébaste au siège d’Antioche. Un caractère plein de douceur et d’affabilité, un cœur ami de la paix, joints aux avantages temporels , avaient réuni sur sa personne les suffrages des orthodoxes et des ariens; ceux-ci, qui le croyaient de leur sentiment, l’avaient demandé à l’empereur Constance, dans l’espoir qu’un homme si éloquent serait capable d’attirer à eux toute la ville, et ceux-là y consentirent d’autant plus volontiers qu’ils connaissaient la pureté de sa foi. (( Tous admiraient, dit saint Grégoire de Nysse, cette source vive de charité qui s’épanchait conti-
nuellement de sa bouche, la grâce répandue sur ses lèvres, et la touchante modestie qui rehaussait l’éclat des ses autres qualités. » Dès qu’ils l’eurent ouï en chaire, les ariens furent détrompés de leur erreur, et ils obtinrent contre lui un décret de bannissement, un mois après son installation. Dès lors, l’église d’Antioche fut divisée en deux partis, schisme qui dura près d’un siècle.
Après avoir subi deux fois encore la peine de l’exil, Mélècefut remis en possession de son siège par Gratien, et l’empereur Théodose, qui avait pour lui une haute vénération, l’y confirma. Il présidait, en 381, le second concile général de Constantinople lorsque, le 12 février, il passa de cette vie à une meilleure. Saint Grégoire de Nysse fit son éloge, et saint Jean Chrysostome, son disciple, lui consacra un de ses plus beaux panégyriques.