SAINT LÉANDRE
Les Visigoths, qui n’avaient connu le christianisme qu’à travers l’hérésie arienne, en inondèrent l’Espagne. Ce fut de ce fléau que notre saint la délivra!
Né vers 540, dans la province de Carthagène, dont Sévérien, son père était gouverneur, il embrassa de bonne heure la vie religieuse, dans un monastère de Séville, et acquit une grande réputation par son éloquence et son dévouement. Aussi, quand le siège épiscopal vint à vaquer, fut-il
Fig. 32. — Meurtre d’Hennénegilde. D’après un dessin de Hans Burgkmaïr. XVIe siècle.
élu par les suffrages unanimes du clergé et du peuple (579). Un de ses premiers soins fut de créer, à l’ombre de sa métropole, une école destinée à propager, en même temps que la foi orthodoxe, l’étude des sciences et des arts, et il présidait en personne aux exercices de nombreux élèves. Parmi ces derniers figuraient les deux fils du roi, ses neveux, Herménegilde et Récarède. En effet, Leuvigilde, qui régnait alors, avait épousé
28 février. — SAINT ROMAIN ET SAINT LUPICIN.
l’aînée de ses sœurs, Théodora. C’était un fougueux arien, qui ne recula devant aucun moyen pour faire prévaloir l’hérésie ; il gagna quelques évêques, condamna à la prison ou à l’exil ceux qui, comme Léandre, osèrent lui tenir tête, et huit par assiéger dans Cordoue Herménegilde, converti au catholicisme et qu’il avait associé à la royauté. Le jeune prince, fait prisonnier après une longue résistance, refusa de recevoir la communion d’un prêtre hérétique et fut égorgé (584).
Pendant cette lutte qui dura plusieurs années, Léandre avait été envoyé en ambassade vers l’empereur Maurice pour réclamer son intervention en faveur des catholiques. A Constantinople, il rencontra le futur pape Grégoire, qui venait traiter des affaires de l’Eglise romaine, et ces deux saints personnages se trouvèrent en si parfaite conformité de vues et de sentiments, qu’il se forma entre eux une étroite amitié, dont leur correspondance nous a conservé le parfum.
Avant de mourir, Leuvigilde eut des remords : il rappela Léandre et le donna pour guide à son fils Récarède (586). Le nouveau roi, qui avait suivi les leçons de l’évêque, n’eut point de répugnance à abjurer son erreur, et réussit, après de longues controverses, à persuader le clergé arien. Au troisième concile de Tolède (589), l’abjuration parle peuple réuni des Goths et des Suèves fut proclamée. Sur la fin de sa vie, Léandre fut affligé de diverses infirmités ; mais son plus jeune frère, saint Isidore , qui lui succéda, portait déjà une partie du fardeau épiscopal et le secondait avec zèle. Il mourut la même année que Récarède, en 601, le 27 février. On a de lui un discours sur la conversion des Goths, et un traité de la vie monastique, adressé à sa sœur, sainte Florence, qui gouverna quarante couvents et mille religieuses.