‹ La Vie des saintsChapitre 75 sur 536 · SAINT ROMAIN ET SAINT LUPICIN · texte numérisé non relu

SAINT ROMAIN ET SAINT LUPICIN

Romain et Lupicin, Gaulois natifs d’Isernore (Bugey), étaient deux frères, qui furent élevés au monastère d’Ainay dans la crainte de Dieu et en l’étude des bonnes lettres. Lupicin, pressé par son père de se ma-

r-ier, y acquiesça par obéissance; quant au cadet, Romain, la vie des solitaires le tentait, et, emportant des semences de légumes et des outils, il s’enfonça dans les déserts du mont Jura. Au confluent de deux ruisseaux, dans l’éclaircie d’une forêt de sapins, il bâtit, vers 430, l’ermitage qui servit de berceau à la célèbre abbaye de Condat. Au bout de quelques années, son frère l’y rejoignit; il en vint tant d’autres qu’il fallut créer dans les environs de nouveaux établissements : ce fut d’abord Leucone (aujourd’hui Saint-Lupicin), puis Rom ain-Moutier, vers le lac Léman. Les femmes ne restèrent pas en arrière, et sur une roche escarpée (d’où le nom de Saint-Romain de la Roche), la sœur de nos abbés en gouvernait une centaine, si sévèrement cloîtrées qu’une fois en cellule elles n’en sortaient plus vivantes.

Les deux frères se partageaient la conduite des religieux, et tous ensemble cherchaient à imiter les premiers anachorètes, lisant et méditant, vêtus de peaux de bêtes et défrichant peu à peu un sol dur et ingrat. Lupicin renchérissait en austérité sur tous : il couchait dans le creux d’un tronc d’arbre et se nourrissait de farine d’orge avec le son, sans sel ni lait. Un jour, révolté par la délicatesse de ses confrères, il jeta pêle-mêle dans un chaudron les poissons, les herbes et les légumes qu’ils avaient préparés à part et avec une certaine recherche. La communauté s’en montra irritée, et douze moines, à bout de patience, s’en allèrent. « C’est la paille qui se sépare du blé, dit Lupicin; Dieu n’habite point chez ces orgueilleux. » Romain, qui penchait pour la douceur, réussit à ramener les fugitifs, qui devinrent tous dans la suite supérieurs de colonies nouvelles. Ce dernier mourut vers 460, le 28 février, et fut enterré, selon son désir, dans le monastère auquel il a donné son nom. L’abbaye de Condat changea le sien en celui de Saint-Oyand, et depuis le treizième siècle en celui de Saint-Claude. Pour Lupicin, il vécut jusque vers l’an 480; sa mémoire est honorée le 21 mars.

1er MARS.

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