‹ La Vie des saintsChapitre 8 sur 536 · SAINTE GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

SAINTE GENEVIÈVE

Un jour de l’année 429, deux saints évêques, Germain d’Auxerre et Loup de Troyes, traversaient le hameau de Nanterre en allant dans la Grande-Bretagne, où le clergé des Gaules les envoyait combattre par la parole l’hérésie menaçante de Pélage. Autour d’eux se pressait la * foule des paysans, grossière et à demi plongée dans les ténèbres du paganisme, malgré les efforts de l’Eglise naissante. Aussi Germain, cédant à l’ardeur de son zèle, se mit-il incontinent à les catéchiser. Frappé de l’attitude recueillie d’une petite fille qui l’écoutait, il l’interrogea avec bonté, l’exhorta à se vouer toute à Dieu, la bénit et lui donna une médaille sur laquelle était gravée une croix. L’enfant, alors âgée d’une dizaine d’années, s’appelait Geneviève; elle était Tunique

rejeton d’un homme libre, nommé Sévère, qui possédait quelque bien, et de sa femme Géronce.

Le passage des deux missionnaires laissa dans l’âme de Geneviève une impression ineffaçable. A mesure qu’elle croissait « en âge et en sagesse », elle s’affermit dans sa sainte résolution, et consacra à la prière les heures qu’elle pouvait ménager sur son labeur domestique. A quinze ans, elle prit le voile. Les vierges ayant fait vœu de chasteté perpétuelle n’étaient pas encore soumises à l’obligation de vivre ensemble sous un toit commun ; elles continuaient d’habiter au sein de leur famille, et ne s’en séparaient qu’à l’église, où une place particulière leur était réservée ; elles portaient les cheveux longs et s’habillaient simplement d’une étoffe noire ou brune. Vers 438, Geneviève, devenue orpheline, quitta le village pour aller demeurer à Paris, dans la Cité, tantôt chez sa marraine, tantôt dans son propre logis. Quoique religieuse, elle conservait h administration de son patrimoine, qui devait être assez considérable, si l’on en juge par ses fréquentes libéralités, par ses fondations et ses voyages. La tradition qui en fait une humble bergère n’en est pas atteinte pour cela; car, ainsi que fit plus tard Jeanne d’Arc dans une condition à peu près semblable, elle se conforma au genre de vie pratiqué durant des siècles chez les paysans, quel que fût leur degré d’aisance, en gardant les troupeaux et mettant la main à tous les travaux de la campagne.

L’an 450 s’annonça en Gaule par de sinistres présages ; tremblements de terre, disette, épidémie, globes de feu semblaient le prélude de la fin du monde. Puis éclata un fléau plus terrible, que l’on marqua du sceau de la colère divine : Attila passa le Rhin, entraînant, avec ses Huns, tous les barbares du Nord, accourus à la suite pour faire en quelque sorte cortège au génie de la destruction. Chaque ville, chaque province qui se trouva sur le passage des envahisseurs fut mise à feu et à sang. Au milieu de l’épouvante générale, les évêques gaulois donnèrent l’exemple du courage, et gagnèrent en plusieurs endroits la palme du martyre. Geneviève, qui n’avait cessé de prophétiser la venue des Huns, n’en conseilla pas moins aux Parisiens de s’enfermer dans leur île, au lieu de fuir; elle les conjura de s’armer, d’implorer l’assistance du ciel,

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