‹ La Vie des saintsChapitre 84 sur 536 · SAINT THOMAS D’AQUIN · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS D’AQUIN

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Fig. 36.

Le Triomphe île saint Thomas d’Aquin, d’après le tableau de Benozzo di Gozzoli. XVe siècle.

l’armée impériale, imaginèrent, pour le combattre, des moyens aussi contraires à l’humanité qu’à la religion. Enfermé par leur ordre dans le château de Rocca-Secca, il y fut exposé aux plus rudes traitements ; on introduisit même dans sa chambre une courtisane, à qui l’on avait promis une grande récompense si elle venait à bout de le séduire ; mais il la chassa de sa présence en la menaçant d’un tison enflammé. Deux de ses soeurs essayèrent de l’ébranler par les plus tendres exhortations, et ce fut lui qui leur inspira l’amour du cloître. Cette vie d’épreuves dura deux années.

Délivré par ordre de l’empereur, Thomas prononça ses vœux (1243), et alla aux écoles de Paris avec le général de l’ordre, puis à Cologne où il eut pour maître Albert le Grand. Humble et soumis, vivant à l’écart, if s’était condamné à un rigoureux silence que ses condisciples prirent pour de la stupidité ; ils l’appelaient par dérision le Bœuf muet , ce qui fit dire un jour à Albert (( que les mugissements de ce bœuf retentiraient dans le monde entier ». En 1252, il était reçu bachelier et occupait une chaire de théologie. En même temps, il exerçait dans les églises le ministère de la prédication, et l’on retrouve dans l’analyse qui nous reste de ses sermons l’empreinte de sa large pensée, la rigueur de sa méthode et un admirable emploi de l’Ecriture. A cette époque se rapporte la liaison de Thomas avec saint Bonaventure, qu’il accompagna à Rome pour y défendre devant le pape la cause des ordres mendiants.

Reçu docteur à Paris en 1257, Thomas ouvrit de nouveau son école de la rue Saint-Jacques, et dès lors ses leçons et ses écrits étendirent sa renommée dans toute la chrétienté. Saint Louis l’appelait au conseil et goûtait ses salutaires avis. On raconte qu’assis à la table royale, il frappa fortement sur la table, en s’écriant après un long silence : « Voilà un argument décisif contre les manichéens ! » Et comme il demandait pardon de s’être oublié, le roi le conjura de dicter à l’un de ses secrétaires l’argument qui l’avait absorbé. En 1260, Urbain IV le rappela en Italie, et lui offrit plusieurs dignités ; notre saint refusa tout, afin de se consacrer au grand ouvrage ( Summa theologiœ) qui fut le monument capital du treizième siècle. Grégoire X l’envoya au concile qu’il venait de convoquer à Lyon pour amener la réconciliation des Grecs avec l’Eglise

8 mars. — SAINT JEAN DE DIEU.

romaine. Bien que sa santé fût en mauvais état, il se mit en route : forcé de s’arrêter à Fossa-Nuova (diocèse de Terracine), dans une abbaye de l’ordre de Cîteaux, il y mourut, le 7 mars 1274, à l’âge de quaranteneuf ans. Son corps fut transféré, un siècle après, au couvent des dominicains de Toulouse, où il est en grande vénération. Canonisé en 1323, il fut déclaré docteur de l’Église en 1567.

On ne saurait rapporter les nombreux miracles que saint Thomas accomplit de son vivant et ceux qui ont illustré son tombeau. La chasteté de sa vie et la pureté de ses pensées le rendirent fréquemment digne d’obtenir ces visions spirituelles qui sont la récompense des plus grands saints. A la suite de ses oraisons, si ferventes que son âme semblait s’échapper du corps, il arrivait à des extases dans lesquelles il perdait tout sentiment des choses extérieures ; il communiquait avec la Vierge, les anges ou les élus, qui lui ouvraient les trésors de la science divine. Les siècles postérieurs ont rendu à sa mémoire le plus éclatant hommage; celui qu’on a surnommé le Docteur angélique et V Ange de V école est, par excellence, l’athlète de la foi catholique. Quant à la Somme tlièologique , le plus bel éloge qu’on en puisse faire est de rappeler que les Pères du concile de Trente la firent placer devant eux à côté des Livres saints, comme renfermant la solution dernière de tous les problèmes. Léon XIII a nommé saint Thomas patron des écoles catholiques.

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