‹ La Vie des saintsChapitre 85 sur 536 · SAINT JEAN DE DIEU · texte numérisé non relu

SAINT JEAN DE DIEU

Jean Ciudad naquit en 1495, à Montemor o Xovo, près d’Evora, en Portugal. Il avait sept à huit ans lorsqu’un étranger l’emmena en Espagne à l’insu de ses parents, qui étaient de pauvres gens, et l’abandonna dans la petite ville d’Oropesa. Jean, privé de tout secours, fut recueilli par un fermier, qui lui confia la garde de ses troupeaux. A vingt-deux ans, il se laissa enrôler dans une compagnie de soldats qui allaient guerroyer contre les Français en Navarre, et faillit être pendu pour une faute fini n’était pas la sienne. Quatre ans plus tard, il combattait les Turcs

en Hongrie. De retour en Espagne, à Gibraltar, il rencontre un gentilhomme portugais banni avec sa famille, s’intéresse à son sort, le suit à Ceuta, et va travailler aux fortifications afin d’aider à le nourrir. Sur le conseil d’un franciscain, il repasse en Espagne, ou il vécut en vendant de petits livres et des images de piété. Il était à Grenade lorsqu’il entendit le fameux J ean d’ Avila prêcher sur le martyre de saint Sébastien ; des lors il résolut d’endurer, à l’exemple du saint, toutes sortes d’injures et de maux et de se vouer au soulagement des pauvres. La grâce lui avait indiqué sa voie.

Après avoir subi une dernière épreuve, celle d’être enfermé à l’hospice des fous, il loua une petite maison où il recueillit des misérables, des malades, des estropiés qu’il portait parfois lui-même; il allait mendier leur vie par les rues, une sébille en chaque main et une hotte sur le dos, criant à pleine voix : « Faites le bien pour vous, Messieurs ! » Cette nouvelle façon de demander lui attira beaucoup d’aumônes et les moyens de fonder une véritable infirmerie. Sa charité, jamais satisfaite, alla jusqu’à retirer du vice les femmes perdues, qu’il mariait ensuite ou plaçait convenablement. Un incendie ayant éclaté dans 1 hôpital de Grenade, il se précipita au milieu du feu, transporta au dehors un grand nombre de malades et sauva tous les lits en les jetant par les fenêtres. <( Vous méritez d’être appelé Jean de Dieu, » lui dit un évêque, et le nom lui resta. Avec l’aide de personnes pieuses et des grands de la cour, il parvint à bâtir deux vastes hôpitaux. C’est ainsi qu’il institua un nouvel ordre, dit de la Charité , pour l’assistance des malades. La compassion qu’il ressentait pour ses semblables ne s’étendait pas jusqu’à lui-même : fort sévère à son propre corps, il avait pour lit une natte, pour vêtement une jaquette de gros drap, sans linge, et il allait pieds nus et la tête découverte, quelque temps qu’il fît. Les grandes fatigues qu’il avait endurées abrégèrent sa vie : il mourut à Grenade, le 8 mars 1550. Jean de Dieu qui avait pratiqué toutes les vertus dans un degré héroïque, fut canonisé en 1030. L’ordre qu’il avait fondé, approuvé en 1520 par Léon X, est connu sous le nom de Frères de saint Jean de Dieu.

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