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SAINT GRÉGOIRE LE GRAND

PAI’E ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE

Ce pape, qui mérita, par son génie et l’ascendant de sa vertu, le double titre de saint et de grand, inaugura la société moderne et favorisa la civilisation chrétienne.

Issu d’une famille patricienne, les Anicius, qui avait donné des sénateurs à la république et le pape Félix III à l’Eglise, il naquit vers 540, à Rome. Sa mère Sylvie, ses tantes Tarsille et Emilienne, son père Gordien ont été canonisés. Riche et noble, rien ne fut épargné pour son éducation. Justin II le nomma préteur, et il crut honorer cette charge par le faste d’une vie toute mondaine. Cédant enfin à l’influence de ses relations intimes avec les disciples de saint Benoît, il ouvrit les yeux sur sa véritable vocation : ses richesses, il les distribua aux pauvres, dota six monastères en Sicile, et en établit dans son propre palais un septième, où il se fit moine. Sans cesse occupé à la prière ou à l’étude, il poussa la pratique des austérités avec une rigueur telle que sa santé en fut même compromise ; il lui fallut renoncer aux jeûnes les plus ordinaires, et durant plusieurs années il ne se leva qu’aux jours de fêtes solennelles pour célébrer l’office. En 578, Benoît Ier le tira de sa retraite pour le charger d’une des sept diaconies de Rome, et vers 582 Pélage II l’envoya comme nonce à Byzance, où il lia des rapports d’amitié avec les grands de la cour et les évêques d’Orient.

A la mort de Pélage (8 février 590), il n’y eut qu’une voix pour porter Grégoire au siège pontifical. Lui seul s’opposa à son élection : il protesta auprès de l’empereur, s’enfuit sous un déguisement, essaya de se cacher dans les bois 5 mais il fut découvert, ramené en triomphe et sacré à la fin de l’année. Rome n’avait jamais subi de si cruelles épreuves : au dehors, les Lombards ravageaient tout ; au dedans , régnaient la peste et la famine, et le Tibre avait débordé. Le premier soin de Grégoire fut d’apaiser la colère divine : pieds nus et l’image de la Vierge à la main, il

12 mars. — SAINT GRÉGOIRE LE GRAND.

Fig. 39. — Saint Grégoire le Grand envoie des missionnaires pour convertir l’Angleterre au christianisme. D’après une miniature d’un ms. du Xe siècle.

conduisit à travers la ville cette fameuse procession de trois jours, pendant laquelle lui apparut, sur le môle d’Adrien, un ange remettant l’épée au fourreau, comme une promesse d’apaisement.

Aucun pape ne déploya, pour étendre la double puissance du saintsiège les qualités de l’homme d’Etat à un plus haut degré. Il éloigna les Lombards, conclut une trêve spéciale avec leur roi Agilulfe, et réussit même, grâce à la douce influence de la reine Théodelinde, à convertir la nation entière de l’arianisme à la foi catholique. Il mit Rome à l’abri des violences de tous les tyranneaux qu’avait suscités la confusion générale. Sa lutte contre l’empire d’Orient, représenté en Italie par des fonctionnaires iniques et rapaces, fut pleine de courage, bien qu’il n’en obtînt que de maigres adoucissements en faveur des opprimés. Tout en ménageant l’arrogance de la cour byzantine, il combattit avec force l’étrange prétention du patriarche Jean le Jeûneur à prendre le titre d’évêque universel. « Quoi ! écrivait-il à ce sujet, l’Europe est à la discrétion des barbares ; les villes sont renversées, les châteaux en ruines, les provinces dépeuplées ; la terre n’a pas de bras qui la cultivent; les idolâtres sévissent sur les fidèles jusqu’à la mort... et des prêtres, qui devraient se prosterner sur le parvis dans les larmes et la cendre, cherchent à se créer des insignes de vanité ! )) Indignation légitime de la part de celui qui, le premier, adoptait, en tête de ses actes , le beau nom de Serviteur des serviteurs de Dieu , qui est devenu le titre distinctif de ses successeurs !

En vue d’émanciper l’Eglise du joug déshonorant de Byzance, Grégoire se tourna vers les races barbares qui couvraient déjà l’Europe, et devint leur ami et leur conseiller. S’appuyant sur la Gaule comme étant le noyau des chrétientés nouvelles, il ne négligea aucune occasion de resserrer les liens de respect ou d’intérêt avec ses princes, ses évêques et ses moines. En Espagne, il aida saint Léandre dans la conversion du roi Récarède et de tous les Visigoths. Mais son œuvre de prédilection fut de détacher les Anglo-Saxons du paganisme; cette conquête s’accomplit par l’intermédiaire d’Augustin et de quarante missionnaires, avec une étonnante rapidité.

En même temps, Grégoire savait donner à la juridiction pontificale une autorité dont elle n’avait pas encore joui ; il l’étendit jusqu’à Jé-

13 mars. — SAINTE EUPHRASIE.

rusaleni, en Afrique et en Irlande. Il veillait à ce que partout les évêchés fussent remplis, en déposait les titulaires indignes et rappelait les autres aux bonnes mœurs, aux visites pastorales et à la prédication, dont il s’acquittait lui-même avec tant d’éloquence et d’assiduité. Il défendait de persécuter les Juifs, et s’efforçait d’améliorer le sort des paysans. Sa vaste correspondance témoigne de l’activité de son administration et de son zèle pour la justice et la discipline. On 11e saurait trop louer les services qu’il rendit à la liturgie. Ce fut lui qui, en 599, donna au saint office sa forme définitive dans le Sacramentaire qu’il écrivit à cet effet. Il régla, en outre, le chant ecclésiastique qui a gardé son nom, composa plusieurs hymnes encore en usage de nos jours, et établit une école de musique religieuse. Aucun pape n’a autant écrit que lui : s’il pèche par la correction du style, nul ne le surpasse pour la rigoureuse exactitude de la doctrine. Aussi a-t-il mérité d’être rangé parmi les quatre docteurs par excellence de l’Eglise d’Occident.

Saint Grégoire mourut à Rome, le 12 mars 604, et fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre.

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