‹ La Vie des saintsChapitre 94 sur 536 · APOTRE DE L’IRLANDE · texte numérisé non relu

APOTRE DE L’IRLANDE

L’histoire et la légende se sont emparées à un tel point de la vie de Patrice qu’il est devenu fort difficile d’y démêler le faux de la vérité. Son origine est obscure ; était-il Franc, Écossais ou Gallo-Romain ? Tout ce qu’on sait de lui est contenu dans la confession qu’il écrivit en un moment où il se croyait proche de la mort. Cet ouvrage est parvenu jusqu’à nous avec les meilleures marques d’authenticité. Le style en est barbare, mais l’auteur y fait paraître beaucoup de bon sens, de piété, de modestie, et en même temps de courage et de fermeté. Il y raconte humblement ses fautes, et loue partout la grandeur de la divine miséricorde.

Patrice naquit, entre les années 380 et 387, dans un village nommé Bonaven Taberniæ, et situé, suivant les uns, près de Boulogne-sur-Mer, et suivant les autres, en Écosse, à l’embouchure de la Clyde. Il avait pour père Calpurnius, diacre, et pour mère une parente de saint Martin de Tours. Patrice étant un nom romain, on croit qu’il s’appelait en réalité Succath. A l’âge de seize ans, il fut enlevé par des pirates, crime

très commun à cette époque dans les pays maritimes, et vendu comme esclave en Irlande. La faim, le froid, les brutalités de son maître l’initièrent à toutes les horreurs de la servitude. Au bout de six ans, il parvint à s’enfuir en Ecosse, fut repris et subit une captivité nouvelle. On a prétendu que, rendu à la liberté, il alla étudier dans les grands

sanctuaires de Marmoutier et de Lerins, qu’il se rendit ensuite à Rome, où il obtint une mission du pape Célestin .Ier ; Patrice ne nous a rien appris de cela. Sitôt libre, il ne songea qu’à entrer dans les ordres, afin de pouvoir évangéliser les païens irlandais, dont il avait connu le joug. Le sort de leurs enfants le tourmentait ; son sommeil même en était troublé : il lui semblait entendre la voix de ces innocents, qui lui demandaient le baptême en criant : « Reviens, reviens nous sauver! » Il avait quarante ans passés lorsqu’il partit pour l’Irlande (432), malgré l’opposition de sa famille et des évêques, qui jugeaient son entreprise aussi vaine que téméraire.

Le premier soin de Patrice fut de s’adresser aux chefs de clan, qui jouissaient d’une influence toute-puissante : il en convertit plusieurs, et par eux un grand nombre de guerriers. Pais il établit des couvents, bâtit des églises, ordonna des prêtres. A cette œuvre d’organisation religieuse et sociale, car il ne négligeait pas de réformer les coutumes et de resserrer les liens de famille, il consacra une vingtaine d’années. Sa résidence habituelle était la ville d’Armagh, et il y tint probablement plus d’un synode. Ce fut de là qu’il excommunia un certain Coroticus ou Caradoc, chef gallois, et chrétien de nom, qui avait, dans une descente, massacré ou enlevé plusieurs de ses néophytes. Patrice mourut aux environs de Down, vers 465, après avoir eu la consolation de voir l’Irlande

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