L'AGRICULTURE INDUSTRIELLE ET SCIENTIFIQUE
que l’industrie, à la faire profiter du mouvement social, qui a évolué, des découvertes de la science et des enseignements de l’économie politique.
Royer a montré que la culture du sol suivait une évolution naturelle, qui est celle-ci : le sol est d’abord couvert de forêts ; on le défriche et on a des pâturages ; dans une troisième période on se livre à la culture fourragère : les animaux vivent plus à l’étable que dans la phase précédente ; dans une quatrième période la stabulation devient permanente et la culture des céréales se généralise ; plus tard le champ devient une usine, on adopte la culture industrielle; dans une dernière période, qui est en rapport avec le voisinage des villes et avec la densité de la population, on se livre à la culture maraîchère. Suivant les régions, suivant leur milieu social, l’agriculture doit présenter l’une ou l’autre de ces phases; elle doit évoluer de façon à ce qu’il y ait équilibre et harmonie entre son degré d'évolution et le milieu social de la population de la région.
D'une manière générale, ainsi que l’a montré Lecoûteux, la culture, d’abord extensive, doit devenir intensive, à mesure que Ja densité de la population augmente et que le milieu social évolue. |
Dans la phase où se trouve actuellement la population moyenne de la France, l’agriculture doit devenir scientifique
et industrielle ; c’est seulement à ce prix qu’elle pourra lutter contre la concurrence étrangère.
Elle doit d’abord consulter la géologie et ne confier au sol que les végétaux qu’il peut nourrir avec avantage. M. Eugène Rissler, le savant directeur de l’Institut agronomique, a montré tout le parti que les cultivateurs pourraient tirer d’un enseignement pratique et élémentaire des conditions chimiques de leur sol : « Il y a dés terres, dit-il, trop sèches et trop pauvres pour la culture arable, Use des villages, ne valant que 100 à 150 francs Ho qu'au lieu de cultiver, on ferait mieux de planter en bois. » Ce sont des placements parfois à
8 ou 10 %, avantageux pour ceux qui peuvent attendre. Dans son cours d'agriculture comparée, qui pourrait être la matière première d’un enseignement vulgarisateur dans les campa-gnes, M. Risler indique par des cartes géologiques les méthodes d'exploitation, qui réussissent le mieux dans tel ou tel terrain. Les Champenois apprendraient à leur lecture comment leurs confrères de l’Artois, dela Flandre ou du sud de l’Angleterre ont su tirer parti de leur sol crayeux ; les Bretons ver-
raient comment les habitants de l’île de Jersey ont amélioré les
terres granitiques et siluriennes, qui ont la même origine et les mêmes caratères que les leurs. On n’arrivera à lutter sérieusement contre l'étranger, dit le savant agronome, « qu’en em- « ployant tous les procédés mécaniques et chimiques que la &« science moderne offre à l’agriculture, et surtout en spéciali- « sant les productions suivant les aptitudes naturelles des cli- € mats et des sols. Il faut augmenter les prairies, les herbages « et les fourrages temporaires partout où 1ls ont des chances « de succès. Il faut consacrer à la production des bois toutes « les terres trop ingrates pour celle des céréales. |
« Après avoir consacré quelques millions d'hectares à la « production des fourrages et des bois, qui augmentent de « valeur et exigent peu de travail, on aura plus d'engrais, « tout en ayant à cultiver une surface moins grande en cé- « réales. On obtiendra ainsi un produit brut plus considéra-
« ble sans accroissement de frais correspondant : avec une”
« moyenne de deux ou trois hectolitres de blé en plus par « hectare, on abaissera son prix de revient au point de pou- « voir lutter sans crainte contre la concurrence américaine. »
Lorsque l’esprit du cultivateur aura appris à apprécier les conseils de la science et que les notions de géologie lui auront montré que la culture n’a rien de mystique ni d’empirique, mais qu’elle consiste en une équation, il appréciera mieux la valeur des engrais naturels ou chimiques ; 1l sentira davantage la nécessité de s’assurer de leur bonne qualité ;1l demandera la création de laboratoires, où il puisse faire analyser ses