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ENSEIGNEMENT AGRICOLE

Les musées cantonaux fondés dans quelques points, sur l'initiative de M. Groult, répondraient à ce besoin : de petites collections locales apprendraient non seulement aux enfants mais aux adultes à connaître les qualités du sol, et en quelque sorte le mécanisme de cette Nature, qu’ils manient tous les jours sans la comprendre autant que leurs intérêts même le commanderaient. Si le médecin, l’instituteur, un propriétaire instruit du canton faisaient parler ce musée dans quelques conférences simples et facilement compréhensibles, le cultivateur s’élèverait insensiblement et sans s’en douter, non certes au niveau d’un savant, mais à celui du moindre industriel, qui connaît toujours les données de la science spéciale en rapport avec son industrie.

Déjà des musées semblables existent à Fresnay (Sarthe), à Lisieux, à Pont-Audemer, à Lamastre ( Ardèche), à Libourne, à Royan-les-Bains, à Altkirch, à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie; partout ces tentatives sont appréciées des populations. Il serait à souhaiter que l’initiative privée en créât de semblables dans chaque canton.

Il en est de même des champs d'enseignement. Quelques instituteurs sont déjà entrés dans cette voie : à Mercy-Corbon notamment, dans l'arrondissement de Lisieux, M. Larcher, instituteur, possède un champ d’enseignement, qu’il a divisé en 98 petits carrés. Il les distribue entre ses élèves, qui les cultivent eux-mêmes, en rendant compte du pourquoi et du comment de leurs opérations. Les produits de ce champ, exposés au comice agricole de Mézidon, y ont été remarqués.

Depuis plus de vingt ans, le lycée du Havre possède un Jardin botanique, où maîtres et élèves cultivent presque tous les principaux représentants des différentes familles végétales. A Saint-Romain, à 20 kilomètres du Havre, se trouve un jardin modèle dû à l’intelligente initiative de M. Leseineur, instituteur dans cette commune. Sur un terrain qu'on a bien voulu lui concéder, lui et ses élèves ont fait de petits champs de blé, d'avoine, de trèfle, de betteraves, etc., où l’on expéri-

mente les procédés les plus perfectionnés de l’agriculture ; une attention spéciale est apportée à la question des engrais ; dans un coin séparé on se livre à la culture des légumes, dont le produit aide à entretenir les élèves. Une grande pancarte portant ces mots : Æxpériences agricoles signale le champ à l’attention des cultivateurs des environs, qui peuvent venir le critiquer ou profiter des résultats obtenus. L’expérience tentée par M. Leseineur a donné de si bons résultats, que plusieurs de ses collègues, dans l’arrondissement, ont tenu à honneur de l’imiter.

L'initiative individuelle à donc devancé M. Gomot, un moment ministre de l’agriculture, dans la création de champs de démonstration, et elle a montré que le paysan français était beaucoup moins réfractaire à l’enseignement que quelques esprits réactionnaires s’obstinent à le prétendre.

L’enseignement agricole ne devra pas se borner à apprendre aux paysans ce que c’est que la chimie agricole n1 quels sont les principes de la zootechnie ; il aura également à lui montrer et à lui faire apprécier les bienfaits de l’association. Les travailleurs de la campagne sont, sous ce rapport, en retard sur ceux des villes. Une des causes de la concurrence étrangère, c’est que, ailleurs que chez nous, la propriété étant peu divisée, les riches propriétaires de grands domaines peuvent faire les frais de machines agricoles, parce que la grande surface qu’ils exploitent en permet l’emploi. L’agriculture, dans de semblables conditions, n’a pas de peine à devenir scientifique et industrielle; mais il est impossible à la petite culture de marcher seule dans cette voie. Or la division de la propriété a chez nous trop d'avantages sociaux, pour que nous regrettions ce legs précieux entre tous, que nous à fait la Révolution française : 1l faut donc trouver le moyen, tout en conservant les grands avantages de la petite propriété, de nous mettre en même temps dans les conditions favorables à l’agriculture présentées par la grande propriété. Ce moyen, c’est l’association sous toutes ses formes : pour l’achat d’engrais, pour la culture

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