CRÉDIT AGRICOLE
tous les cultivateurs de l’arrondissement moyennant un franc par an. Son but principal est l'achat en commun des matières premières utiles à l’agriculture : engrais chimiques, soufre, semences, etc. Ces achats sont faits dans des conditions telles, qu'ils assurent à la fois le bon marché, la pureté des produits et la suppression des dommages résultant de la fraude dont les cultivateurs isolés sont si fréquemment victimes. Il est administré par un bureau élu en assemblée générale. Toutes Les fonctions sont gratuites. Son budget se compose des cotisations annuelles qui servent à couvrir les frais d'analyses, de correspondances et autres. Deux fois par an, avant le 1° janvier et le 1% août, les associés adressent leurs commandes au président. Le bureau fait alors appel à la concurrence des fabricants en leur imposant, comme règle absolue, la garantie sur facture. Les remises obtenues sont d'autant plus fortes que la commande a été plus considérable. Les livraisons sont faites au comptant par les soins des membres du bureau.
L'association agricole peut prendre d’ailleurs des modes divers et devenir une véritable coopération. Ainsi à Lescun (Basses- Pyrénées), 1l existe un moulin coopératif. Il est censé appartenir à une association de propriétaires, mais 1l est, en réalité, communal ; ses bénéfices considérables sont employés en dépenses d'utilité communale et d'intérêt général.
Au Cannet, près de Cannes, il existe une société coopérative pour la production de la fleur d’oranger ; 1l existe également à Nice une union coopérative de propriétaires ofciculteurs de Nice.
Enfin, dans la Loire-[nférieure, à Couffé et à Mésang'er, les cultivateurs de 104 exploitations sont associés dans le but de s’indemniser les uns les autres, en nature, contre l’incendie des fourrages, ainsi que dans le but d'acheter des engrais en commun.
Mais l’association, pour être complète, doit procurer mieux encore que l’engrais : le crédit. Il est, en effet, impossible à nos agriculteurs de renouveler leur outillage, de faire les
frais que leur impose la concurrence étrangère, s’ils n’ont
pas à leur disposition l’arme que possède du moins l’indus-
trie, le crédit.
Il y a longtemps qu’on parle en France du crédit agricole. En 1848, M. Tourret, alors ministre de l’agriculture, avait signalé sa nécessité; nous avons bien depuis 1852 le Crédit foncier de France, mais ses statuts ne lui permettent que des prêts immobiliers, sauf aux départements, aux communes et aux associations syndicales ; il ne peut faire aux agriculteurs des prêts mobiliers. Le prêt sur gage mobilier, sur les récoltes, est d’ailleurs interdit chez nous à l’agriculteur par l’article 2076 du code civil, qui interdit le gage au domicile de l’emprunteur, et par l’article 2102, $ 1, qui consacre le privilège du propriétaire pour les fermages dus par le fermier.
Le crédit agricole existe cependant à l’étranger, où nous ferons bien de l’aller prendre : il existe tantôt sous la forme de banque coopérative, comme en Allemagne et en Danemark, tantôt sous Ia forme de caisse d'épargne et de crédit, comme en Îtalie.
En Danemark, depuis plus de vingt-cinq ans, des sociétés de crédit prêtent aux cultivateurs à 4 ou 5 %; en 1877, il existait dans ce pays 418 banques pour ? millions d’habitants, soit à peu près 1 par 4.600 habitants.
* En Suisse et en Allemagne, ces banques de crédit sont coopératives : en d’autres termes, les sociétaires qui placent là leurs économies ne prêtent qu'aux sociétaires. De telle sorte que l’emprunteur, étant en même temps prêteur, retrouve à la fin de l’année, sous forme de dividende, une partie des intérêts qu’il a eu à payer. En Allemagne, il existe un grand nombre de ces sociétés coopératives de crédit ; une association du même genre fonctionne en Suisse depuis 1869 : elle a commencé avec un personnel de 53 sociétaires et un modeste capital de quelques centaines de francs. Or, en 1882, elle avait déjà groupé 3.086 sociétaires (2.623
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