BANQUES AGRICOLES
hommes et 463 femmes); on y comptait 172 cultivateurs, 817 artisans, 507 commerçants, 495 instituteurs on petits fonctionnaires, et le mouvement total de ses opérations annuelles atteint 15 millions. |
On sait qu’en Italie ces banques de crédit ont remplacé notre caisse d'épargne, au grand avantage du petit commerce et de l’agriculture ; tandis que chez nous l'État draine, en quelque sorte, au moyen des caisses d'épargne, les petites économies, en Italie, ces petites épargnes restent à la disposition de l’industrie. Comme le dit très bien M. Paul Leroy- Beaulieu, la caisse d'épargne française est en quelque sorte un instrument de stérilisation pour les campagnes, dont elle pompe les capitaux par sommes minimes. En Italie, au contraire, les économies d’une région servent à féconder le travail de cette région et viennent souvent aussi en aide à la classe même des citoyens d’où part l’épargne des déposants. La banque agricole de Milan réunit dans sa caisse d'épargne les petites économies de 886 déposants et emploie son capital ainsi que ses dépôts à faire des prêts à ses associés ou à escompter leurs effets. La garantie de la banque est assurée, d’abord parce que la clientèle est limitée, et ensuite parce qw’elle est surveillée par la clientèle elle-même. On ne prête qu'aux sociétaires, et les sociétaires ne peuvent entrer dans la Société que s’ils y ont été admis.
Du reste il n’y a pas, dans la loi italienne, de distinction entre les effets commerciaux et les effets agricoles : tous les effets à ordre sont commerciaux, et la cause pour laquelle 1ls sont créés n'entre aucunement en considération. &« C’est bien là, fait judicieusement remarquer M. Léon Say, ce qu'on peut appeler la solution de la question du crédit agricole ; le crédit agricole n'existe que quand il est le crédit tout court et sans phrases. » |
Le jour où l’agriculture serait ainsi fécondée par la science et par l’argent, mis l’une et l’autre en circulation Jusque dans les plus petits canaux, c’est-à-dire par l’enseignement
et par le crédit, elle pourrait entreprendre elle-même tout ce qu’elle demande aujourd’hui à l'État, sans que les efforts que ce dernier parvient à faire puissent jamais être aussi efficaces que seraient les efforts individuels on ceux des associations libres et indépendantes.
Que l’on songe d'ailleurs qu’une partie considérable du territoire français n’est pas en culture ! Un journal, La terre aux paysans ! estime à 17 millions d'hectares la surface du sol libre, c’est-à-dire qui, sans être bâtie ou consacrée aux routes, n’est pas cultivée (jachères mortes, 5.000.000 d'hectares ; pacages et pâturages, 3.000.000 ;terres incultes, 4.000.000 ; taillis et broussailles, 5.000.000. Total, 17 millions d'hectares de terre en chômage). On voit que la terre ne manque pas aux capitaux qui voudront s’employer à la culture industrielle du sol.
D'ailleurs cette absence de culture est d'autant plus préjudiciable, qu’elle n’a pas empêché le: déhoisement; or les parties non boisées s’émiettent, pour ainsi dire, lorsqu'elles sont en pente, sous l’action des pluies.
Les effets de cette dénudation ont été démontrés par une expérience directe. Une pente de 45° a été divisée en trois zones : l’une entièrement boisée, une autre partiellement défrichée et la troisième dénudée complètement. Dans la première, la pluie n’a pas formé de ravines ; elle en a formé trois dans la deuxième zone et quatre dans la troisième. D’après Lombardini, le Pô, depuis que les Alpes ont été en partie déboisées, transporte beaucoup plus de sédiments qu'autrefois ; de telle sorte que, dans les pays montagneux, on peut dire que la terre ne peut être maintenue chez son propriétaire que par le boisement. On calcule que, depuis dix ans que les terres sont déboisées et qu’elles ne sont plus retenues par les racines, le département des Basses-Alpes a perdu, par l’action des torrents, 25.000 hectares de terres cultivées, et que dans l’Ardèche 28.000 hectares de bonnes terres ont été, par suite du déboisement, recouverts de sable