LA PISCICULTURE
tivateur, ayant acquis les qualités de l'industriel, aura le droit de s’attendre aux mêmes bénéfices que lui !
Je pourrais parler ici du repeuplement de nos rivières, soit avec des poissons sédentaires, soit avec les poissons anadromes comme l’alose. Qu'il me suffise de rappeler qu'il y à quelques années, aux États-Unis le congrès vota 75.000 francs pour l'introduction de l’alose dans les eaux des États du Pacifique et de la vallée du Mississipi, ainsi que pour l’introduction du saumon, du lavaret et des autres espèces de poissons de table, dans les eaux qui leur conviendraient le mieux; on y ajouta 50.000 francs spécialement pour la propagation de l’alose et enfin, l’année suivante, on consacra encore 87.500 francs pour assurer les mêmes opérations! Le résultat de ces dépenses fut qu’en quatre années seulement, et rien que dans 18 stations de pisciculture, on ne sema pas moins de 302.693.000 œufs d’alose! Nous sommes loin de nous douter, en France, que les rivières sont non seulement « des chemins qui marchent », mais encore des réservoirs presque inépuisables de matière alimentaire.
Je ne puis quitter l’étude du milieu social des campagnes, sans dire un mot de deux réformes, qui seraient de nature à rendre, elles aussi, les plus grands services, la Réunion parcellaire et la loi Torrens.
On a beaucoup parlé des avantages de la réunion des parcelles. Je n’ai pas besoin de dire que, si je vais faire l’apologie de ce mode de remaniement de la propriété rurale, je ne fais aucune allusion aux lois qui, en Allemagne, autorisent ce remaniement contre la volonté des propriétaires. Je ne parle ici que des remaniements volontaires, consentis par l’unanimité complète et absolue des intéressés.
L’intrication que présentent, après avoir plusieurs fois changé de propriétaire, un certain nombre de parcelles enclavées les unes dans les autres, offre à la culture de sérieux inconvénients : les propriétaires sont, en quelque sorte, pa-
ralysés les uns par les autres et une bonne partie du terrain est consacrée aux moyens d'accès. De là l’idée d’arrondir les lots de telle façon que chacun ait d’un seul tenant l’équivalent en surface et en valeur vénale de ce qu'il avait à l’état dispersé.
À une époque reculée cet échange était forcé. En Suisse, en 1551, le canton de Berne fut remanié; il en fut, plus tard, de même en Bavière et dans la Haute-Souabe; en 1695 le parlement écossais autorisa le remaniement sur la demande d’un seul des propriétaires intéressés. Le Danemark fut presque en entier remanié, par ordre, dans le courant du siècle dernier. L’Angleterre accordait les mêmes facilités sur la demande des deux tiers des intéressés. Dans l’Empire allemand des lois modernes et même contemporaines autorisent le remaniement, lorsque plus de la moitié des propriétaires le demandent; personne alors n’a le droit de s’opposer à la réunion parcellaire. [1 en est de même en Autriche.
Je n’ai pas besoin de répéter qu’un tel régime est un odieux abus, une violation de la propriété et de la liberté et qu’à aucun prix le paysan français ne se laisserait ainsi remanier malgré lui : je plaindrais les agents du pouvoir central qui se risqueraient, dans nos campagnes, à venir toucher à la terre; plus d’un coup de fusil répondrait. Néanmoins, si nous constatons que le résultat de cet abus a été en somme avantageux pour l’agriculture, nous pourrons conclure non certes que l’abus est excusable, car la fin ne justifie jamais les moyens, mais bien qu’il serait à désirer, que, dans les pays où les parcelles sont ainsi enchevêtrées, l’unanimité des propriétaires s’entendît pour un remaniement, l’ynanimité des intéressés étant la condition sine qua non.
Une certaine commune saxonne, citée par M. de Foville, montre en effet quelle plus-value ce remaniement peut donner aux terres : les 589 hectares de cette petite commune se partageaient, dit-il, entre 35 propriétaires seulement, mais on n’y comptait pas moins de 774 parcelles, d’une contenance